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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Joseph Kabila : « Pour moi, l'essentiel est de savoir que j'ai fait le maximum pour arriver à la paix. »

Interview par Colette Braeckman, Le Soir 19 fevrier

Quel a été l'objet de votre entretien en tête à tête avec le ministre Karel De Gucht ?
J'ai dit ce que je pensais au ministre, en lui rappelant certaines de ses déclarations faites l'an dernier à Kigali... Mais c'est déjà de l'histoire ancienne... Je lui ai dit surtout : « Concentrons-nous sur l'avenir, essayons d'aller de l'avant. » Je lui ai aussi rappelé que nous venons de très loin, qu'il ne fallait pas sous-estimer ce que nous avons accompli en quatre ans et même depuis la mise en place du gouvernement de transition. Il y a tout de même eu beaucoup d'avancées très positives, malgré les faiblesses. La transition a toujours été une période assez sensible et j'espère que le message a été compris. J'ai aussi souhaité qu'il fasse plus de diplomatie et donne moins de leçons. Notre relation doit être fondée sur le respect mutuel. Le Congo est tout de même un pays souverain, indépendant. Il n'est pas une colonie, ni de la Belgique ni de qui que ce soit. Je tiens, en tant que président de ce pays, à affirmer cette indépendance, sur tous les plans. C'était là l'essentiel de mon message, j'ai tenu à être franc, à dire en face certaines vérités, avant de tourner la page. Il faut tout de même répéter que nous n'avons pas de problème avec la Belgique, bien au contraire...

Que pensez-vous de la suggestion qui vous est faite de prévoir, après les élections, un gouvernement de large union nationale ?
Tous ceux qui se précipitent avec de telles analyses devraient tout de même savoir que, pour la première fois pratiquement depuis 1960, le peuple congolais va s'exprimer à travers les élections. Et ce n'est pas monsieur X, Y ou Z qui va venir dire au peuple congolais : « Certes, vous vous êtes exprimés, mais moi je crois bien que ceci ou cela est bon pour vous. » Tout le monde sera obligé de respecter la volonté du peuple. Quant à la gestion de l'après-transition, je dis que le vrai défi, ce n'est même pas d'organiser les élections, c'est ce qui se passera par la suite. Après il faudra voir comment maintenir l'unité nationale, la stabilité du pays, comment démarrer la reconstruction...

Revenons en arrière, pour parler du calendrier des élections. Ils sont nombreux ceux qui, comme le président de la Commission électorale, disent que des problèmes techniques pourraient empêcher de voter avant le 30 juin. S'agit-il d'une date fétiche ?
Le 30 juin n'est pas une date fétiche. Nous avions, certes, la volonté d'organiser ce scrutin avant le 30 juin 2005. Mais pas n'importe quelles élections : nous voulons organiser de vraies élections, libres, démocratiques et transparentes. Ceux qui pensent qu'il faut précipiter le tout ont tort, il faut que l'exercice soit sérieux, pour ne pas donner de prétexte à ceux qui pensent qu'après, ils pourront contester les résultats. Il faut les priver d'arguments, même s'il faut faire encore des sacrifices en termes de calendrier. Nous voulons des élections à tout prix, mais de vraies élections ; heureusement nous ne sommes pas seuls, la communauté internationale nous soutient sur cela.
Garantir des places pour les perdants, avant le scrutin ? Je pense que le peuple doit d'abord s'exprimer. Bien entendu, après le vote, les partis se mettront ensemble pour dégager telle ou telle position. Il y aura des discussions, des alliances. Mais il ne faut pas forcer la main du peuple, sa volonté doit être respectée.

Et ces élections devront nécessairement, avoir lieu dans tout le pays ?
Mais nous ne pouvons pas faire autrement ! Il est hors de question que le Kivu, par exemple, reste en dehors du scrutin. Les 55 ou 60 millions de Congolais ont tous le même droit à aller voter. Pour que ce soit possible, il faudra garantir la sécurité de ceux qui iront retirer leur carte d'électeur, puis se dirigeront vers les urnes. A propos de la sécurité au Kivu, je crois que nous sommes sur la bonne voie ; il y a toujours des problèmes ici et là, mais des actions sont en cours, sur le plan diplomatique, politique, militaire. Il faut trouver une solution définitive à ce problème des groupes armés. Des médiateurs, à notre demande, oeuvrent dans ce sens. L'objectif est que les 10.000 ex-FAR et Interhahamwe - NDLR : militaires et miliciens hutus rwandais - qui sont toujours chez nous puissent rentrer dans leur pays, mais sans nécessairement qu'il y ait de la casse, de la violence. Nous essayons de les persuader pacifiquement, mais en même temps, il y a une préparation militaire, qu'il s'agisse de notre armée ou de la Monuc (NDLR : force de l'ONU sur place). S'ils n'acceptent pas de rentrer, nous passerons à l'action. Mais j'espère bien qu'il n'y aura plus de confrontation car, à chaque fois, des gens meurent, militaires et civils... La terreur au Kivu doit s'arrêter à tout prix. Sur ce plan je suis relativement optimiste. D'ici le 30 juin, la situation va
s'améliorer davantage...

Quel bilan tireriez-vous de ce que vous avez fait depuis quatre ans ?
Pour moi, l'essentiel c'est de savoir que j'ai fait le maximum pour arriver à la paix, depuis que je suis arrivé au pouvoir. Un pouvoir que je n'ai pas cherché, qui m'est tombé dessus, dans les circonstances dramatiques que vous savez... J'ai cru que j'avais un devoir patriotique à remplir, qu'il faut aller jusqu'au bout.
Aujourd'hui j'ai un rêve, je pense à ce que le Congo sera en 2010, avec des infrastructures reconstruites, des routes, des industries, ou l'on pourra aller en voiture de Kinshasa à Mbuji Mayi, circuler sans problème. Un pays pacifié, en plein essor, car en plus de tout le reste, ce que dont nous disposons, c'est la ressource humaine. Mais pour que ce pays décolle, il faudra aussi veiller à ce que les mentalités changent, que les gens apprennent à travailler sérieusement.

Lorsque vous prenez connaissance des attaques contre vous, votre famille, quels sont vos sentiments ?
Vous savez, moi, je suis blindé. Je sais que, d'une certaine façon, c'est le prix à payer. Mais j'ai mal au coeur pour ma mère, qui prend connaissance de ces insanités. Pour elle, c'est horrible. C'est cela aussi, la politique à la congolaise...