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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

La Chine et l'Inde, quel modèle de développement a le plus de succès?

Lors de sa visite en Chine l'année dernière, le président français Jacques Chirac déclarait: «Le développement économique de la Chine est pour nous l'occasion de développer notre économie et nos emplois.» Ruben Ricupero, secrétaire général du PNUD (programme des Nations unies pour le développement), déclare : «Grâce à son immense importation, la Chine est un moteur chaque fois plus puissant de l'économie mondiale.» D'où vient cet immense progrès? La Chine a opté pour un modèle de développement socialiste. Sa voisine, l'Inde, a opté pour le capitalisme. Quel en est le bilan ?

Marc Vandepitte, janvier 2005

La ville portuaire de Shanghai. Le développement économique des 14 villes côtières et de leurs alentours préfigure ce que sera le développement de toute la Chine. (Photo d'archive)

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La Chine et l'Inde sont deux pays comparables. Ils se situent dans la même région, ont un nombre d'habitants comparable et, sur les plans économique et social, leur situation, à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, était très similaire. Toutefois, les deux pays empruntaient des trajets absolument différents. Sous la direction de Gandhi, l'Inde finissait par arracher son indépendance aux Britanniques en 1948. Le pays optait pour une économie de marché et un système parlementaire bourgeois. En Chine, il fallait d'abord une guerre contre l'occupant japonais pour obtenir l'indépendance. Cette guerre allait être suivie d'une révolution armée sous la direction de Mao Zedong. On allait opter pour la voie socialiste. Dans les deux pays, le choix du trajet a abouti à des résultats très différents.

Depuis la fin des années 70, la Chine connaît une croissance économique spectaculaire. Durant la période de 1975 à 2004, le PIB (Produit intérieur brut, la richesse produite annuellement en marchandises et en services) a augmenté annuellement de 9,5%. C'est plus de trois fois autant que le reste du monde, où la croissance a été en moyenne de 2,9%. La qualité, elle aussi, augmente à vue d'il. Selon une étude récente, la qualité des produits chinois est plus élevée que celle de l'Europe de l'Est.1 L'un dans l'autre, l'Inde ne s'en tirait pas trop mal non plus, avec une croissance annuelle de 5,3%. Mais le résultat, après toutes ces années, est des plus imposants. En 1975, le PIB de l'Inde était de 9% supérieur à celui de la Chine. Aujourd'hui, il n'est plus que 40% de celui de la Chine.

Combattre la pauvreté et la famine

«Que la croissance économique se traduise par la diminution de la pauvreté dépend de facteurs sociaux et politiques», déclarent des experts de l'UNDP, l'organisation de développement des Nations Unies.2 En Chine, ces facteurs sociaux et politiques sont manifestement très favorables. Car le nombre de pauvres, de 320 millions en 1978, a été ramené à 60 millions en 2001.3 Dans les années 90, le nombre d'habitants extrêmement pauvres (moins de un dollar par jour) dans le monde augmentait de 28 millions, alors qu'en Chine, dans le même temps, il diminuait de 150 millions.4 En d'autres termes, la diminution de l'extrême pauvreté dans le monde peut être attribuée presqu'exclusivement à la Chine.

En Inde, au cours de la même période (1978-2001), la pauvreté diminuait à peine: de 320 à 300 millions.5 Aujourd'hui, le pourcentage de pauvres en Inde est six fois plus élevé que celui de la Chine.

En ce qui concerne le problème de la faim, nous découvrons un schéma similaire. En Chine, entre 1979 et 2000, le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de 60%, passant de 304 à 119 millions.6 En Inde, leur nombre est demeuré plus ou moins égal. Le pays dont on dit qu'il est «la plus grande démocratie au monde» compte aujourd'hui un quart de tous les sous-alimentés de la planète.

En ce qui concerne la répartition du gâteau national, l'Inde fait toutefois mieux que la Chine. En Inde, le revenu des 10% les plus riches est sept fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres. En Chine, il est 19 fois plus élevé.7 Au cours de ces dernières années, on a en effet assisté en Chine à un élargissement du fossé entre les villes et les campagnes, entre la région côtière et l'intérieur du pays et entre les nouveaux propriétaires et les travailleurs. La chose n'est toutefois pas due à l'accroissement du nombre de pauvres, mais à une hausse très inégale du bien-être. La pauvreté n'a pas reflué partout au même rythme. Le modèle de croissance dans les villes se répète dans les campagnes, mais avec quelques années de retard et dans une moindre mesure.

Des écoliers à Guangzhou. Chine et Inde, il y a 50 ans, avaient sensiblement le même niveau de développement. En Inde, aujourd'hui, 38 % de la population ne sait ni lire ni écrire. En Chine, il n'y en a que 9 %. (Photo d'archive)

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Economie de marché? Non, disent l'Europe et les USA

Nombreux sont ceux qui pensent que la Chine a abandonné le socialisme depuis longtemps et que l'actuelle croissance économique et sociale est précisément la preuve que le capitalisme fonctionne bien mieux. Tout ce qui va mal (manque de démocratie, corruption) est la résultante du socialisme et, inversement, tout ce qui va bien (une forte croissance économique et une prospérité croissante) est dû au capitalisme. Tel est le raisonnement. Cette argumentation bien trop simpl(ist)e tente d'inverser la réalité et, de la sorte, de sauver les meubles sur le plan idéologique.

Assurément, ces 25 dernières années, la Chine a connu des changements des plus saisissants, mais quelle en est la nature précise? En juin 2004, la Commission européenne sortait un rapport sur la question de savoir si la Chine pouvait se voir conférer le statut d'économie de marché. La réponse était non: la Chine ne satisfait qu'à un seul des cinq critères, et encore s'agit-il du moins important. Selon le rapport, il y a «interférence systématique dans la loi de l'offre et de la demande et dans les stimuli qui éveillent le marché, ce qui se traduit par une profonde perturbation du marché chinois. () Malgré de récents progrès, l'influence de l'Etat sur l'économie chinoise est toujours très grande.» Aux yeux de la Commission, «la Chine va rester longtemps encore une 'économie de non-marché'». Aux yeux des Etats-Unis également, les autorités chinoises devraient encore faire des progrès substantiels dans la réduction du rôle de l'Etat avant de pouvoir se voir conférer un statut de marché.

La Chine a ouvert son économie aux investissements étrangers et y a introduit un très grand nombre d'éléments de marché. L'Etat se consacre surtout à définir une macropolitique et les entreprises individuelles reçoivent davantage d'autonomie. Pourtant, les secteurs clés, les matières premières naturelles et les secteurs à technologie avancée restent aux mains de l'Etat, de même que les services publics. Si l'Etat a quelque peu cédé le pas, c'est en premier lieu à l'avantage de la décentralisation du secteur public plutôt qu'à celle du secteur privé. On a assisté à la création d'un très large secteur mixte, dans lequel, souvent, l'Etat conserve une part minoritaire avec droit de veto à la clef.

Un socialisme «pur», cela peut-il exister?

Comment les Chinois évaluent-ils le cours des choses? Ils estiment que, durant la période initiale, ils y sont allés trop vite. A partir d'une situation arriérée, féodale, il était de fait impossible de faire d'un seul élan le saut vers une sorte de socialisme «pur». C'est pourquoi, aujourd'hui, ils font un pas en arrière. Le but est de conduire le pays à travers une période qui durera environ un siècle. Cette période est décrite comme la «phase primaire du socialisme». On y intègre au socialisme des méthodes déduites du capitalisme dans le but de résoudre des problèmes qui, en fait, auraient dû se produire au cours du développement capitaliste. Plus précisément, on mise tout sur un développement accéléré des forces productives. Selon les Chinois, c'est nécessaire pour atteindre un stade plus élevé du socialisme.8

Un socialisme «pur» peut-il exister en Chine, sans éléments capitalistes dans l'économie, la politique et la culture? Cela semble utopique. On ne peut, en quelques dizaines d'années, passer d'une féodalité médiévale à un socialisme moderne. Aucune forme de société n'est pure. Comme il n'a jamais existé de régime capitaliste pur, ce ne sera pas le cas non plus avec une société socialiste. Il n'en va pas autrement pour la Chine. Il est clair, par exemple, que Cuba fait jouer beaucoup moins le marché que la Chine, mais ce n'est pas encore ce qui fait de la Chine un pays capitaliste. Au point culminant de la construction de son Etat providence, la Suède était manifestement plus communiste que la Chine ne pourrait être déclarée capitaliste aujourd'hui. Pourtant, personne n'a jamais afirmé (hormis quelqu'un de l'extrême droite) que la Suède pût être cataloguée comme un pays communiste.

Mais ce n'est pas parce qu'il n'existe pas de formes pures de sociétés qu'il devrait exister une sorte d'état intermédiaire. Un tel hybride est généralement décrit sous l'appellation de «troisième voie», quelque part à mi-chemin entre le socialisme et le capitalisme. Cette troisième voie combinerait le meilleur des deux systèmes et serait par conséquent meilleure que les deux formes de sociétés. Cette construction théorique repose sur une analyse sociologique naïve parce qu'elle ne tient pas compte des rapports de force existants, tant externes qu'internes. Nous vivons aujourd'hui, une fois pour toutes, dans un système mondial où c'est non seulement le capitalisme qui fait la pluie et le beau temps mais où il essaie également d'éliminer tout projet socialiste. Quand elle introduit trop d'éléments capitalistes et que, ce faisant, elle dépasse une certaine limite, une société socialiste affaiblit dans ce cas sa propre défense et elle n'est plus de taille contre la force aspirante et l'agression du capitalisme. Elle perd le contrôle de son système et ce n'est alors plus qu'une question de temps avant qu'on ne se retrouve complètement dans le camp capitaliste. Les forces capitalistes se mettent toujours en quête de la concrétisation politique de leur puissance économique. On peut donc se poser la question de savoir si, en Chine, on pourra contenir la dynamique de la classe capitaliste nouvellement apparue. Outre l'épreuve de force vraisemblable avec les Etats-Unis, c'est le grand défi que va devoir affronter la Chine. L'avenir en décidera.

1. Financial Times, 23 août 2004. · 2. UNDP, Human Development Report 1997, p. 52. · 3. UNDP, Human Development Report 2004, pp. 147 et 153. · 4. UNDP, Human Development Report 2003, p. 5. · 5. Banque mondiale, India Achievements and Challenges in Reducing Poverty, 27 mai 1997, Rapport n° 16483-IN, p. 4; UNDP, Human Development Report 2004, pp. 148 et 154. · 6. FAO, The State of Food Insecurity in the World 2003, p. 31. · 7. UNDP, Human Development Report 2004, pp. 189-190. · 8. Pour les commentaires concernant quelques documents officiels, voir R. Berthold, La Chine sur la voie du socialisme, Etudes Marxistes, octobre-décembre 2003, n° 64, pp. 13-80.

Marc Vandepitte est l'auteur, entre autres, de Le pari de Fidel (1998), de Irak: le signal de départ de la Troisième Guerre mondiale? (2003), Le fossé et l'issue (2004). Cet article a paru antérieurement sur www.indymedia.be.