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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

Togo« La véritable indépendance reste à conquérir»

Depuis le 5 février 2005, le peuple togolais s’est résolument dressé contre le coup de force de l’armée qui a porté au pouvoir l’un des fils du dictateur Eyadema décédé. Pour calmer les masses en effervescence, le pouvoir a dû reculer en organisant une mascarade d’élection le dimanche 24 avril afin de légitimer le putsch du 5 février 2005. Pour comprendre réellement ce qui se passe dans ce pays, nous avons interviewé le camarade Laurent Dougna du PCT.

Solidaire, 28-04-2005

Pouvez-vous nous expliquer ce qui passe au Togo depuis la mort du dictateur Eyadema ?

Laurent Dougna. Depuis plusieurs mois, le PCT n’a cessé de dénoncer les diverses manœuvres de la France pour tenter de trouver à la place d’un Eyadéma décrié et malmené par les incessantes luttes du peuple togolais, la classe ouvrière surtout, un autre valet susceptible de pérenniser ses intérêts impérialistes.

Avec la mort du tyran Eyadema, le 5 février 2005, l’impérialisme français perd un allié solide, mais les racines du pouvoir néo-colonial demeurent profondément ancrées dans notre pays. C’est pourquoi la France de Chirac a fait tout pour remplacer le tyran par l’un de ses fils, Faure Gnassingbé, pour conserver son hégémonie sur notre pays. Tout comme en octobre 1990, le peuple togolais s’est résolument dressé contre ce nouveau pouvoir. Chirac et ses valets togolais ont dû reculer devant la détermination des travailleurs togolais le 25 février en passant le pouvoir au vice-président de l’assemblée fantoche dite nationale. Mais la démission de Faure Gnassingbé n’a rien changé.

Le président qui assume l’intérim, Abass Bonfoh, n’étant en fin de compte qu’un simple paravent, a surtout offert à l’impérialisme français et aux différents organismes de domination néo-coloniale le prétexte attendu pour affirmer ouvertement leur soutien à Faure Gnassingbé.

Cette démission avait pour objectif de démobiliser les masses populaires qui veulent en découdre avec l’autocratie et ainsi occulté le fait que Faure Gnassingbé, complice d’une tentative putschiste, aurait dû se retrouver devant les tribunaux et non parmi des candidats à une élection présidentielle. D’ailleurs, le prétendu retour à la légalité constitutionnelle n’a été que le voile qui a servi à camoufler les dispositions frauduleuses (notamment les tripatouillages de la constitution néo-coloniale et du code électoral) mises en place de son vivant par l’autocrate Eyadéma pour prolonger son pouvoir et assurer sa succession. En bref, on a donc laissé à un clan putschiste, non seulement le soin d’organiser l’élection présidentielle, mais de la réaliser à des conditions voulues par ce dernier.

Quel est le rôle des partis de l’opposition ?

Laurent Dougna. Face à cet énième coup d’État du clan Eyadéma soutenu par la France, la bourgeoisie togolaise qui ne participe pas au pouvoir, rassemblée au sein de l’opposition dite démocratique, a fait grand bruit pour exiger «le retour à la légalité constitutionnelle» ! Prétendre qu’il y ait jamais existé sous l’autocratie une quelconque légalité constitutionnelle – à laquelle il faudrait revenir –, il faut oser ! En réalité, cette « exigence » apporte seulement la confirmation, une fois de plus, que cette bourgeoisie est prêt à accepter un rafistolage du système parceque ses membres en partagent les valeurs, qu’ils en font partie, bref, qu’ils sont effectivement des faux « amis du peuple ». Ces prétendus dirigeants du peuple (le fils d’Olympio et son candidat Bob Akitani, Agboyibo, Gnininvi, etc.) n’ont rien à voir avec la lutte pour la démocratie, la liberté et le pain. C’est confirmé par la parodie d’élection présidentielle à laquelle ces derniers viennent de participer pour légitimer le pouvoir du clan Gnassingbé.

D’où vient cette bourgeoisie qui se trouve dans l’opposition ?

Laurent Dougna. D’avril 1958 à janvier 1963, le premier gouvernement néo-colonial dirigé par Sylvanus Olympio a été soutenu par les anglais, américains et les allemands. Olympio, un bourgeois capitaliste, a voulu prendre ses distances vis-à-vis des intérêts français au Togo. Ainsi, il a voulu frapper une monnaie qui ne soit pas alignée sur le franc et il a créé une économie axée sur les modèles anglais et allemand. Ajoutons à cela son refus systématique d’intégrer au sein d’une force publique des soldats de l’armée coloniale que la France manipulait. À partir de janvier 1963, la France dans la personne de Foccart, chef d’orchestre d’un réseau de barbouzes et d’assassins, a repris les affaires en main en renversant le gouvernement Olympio en janvier 1963. C’est à partir de la prise du pouvoir de Grunitzky et d’Eyadéma que l’impérialisme français demeure l’impérialisme dominant dans notre pays et ce sont ces derniers qui ont largement contribué à renforcer les intérêts français au Togo. Bref, l’assassinat d’Olympio en 1963 n’était rien d’autre qu’une rivalité interimpérialiste dans notre pays.

Il est à noter que c’est avec l’appui des puissances impérialistes que les dignitaires de tous les régimes passés se sont enrichis avec l’ordre d’exploitation et d’oppression néo-colonial. Le pouvoir autocratique du despote Eyadéma a poursuivi l’œuvre commencée par Olympio, Grunitzky-Méatchi qui initièrent dans notre pays la gestion de l’ordre néo-colonial et la confiscation des libertés démocratiques. La pratique de toute la grande bourgeoisie depuis 1958 a sécrété la morale puante de cupidité, d’escroquerie, de détournements, de corruption et d’hypocrisie.

D’où vient la colère des Togolais ?

Laurent Dougna. Les problèmes réels et actuels des peuples du Togo sont bien connus : ce sont la domination hégémonique de la bourgeoisie bureaucratique, domination aggravée par l’arbitraire et l’absence de liberté. Les bourgeois, assis sur la tête des masses populaires, pillent, rançonnent, volent, briment, répriment et assassinent impunément. Il n’y a pas que la mainmise de cette bourgeoisie bâtarde sur le peuple travailleur, il faut aussi citer les quatre plans du FMI et de la Banque mondiale qui ont contribué à l’appauvrissement continu de notre pays. C’est de 1983 à nos jours que des milliers de cadres et ouvriers ont été licenciés soi-disant pour équilibrer le budget et redynamiser les entreprises étatiques. Or ce qui a été redynamisé c’est la corruption, le pillage systématique, le népotisme et la braderie des biens de l’État au profit des capitalistes étrangers. Entre-temps la souffrance des masses empire de jour en jour.

Comment se manifeste la mainmise de la France sur le Togo ?

Laurent Dougna. Dans la plupart des secteurs-clés de l’économie du Togo, les filiales françaises sont bien représentées : les assurances (UAT-Axa, SICAR-Gras Savoye), l’industrie pétrolière (Total-Fina-Elf), l’industrie du gaz (Air Liquide au travers de Togo-Gaz), l’automobile (CFAO pour CICA-Togo), le transport et l’hôtellerie (Air France, ACCOR). Ajoutons à cela la mainmise de France-Telecom sur le secteur de la télécommunication du pays. Dans le secteur bancaire, la BNP-Paribas dispose de plus de 53 % des actions de la Banque togolaise pour le Commerce et l’Industrie (B.T.C.I). Les capitalistes français sont également présents dans l’agro-industrie (NIOTO, filiale de la CFDT, et les brasseries BB du groupe Castel).

En marge des filiales d’entreprises françaises, de nombreuses sociétés appartenant à des ressortissants français sont présentes dans la plupart des secteurs d’activité. On peut citer en particulier SICOME (électricité), DIMEX (électricité, représentant ALSTOM), SOTEC (étanchéité) et bon nombre de restaurants et d’hôtels de catégorie moyenne (Équateur, l’Hibiscus, le Joker, Domino, le Galion...) Cette mainmise de l’impérialisme français sur notre pays démontre que la lutte pour une véritable indépendance reste à mener contre la France impérialiste. Et cette noble lutte ne peut être victorieuse que sous la direction du parti communiste, le seul parti qui, depuis sa création, est resté au côté des masses opprimées du Togo.

Est-ce que les intérêts économiques forment la seule raison de cette présence française au Togo ?

Laurent Dougna. Il y a aussi la position stratégique de notre pays dans la région. Après le coup d’État de janvier 1963, le gouvernement Grunitzky, homme de paille du barbouze Foccart, avait signé un accord secret avec la France et c’est sur la base de cet accord que l’impérialisme français a pu implanter dans notre pays une base militaire. C’est toujours sur base de cet accord que l’impérialisme français continue de protéger ses valets au pouvoir depuis 1963.

La mort du tyran est survenue à un moment où, avec l’enlisement de ses troupes d’agression en Côte d’Ivoire, le Togo prenait une place encore plus importante pour l’impérialisme français comme base arrière et de repli dans son dispositif de domination dans la sous-région.

Il est à noter que l’impérialisme français ne cache même pas ces plans de domination sur la sous-région. Voici ce que déclare lors de révolte du peuple ivoirien en novembre dernier, l’un des chefs d’opération en Côte d’Ivoire, le colonel Gérard Dubois, de l’état-major français : « nous installons un relais de transit militaire à Lomé (capitale du Togo, ndlr), car faire passer nos avions par Lomé est plus facile que par Dakar ou Libreville », deux autres bases militaires françaises dans la région qui sont plus éloignées d’Abidjan que Lomé.

Le territoire du Togo n’est pas uniquement une base arrière. L’armée néo-coloniale, mercenaire qui dirige notre pays depuis janvier 1963 est aussi présente physiquement dans les rues d’Abidjan et dans le nord de la Côte d’Ivoire au côté des militaires français de l’opération Licorne. Il est donc clair que l’impérialisme français a besoin de notre pays et de nos ressources naturelles pour perpétuer son hégémonie dans la sous-région.

N’ayant pas réussi à trouver un remplaçant à Eyadéma du vivant de ce dernier, l’appui sur le clan Gnassingbé lui apparaît comme un gage de stabilité pour ses intérêts militaires, politiques et économiques au Togo et dans la sous-région. C’est pourquoi nous attirons l’attention des masses togolaises sur la crise ivoirienne. La lutte pour le renversement du pouvoir Eyadéma-France au Togo affaiblira, sans aucun doute l’impérialisme français dans toute la région de l’Ouest africain.