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Dans un interview au Soir, le président Joseph Kabila dresse le bilan des manifestations du 30 juin

« La légitimité doit venir des urnes »

Le Soir, 6 juillet 2005

Au Congo, les alertes se succèdent : après la dangereuse journée du 30 juin, des échauffourées entre militaires ont éclaté à Goma, et au Sud-Kivu, une vaste opération a été déclenchée par les Casques bleus contre des groupes de combattants hutus afin de les contraindre à désarmer.
A M’Bandaka, dans la province de l’Équateur, des militaires impayés se sont livrés à des pillages.
À l’issue d’une réunion avec le Conseil supérieur de Défense et alors que la classe politique s’interroge sur l’éventualité d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition incarnée par Etienne Tshisekedi, le président Joseph Kabila a accepté de répondre à nos questions.

Quelle est votre évaluation des manifestations du 30 juin ?
Nous avions pris toutes nos précautions pour éviter d’éventuels débordements et surtout des directives avaient été données afin d’éviter des pertes en vies humaines. C’était plus important que tout. D’aucuns comptaient beaucoup sur cette hypothèse d’un bain de sang, où l’on aurait vu une centaine de personnes tuées, ce qui aurait été interprété comme une révolte populaire et aurait mené à un changement des institutions, puis à une prolongation de la transition pour une dizaine d’années encore... Le calcul était assez cynique.

Il y a eu des victimes malgré tout...Quel est votre bilan ?
On parle de deux morts à Kinshasa, mais le chiffre officiel, c’est un et six ou sept blessés. À Tshikapa, dans le Kasaï, les manifestants ont voulu arracher leurs armes des mains des policiers et des militaires et dans cet affrontement il y a eu deux ou trois morts. Même si les victimes sont relativement peu nombreuses, je les regrette vivement ; le Congo a déjà perdu tant de ses citoyens, ce n’est pas le moment d’en perdre d’autres encore dans des circonstances pareilles.

Quels enseignements tirez-vous de ces événements ?
Je vais être direct : je crois que l’objectif des organisateurs de ces manifestations était de renverser les institutions de la transition. Et cela pour empêcher l’organisation des élections. Dans quel but ? Pour continuer avec les conciliabules politiciens, en utilisant le peuple comme prétexte. Mais dans ce pays, chacun parle de son peuple et personne n’a jamais eu de mandat...Il y a eu un plan machiavélique de déstabilisation, la ville de Kinshasa d’abord et ensuite l’ensemble du pays, le Kasaï, le Katanga, le Kivu... Semer le désordre, la confusion, il y a des politiciens que le chaos arrange...

Que dites-vous du malaise social, qui a rendu ces manifestations possibles ?
C’est tout à fait vrai : le malaise social existe, depuis une dizaine d’années. Mais l’essentiel est d’éviter le discours démagogique. Nul ne peut dire au peuple congolais : « En 24 heures, je peux résoudre ce type de problème. » Nous travaillons sur des problèmes dont nous avons hérité, qui ne concernent pas seulement le social des militaires et des policiers, mais celui de toute la population. La solution passe par la création d’emplois, et pour cela il faut qu’il y ait des investissements. Mais ils ne viendront que s’il y a stabilité politique et sécurité. Et à long terme, ces deux points sont liés à l’organisation des élections : la légitimité doit venir des urnes. Ceux qui pensent qu’ils peuvent précipiter les choses font de la démagogie et ils le savent. Mais je reconnais qu’il y a de vraies frustrations, un réel problème social, il existe depuis longtemps et ce que je veux réaliser fait partie des solutions. Mon objectif, c’est aller aux élections et le début de ce processus, c’est l’identification, l’octroi des cartes d’électeur. Aujourd’hui, nous avons déjà encodé 600.000 sinon 700.000 personnes...Je suis très satisfait de la manière dont cela se passe et j’espère qu’il en ira de même à l’intérieur du pays.

Comment allez-vous améliorer la situation des militaires ?
Nous avons déjà commencé : le contrôle des effectifs de l’armée va permettre de maîtriser l’administration et par conséquent d’augmenter le salaire des militaires et des policiers ; le même contrôle est en cours, sur toute l’étendue du territoire, pour les agents de l’État. A Kinshasa, de 190.000 fonctionnaires déclarés, nous sommes arrivés à une réalité de plus ou moins 100.000. Sur cette base, il sera plus facile de payer et d’augmenter les salaires des vrais agents de l’État. Grâce à l’évolution positive de l’économie, nous allons pouvoir augmenter les salaires des militaires, policiers, fonctionnaires, peutêtre déjà en 2006.

Comment allez-vous répondre au défi que vous pose l’UDPS et M. Tshisekedi ?
Je n’ai jamais été contre le dialogue. Je suis même de ceux qui ont initié un dialogue qui nous a amenés à la réunification du pays, à la mise sur pied des institutions actuelles, qui a permis aussi le départ des troupes étrangères. Mais si le dialogue a pour objectif de faire retarder le processus électoral, reculer les échéances des élections, je vais certainement le rejeter. J’aimerais bien écouter, car après tout je ne sais pas quel est le message qu’ils veulent adresser, à moi et aux institutions. Je suis tout à fait ouvert au dialogue, à condition que nous ayons une même vision : les élections, rien que les élections. Venir ici avec d’autres idées, comme proposer un Premier ministre, cela ne m’intéresse pas. J’ai promis d’amener ce peuple aux élections, et je n’ai pas d’autre agenda. Si ceux qui me contestent demandent à me voir, je suis là, je n’ai jamais refusé de rencontrer personne. L’essentiel, c’est de privilégier les intérêts de la nation. Je ne laisserai pas faire les perturbateurs.

Les opérations d’enrôlement pourront-elles se dérouler à l’Est également ?
Elles sont prévues pour fin août, début septembre et d’ici là, la pacification du Kivu doit être achevée, les FDLR (Hutus rwandais) devront être partis ou, au moins, cantonnés. À ceux qui tentent de dissuader les gens d’aller s’enrôler, je dis qu’ils sont des irresponsables, qu’ils démontrent qu’ils n’ont jamais été de vrais démocrates. S’enrôler ? C’est un droit, presque une obligation civique, patriotique...

Et vous-même ? Avez-vous l’intention de vous enrôler, alors que la Constitution l’interdit aux militaires ?
Certainement, le moment venu. Il est vrai que les militaires en fonction ne peuvent pas se faire enrôler. Mais depuis très longtemps, dans les faits, je suis en congé de l’armée, je n’ai pas d’activité militaire proprement dite. Certes, je suis commandant suprême des forces armées mais cela découle de ma fonction de président de la République. Je crois qu’il n’y a pas de problème à mon enrôlement comme électeur, je suis convaincu que c’est légal.

Si vous ne vous considérez plus comme militaire d’active, allez-vous être candidat à la présidence de la République ?
Maintenant que l’on vient presque de contourner cet obstacle, je dirais qu’on verra avec le temps. Il y a encore beaucoup à faire et le président doit pouvoir rester serein, concentré. L’urgence est de faire réussir l’opération d’enrôlement, de faire voter la Constitution, de réussir l’intégration de l’armée, la pacification à l’est du pays. Candidat ou non ? On aura toujours le temps de se décider... À propos du brassage de l’armée, je suis à peu près satisfait, mais le problème c’est que nous manquons de moyens : nous avons identifié six centres d’instruction, alors que l’objectif était d’en avoir douze.

La population ne vous voit presque plus...
J’ai gardé le contact mais j’ai l’impression que depuis la mise en place des institutions de la transition, le président s’est éloigné un peu de la population. Simplement parce que je suis toujours sous pression, il y a toujours des urgences ; je commence très tôt, je finis tard et je ne suis pas un superman. Mais dès juillet, je vais m’organiser pour donner beaucoup plus de temps à mes compatriotes, pour les écouter mais surtout pour apprendre. J’aime bien mon pays, et je veux le prouver par des actes, en allant de l’avant... Aux insultes et aux critiques, j’ai décidé de répliquer par le silence. Répondre sur le même plan que mes adversaires, cela ne fait partie ni de ma culture ni de mon éducation...