À propos de l'ouragan Katrina, des pauvres de la Nouvelle-Orléans et de George Bush

L'ouragan Katrina a provoqué une énorme catastrophe dans le Sud des Etats-Unis. Pour les Américains pauvres, il n'y avait tout simplement pas de plan d'évacuation. Il a fallu trois jours avant que Bush interrompe ses vacances et se décide à survoler la misère.

Solidaire, 07-09-2005

Une mère et son enfant dans un centre d'accueil à Houston. Ils ont dû rester 5 jours dans un stade de football à la Nouvelle-Orléans, sans la moindre aide. (Photo Xinhua, Lu Mingxiang)

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Les victimes de l'ouragan Katrina en Louisiane sont désespérées et folles de rage. «Ils nous traitent comme des bêtes», dit Angela Perkins. «Ils peuvent tout aussi bien nous expédier en Afrique.»1 «Nous sommes comme une bande de rats. Ou, du moins, c'est comme ça qu'ils nous traitent»2, dénonce Earle Young, un cuistot de 31 ans qui attend un bus en même temps que 10.000 autres.

L'ouragan Katrina révèle la force de la nature mais également le fait que les autorités américaines ne sont pas là pour protéger les gens ou leur venir en aide. Car, bien que les événements aient été prévus longtemps à l'avance, les autorités n'avaient guère pris de mesures préventives. Les 1.250.000 habitants de la Nouvelle-Orléans ont tout simplement reçu l'ordre de quitter la ville. Comment? Pour aller où? Pour combien de temps? Avec quel accueil? À eux de se débrouiller. Il n'existait pas de plan d'urgence pour l'évacuation totale de la ville.

Entre 50 et 100.000 personnes ne sont pas parvenues à quitter la ville. La plupart, parce qu'ils n'avaient pas de voiture ou qu'ils ne pouvaient s'acheter de ticket de car. Un habitant sur quatre de la Nouvelle-Orléans est pauvre. 44% des enfants de cette grande ville américaine vivent sous le seuil de pauvreté. Et, parmi les Noirs ­ 70% de la population ­ le taux de pauvreté est trois fois plus élevé que parmi les Blancs.3 En outre, les familles aux revenus les plus bas vivent précisément dans les zones urbaines situées le plus bas, celles où l'inondation a par conséquent provoqué le plus de dégâts.

Trois jours après la catastrophe, neuf hôpitaux n'avaient toujours pas été évacués.4 C'était «chacun pour soi» et ceux qui ne pouvaient s'en aller étaient laissés à leur triste sort. Le stade géant, le Superdome, s'est mué en centre d'accueil géant. Le chaos était dantesque, les approvisionnements en vivres, en eau, en couvertures et en médicaments s'avéraient absolument en dessous de tout. Des milliers de personnes sont restées trois, quatre jours sans boire ni manger

Cette horrible catastrophe montre une fois de plus au monde à quelle société a conduit le modèle américain du profit d'abord: une société où les riches sont protégés et évacués, mais où la vie des démunis ne vaut pas un centime. Une société, aussi, où le social a été détruit et où tous les principes de solidarité ont été jetés par-dessus bord. Où le budget de l'Etat va vers la guerre et non vers les besoins élémentaires de la population.

Face à cela se dresse la solidarité des simples gens. Le site internet du Communist Party des Etats-Unis: «Des membres des syndicats sont partis de tout le pays pour aider le Sud. Des électriciens et du personnel d'entretien de l'American Electric Power de différents états sont sur la route pour aider les régions touchées. Des travailleurs de la construction de Kansas City sont partis dès le 31 août.» Les journalistes rapportent comment l'aide des simples gens a été beaucoup plus rapide et efficace que celle du gouvernement.

Terry Ebbert, chef des opérations de secours de la ville de la Nouvelle-Orléans, le faisait remarquer avec amertume: «C'est un scandale national. Voilà trois jours que l'agence fédérale de lutte contre les catastrophes est ici, et ils n'ont pas encore de commandement ni de contrôle unifiés.»5

1 Houston Chronicle, 1/09/2005. · 2 New York Times, 2 /09/2005. · 3 www.usmayors.org/uscm/hungersurvey/2004/onlinereport /HungerAndHomelessnessReport2004.pdf · 4 Ibidem. · 5 Associated Press, 1/09/2005.

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Les priorités criminelles de Bush

Les critiques à l'encontre de Bush sont générales. Lui et son équipe apparaissent comme directement responsables de la mort de milliers d'Américains démunis. Voici plusieurs années déjà que les autorités américaines étaient au courant de la menace d'une catastrophe naturelle du type de Katrina. Quand, l'été dernier, l'ouragan Ivan a foncé en direction de la Nouvelle-Orléans, la ville disposait déjà de 10.000 bodybags (suaires en plastique). Heureusement, l'ouragan a alors changé de cap.1

Aujourd'hui, la grande majorité des victimes a sévèrement été touchée. Pas tant par l'ouragan Katrina même que par les inondations qui lui ont succédé. Une partie importante de la Louisiane se trouve sous le niveau de la mer. En décembre 2001, le Houston Chronicle écrivait: «La Nouvelle-Orléans s'enfonce petit à petit. Le principale butoir qui protège la ville contre un ouragan, le delta du Mississippi, disparaît rapidement. Cela rend la ville si vulnérable que le FEMA a décrit une possible catastrophe à la Nouvelle-Orléans comme l'une des trois plus graves catastrophes qui pourrait frapper le pays. Les deux autres étaient un tremblement de terre à San Francisco et un attentat terroriste à New York City.»

Mais l'agence qui se charge de combattre les catastrophes, la Federal Emergency Management Agency ou FEMA, s'est déjà vu notifier dès avril 2001 qu'elle devait économiser et privatiser. En mars 2003, elle a été mise sous la tutelle du super-ministère de la Sécurité intérieure, qui donne priorité à la lutte antiterroriste.2

Pour la sécurité de l'Etat de Louisiane et de la ville de la Nouvelle-Orléans, l'entretien des digues, un système de pompes et un programme à grande échelle de protection des superficies énormes de marécages côtiers sont d'une importance vitale.

Eh bien, ces dernières années, Bush a sabré en tous sens dans tous ces programmes. Les moyens pour les projets de protections des marécages contre l'envahissement de la mer ont été ramené de 14 milliards à 1,2 milliard de dollars.3 En juin 2004, le budget pour l'entretien des digues entourant la Nouvelle-Orléans s'est également vu amputer de 71 millions de dollars, soit une réduction de moitié. Walter Maestri, responsable de la lutte contre les catastrophes dans le quartier de Jefferson, avait dit à l'époque: «Sans doute cet argent est-il allé à la sécurité intérieure et à la guerre en Irak. Je présume que c'est le prix que nous devons payer.»4

1 The Washington Post, 15 septembre 2004 · 2 William Rivers Pitt, Wake of the Flood, Truthout, 2 septembre 2005 · 3 Editor and Publisher, 30 août 2005 ·4 William Rivers Pitt, Wake of the Flood, Truthout, 2 septembre 2005.

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«Mais où reste l'aide promise?»

Sept jour après le passage de l'ouragan, des milliers de personnes, comme cette dame, sont encore à la recherche d'amis ou de membres de la famille. Les plans d'évacuation des autorités étaient insuffisants, voire inexistants. (Photo Xinhua, Lu Mingxiang)

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Bien des victimes et des responsables se sont posé la question une semaine durant: «Mais où reste l'aide promise?»

Kathleen Blanco, gouverneur de la Louisiane, a dû admettre que le gros de la Garde Nationale de son Etat, qui aurait dû se charger des tâches de sauvetage, avait été envoyé en Irak. Ils se trouvent à Camp Liberty (sic), près de Bagdad. Les policiers du Mississippi ont été adjoints au 2e Corps expéditionnaire des Marines en Irak.1 Au lieu de sauver des vies humaines au pays, ils sont obligés d'en détruire en Irak.

Quand 3.700 membres de la Garde Nationale de la Louisiane sont partis pour l'Irak, en octobre 2004, le lieutenant-colonel Pete Schneider a déclaré: «Ils emportent leurs véhicules spéciaux, leurs génératrices et tout leur matériel. Mais ce matériel, nous en avons besoin ici.»En août dernier, Schneider avait encore mis en garde contre une crise en Louisiane et dans les Etats environnants.

Une journée de guerre en Irak = le budget annuel de renforcement des digues

Washington a 150.000 hommes en Irak et compte encore en envoyer plus. L'occupation de l'Irak coûte aux Etats-Unis 200 millions de dollars par jour ­ plus que le budget annuel nécessaire au renforcement des digues autour de la Nouvelle-Orléans.

L'ouragan Katrina a provoqué une catastrophe terrible. Mais cette catastrophe n'a exercé ses ravages que parce qu'en même temps, un ouragan encore plus destructeurs balaie les Etats-Unis et la planète entière: l'ouragan George W. Bush. Aussi la population américaine exige-t-elle de plus en plus que Bush mette un terme à la guerre en Irak, que les soldats américains reviennent dans leurs foyers et que priorité soit donnée à la lutte contre la pauvreté et les problèmes que connaissent les Etats-Unis mêmes.

Bush invite maintenant la population américaine à verser de l'argent à la Croix-Rouge et à l'Armée du Salut. Les Américains doivent-ils donc mettre à mal leur porte-monnaie pour faire uvre de bienfaisance, alors que le gouvernement a pillé sans vergogne les budgets des projets sociaux pour mener une réforme fiscale à l'avantage des milliardaires? Et alors que les dégâts, évalués à 100 milliards de dollars, ne représentent que l'équivalent de 16 mois de guerre en Irak, ou à un quart du budget annuel de l'armée?

La classe ouvrière américaine ne doit pas payer cette facture. Que Bush retire ses troupes de l'Irak et qu'il engage tous les moyens pour les immenses besoins sociaux et pour reconstruire le Mississippi, l'Alabama et la Louisiane. Les travailleurs américains n'ont pas besoin d'une guerre contre le terrorisme, mais d'une guerre contre la pauvreté. Pour le social, contre le système du profit d'abord

1 Financial Times, 1 septembre 2005.

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La guerre contre les pauvres

Au cours des trois premiers jours, la plupart des personnes n'ont vu arriver aucune aide et l'armée est restée absente. Dans le chaos total, certains petits groupes se sont livrés au pillage. Mais la majeure partie de ceux que les médias ont décrits comme pillards étaient de simples gens qui, depuis plusieurs jours, cherchaient en vain de la nourriture. Des centaines ont pris dans les magasins des biens de première nécessité: nourriture, eau potable, savon, vêtements. Un policier a déclaré: «Je n'arrêterai personne parce qu'il emporte des vivres et de l'eau.»1 Le maire Nagin d'ajouter: «C'est vraiment difficile, parce que, selon moi, le pillage a débuté quand les gens n'ont plus eu de nourriture et, dans ce cas, on peut difficilement contester.»

A fin de reprimer la révolte justifiée des noirs et des pauvres gens dans les Etats frappés, ce gouvernement organise la guerre contre les pauvres.. Ce faisant, on a vite fait appel au racisme en décrivant systématiquement les «pillards» comme étant des Noirs. Et depuis jeudi, Bush a donné l'ordre de «s'en prendre durement aux pillards».2 L'état de siège a été décrété à la Nouvelle-Orléans. A peu près tout le corps de police, fort de 1.500 hommes, s'est vu donner l'ordre de cesser les opérations de sauvetage. D'importantes opérations de secours, qui auraient pu sauver des vies, ont été annulées. En lieu et place, les autorités ont déclaré la guerre aux pauvres. Le gouverneur Kathleen Blanco a menacé: «Trois cents soldats de la Garde Nationale reviennent juste d'Irak. Ils ont une expérience du combat. Ils rétabliront l'ordre dans les rues. Ils ont des [fusils-mitrailleurs] M-16 prêts à faire feu. Ces troupes savent comment elles doivent tirer et tuer, et elles sont plus que disposées à le faire.»3

1 The Houston Chronicle, 1er septembre /9/2005 · 2 De Standaard, 2 septembre /9/2005 · 3 The Houston Chronicle, 2 septembre /9/2005.

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Cuba et la Chine: agir autrement

Fidel Castro, le président cubain, a proposé l'aide de 1.100 médecins dans les trois jours. A Cuba, les mesures de sécurité contre les catastrophes naturelles sont réelles et efficaces. Pourquoi n'en va-t-il pas de même dans le pays le plus puissant du monde? (Photo Granma)


Cuba se trouve à un bon millier de kilomètres de la Nouvelle-Orléans. Cette île des Caraïbes se trouve régulièrement dans l'il des tempêtes tropicales. Au début juin, l'ouragan Dennis (force 4, comme Katrina) a fait rage sur Cuba. Mais les autorités cubaines sont parvenues à évacuer à temps, et en bon ordre, 1,5 million de personnes, de sorte qu'il n'y a eu que 16 morts.

Lors du passage de l'ouragan Ivan (septembre 2004), le 5e ouragan en force a avoir jamais frappé les Caraïbes, deux millions de personnes ont été évacuées, dont 100.000 durant les trois premières heures. Les pertes minimes en vies humaines lorsque des ouragans frappent Cuba sont le résultat de l'efficacité du système de prévention à Cuba, affirme le Pnud, (Programme des Nations unies pour le développement). On n'y engage non seulement l'armée et la protection civile, mais toutes les organisations sociales (syndicats, comités de quartier, coopératives). «Quelque chose que nous ne pouvons réaliser que grâce à notre système social», déclare Astull Castellanos, de la Protection civile cubaine.1

En juin, une conférence s'est tenue sur ce thème à La Havane. Jan Engeland, sous-secrétaire général des Nations unies pour l'humanitaire, y a déclaré que le système de prévention des catastrophes du gouvernement de Fidel Castro était un modèle qui pourrait très bien être imité par les autres pays de la région.2

En 2002, l'organisation non gouvernementale Oxfam a publié un rapport intitulé Résister à la tempête: leçons et réduction des risques à l'exemple de Cuba. Oxfam écrit: «Les équipements matériels sont impressionnants. Mais s'ils devaient constituer le facteur déterminant, dans ce cas, les pays plus riches, comme les Etats-Unis, paieraient un tribut en victimes proportionnellement moindre. Il est par conséquent tout aussi important de déceler les qualités moins tangibles qui permettent au système cubain de fonctionner aussi bien. Parmi celles-ci, la mobilisation de la communauté, la solidarité, un engagement politique manifeste à vouloir protéger les vies humaines et une population qui se rend compte de ce qu'est une catastrophe et qui a été entraînée à agir efficacement en cas de catastrophe.»

On voit la même chose en Chine. Le journal De Morgen écrit, le 5 septembre: «Depuis les inondations de 1998, qui ont coûté la vie à plus de 3.000 personnes, la Chine a investi des milliards dans l'amélioration des digues et la préparations aux catastrophes naturelles. Chaque village est en contact avec un service central de mise en garde contre les catastrophes et, au besoin, on fait sonner l'alarme du village afin que tout le monde quitte à temps le village et son foyer. Cet été, les agents et soldats du pays sont parvenus à évacuer 1,2 million de personnes en une seule journée, ce qui fait que l'ouragan Haitang n'a tué que douze personnes.»

1www.cubanismo.net · 2 www.globalinfo.org

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