Regarder en arrière pour prévoir ce qui va venir

Jeudi le 27 juillet 2006 Kinshasa a connu un premier essai de coup putchiste de Bemba

Analyse par Leonard Kasimba, update du 30 août

A quoi nous pouvons nous attendre les semaines et mois à venir en RDC ? Après les combats du 20 au 22 août à Kinshasa, le journal Le Soft écrit « Le pire est à venir ». Et Honoré Ngbanda, alias le Terminator et actuel conseiller spécial de Jean-Pierre bemba déclare ouvertement : « Nous devons nous préparer à un affrontement. (…) Dans les jours à venir, nous allons lancer un appel à la mise en place d’une organisation qui doit mettre fin à la situation actuelle. »

Bemba ne s'est toujours pas prononcé publiquement sur le verdict des urnes. La Cour Suprème de Justice publiera bientôt les résultats officiels et définitifs du premier tour des élections. Il est peu probable que Bemba acceptera les chiffres.

Dans ce contexte il est bien de revenir aux évènements du jeudi 27 juillet, quelques jours avant les élections, quand lors du meeting électoral de Jean-Pierre Bemba 4 personnes ont trouvés la mort, plus que 20 blessés et une série impressionnante de bâtiments ont complètement été saccagé et pillé.

La reconstruction des évènements de cette journée permet de cerner la stratégie puchiste bien réfléchie qui est suivie par Bemba. Et il est clair quedans le futur, à fur et à mesure que la défaite électoral inévitable de Bemba s'approche, l’on pourra encore vivre une ou plusieurs répétitions de ce scénario putchiste du 27 juillet. Nous nous basons sur des témoignages directs ainsi que des articles du Potentiel, L'Avenir et Digitalcongo.net et le rapport fait sur cette journée par l'Observatoire Nationale des droits de l’Homme.

Ambiance de haine

Notons d’abord que l’agitation haineuse qui a caractérisé toute la campagne de l’alliance Bemba-Ngbanda-UDPS, a jeté les bases pour un climat de violence et d’émeutes.

Beaucoup de Kinois ont la ferme conviction que les élections font parti d’un grand complot de la part de la communauté internationale qui veut mettre un rwandais à la tête de ‘Etat. Pendant des mois le public a été matraqué dans les médias par l’alliance Bemba-Ngbanda-UDPS.

Entre-temps la communauté Internationale et la Haute Autorité des Médias se sont cachés derrière une neutralité hypocrite en dénonçant « les appels à la haine et la violence des deux côtés ».

Or les exemples d’appels au meurtre et à la haine aveugle ne peuvent être décelés que dans les médias bembistes ou dans la bouche des porte-parole de l’alliance Bemba-Ngbanda-UDPS.

On peut aussi constater que le Parti Populaire pour la Reconstruction et le Développement de Joseph Kabila n’a pas été capable de détecter la progression de cette campagne mensongère contre le Président, ni d’y répondre de façon convaincante.

Cette ambiance d’intolérance et de haine a marquée aussi le meeting de Bemba au stade Raphaël le 27 juillet. Plusieurs observateurs ont été choqués par l’extrême hostilité anti-Kabila et l’éloge sans honte de la dictature mobutiste lors de cette manifestation. Ainsi un observateur écrit : « La foule surexcitée a versé dans le délire lorsque des jeunes gens manifestement drogués ont fait le tour du stade en promenant un chien habillé d’une chemise frappée de l’effigie de Joseph Kabila. (…) Certains agitateurs avides de sensations fortes ont même déterré le maréchal Mobutu en faisant le tour du stade avec une photo géante le représentant à l’époque de sa splendeur. Sur les gradins, on pouvait voir flotter le drapeau vert de l’ex- Zaïre. »

Dans son interview du 23 août Honoré Ngbanda a confirmé que cette campagne mensongère et haineux continuera les mois suivants sur les thèmes : « de bourrages d’urne et élections volées »,  « ingérence de la communauté internationale et complicité de cette CI avec Kabila » et enfin « l’uranium exporté vers l’Iran ».

Cortège de l’aéroport de Ndjili au stade Raphaël laisse une trace de violence

L’Observatoire Nationale des droits de l’Homme (ONDH) écrit dans son rapport : « C’est depuis 10h00’ que l’on avait assisté à des mouvements des va-et-vient sur les Boulevards LUMUMBA et SENDWE de plusieurs militants et sympathisants du MLC venus accueillir leur Président Jean-Pierre BEMBA et participer à son meeting qui devait se tenir au stade Tata Raphaël.
Des actes de vandalisme ont été enregistrés tout le long du parcours emprunté par le cortège depuis l’aéroport de N’djili : les banderoles et affiches des candidats aux élections ont été systématiquement arrachées et brûlées et les manifestants s’en sont pris aux Policiers et locaux du Sous-Commissariat de Police de Limete-Echangeur et au Quartier Général de l’Unité de Police Intégrée (UPI). (…) De l’aéroport de N’djili jusqu’au stade Tata Raphaël, 5 postes de Police ont été mis à sac. (…)Parmi les manifestants, certains avaient en mains des bouteilles remplies d’essence et autres barres de fer, bâtons, etc. et certains étaient même nus.»

Chauffer à blanc les esprits

Mais le 27 juillet a été marqué surtout par une série de mensonges qui devaient alimenter et justifier la colère et la violence de la foule.
Les présentateurs des chaînes bembistes qui assuraient la retransmission en direct du meeting au stade Raphaël ont chauffé à blanc l’opinion en faisant croire que les soldats de la garde républicaine tiraient partout autour du stade et qu’ils auraient attaqué ceux qui étaient partis accueillir le leader du Mlc.

Les officiels du MLC ont pris une attitude très ambiguë vis-à-vis de ces mensonges. Ainsi le secrétaire général du Mlc a reconnu qu’il s’agissait de « rumeurs injustifiés ». Question de ne pas se mouiller.
Bemba lui-même a affirmé qu’il n’en était rien et qu’il n’y avait aucun blessé. Mais en même temps il demanda le public de garder une minute de silence en mémoire « des victimes de la répression de ce 27 juillet 2006 ».

Des images de bébés calcinés

Mais le climax de cette agitation violente était bien la couverture des évènements autour de l’incident dans la « caserne privée » de Bemba, située sur l’avenue de la Justice. L’incendie a commencé vers 13h30. Le feu a été constaté dans un premier temps au toit d’une maison mais s’est ensuite transmis d’une maison à l’autre.

Deux bébés des épouses des militaires bembistes ont été calcinés. Immédiatement des images du bâtiment en feu et des corps des bébés calcinés ont été véhiculés par les médias bembistes. Ainsi que les « témoignages » des militaires qui assuraient que le feu serait le résultat d’un … bombardement de leurs maisons par un avion de l’Eufor (la force militaire européenne présent à kinshasa pour protéger le processus électoral).

On ne peut que deviner la cause réelle de cet incendie. Etai-ce un court circuit de l’électricité occasionné par des raccordements pirates et désordonnés des fils électrique ? Ou était-ce un acté prémédité de la part de gens sans scrupules ?

Un fait c’est que les évènements ont été immédiatement véhiculés par les médias bembistes et intégrés dans la campagne d’agitation haineuse et violente. Un autre fait est aussi que les esprits des adhérents inconditionnels de Bemba étaient tellement « chauffés » que les militaires bembistes en colère, ont refusé le service d’un véhicule anti-incendie venu à leur rescousse. Et qu’ils ont ensuite ériger une barrière sur le boulevard du 30 Juin pendant quelques heures. C’est ainsi que tous les véhicules qui venaient de part et d’autre sur cette artère, rebroussaient chemin. Un embouteillage monstrueux s’en était suivi.

Violence et pillage dirigées et protégés par les militaires bembistes

Plusieurs témoins déclarent que la violence a été déclenché après l’intervention des la milice bembiste.

Signalons aussi que des sources bien informées nous ont confirmés que l’ancien réseau des hiboux, mis sur pied au début des années 90 par Honoré Ngbanda est toujours intact. Ce réseau est formé d’abrutis prêts à commettre les pires cruautés. Ainsi l’opération katakata qui a précédée la date du 30 juin 2005, a été exécutée par ce réseau. Le matin les habitants de certains quartiers populaires trouvaient dans cette période des corps coupés en morceaux et entassés sur une pile au milieu de leur rue. Le but de cette opération était de créer la haine envers les autorités dont les agents de Ngbanda disaient qu’ils « n’étaient pas capable de assurer la sécurité ».

Ce réseau est composé de militaires de l’ancien DSP (garde présidentielle de Mobutu) qui continuent à s’infiltrer à partir de Brazza-ville dans le milieu des Cheges à Kinshasa. Ils sont armés et bien entraînés à commettre des assassinats, camouflés en civil et agissant au sein de foules de manifestants.

Résultats de ce cocktail explosif

Thomas Luhaka, secrétarire exécutif du MLC ( le parti de Bemba) et président de l’Assemblée Nationale a déclaré au radio de l’0NU, radio Okapi, que les actes de pillages ont été le résultat « du débordement de la foule et des actes posés par un cinquantaine de jeunes incontrôlés ».
Ainsi le MLC refuse à réagir sur chaque revendication d’indemnisation et se déclare innocent.(*) Les témoignages cités ci en haut contredisent cette version. Mais surtout l’ampleur du pillage rend cette « explication » complètement ridicule.

Ont été saccagés et pillés :

Le bilan humain de cette journée de fête bembiste est décrit par l’ONDH :

Parmi les 20 blessés on compte 18 policiers et 1 militaire de la garde du Vice-Président BEMBA.


(*) L’Ondh remarque qu’il s’agit d’une position en contradicytion avec la loi électiorale qui prévoit dans les alinéas 4 et 5 de l’article 29  : « Les organisateurs des manifestations et rassemblements électoraux veillent à leur bon déroulement, notamment en ce qui concerne le maintien de l’ordre public et le respect de la loi. Ils peuvent, le cas échéant, demander l’assistance des agents de la Police Nationale Congolaise. »


La Ham n’a plus d’âme


Le Potentiel du 28 juillet décrit la situation de la HAM après le pillage :
« Le spectacle est désolant. On croirait assister à des pillages de triste mémoire de septembre 1991 et de janvier 1992. Lesquels ont mis en lambeaux le tissu économique de la République démocratique du Congo alors Zaïre.
Les dégâts sont considérables. La Ham, touchée dans son âme, n’existe plus que de nom.

Tout a presque été brûlé ou emporté. Hormis la paperasse qui couvre certains locaux et la cour. Portes, fenêtres, grilles et autres tubes arrachés et emportés. Du mobilier au matériel informatique en passant par les appareils de climatisation, rien n’a résisté au tsunami. Les manifestants, mués en pillards, n’y sont pas allés de main morte. Les deux bus de marque Toyota, modèle Croaster, et un groupe électrogène ainsi qu’un grand et un moyen containers ont également subi la loi des vandales : ils ont été brûlés. L’Observatoire national des droits de l’homme (Ondh) a connu le même sort.

A noter aussi que le Secrétariat général à la Jeunesse n’a pas été épargné. Sa toiture a été détôlée et ses vitres cassées. Le mobilier et l’outil informatique emportés.
Selon les témoignages recueillis auprès des agents de la Haute autorité des médias, à l’arrivée de la marée humaine au niveau du siège de leur institution, des doigts ont été pointés en direction de celui-ci. Des voix se sont élevées pour dire que la Ham appartient au Parti du peuple pour la Reconstruction et le développement (PPRD).

Et ce sera la ruée vers l’intérieur devant les agents qui ne comprenaient rien du tout. Voulant connaître la raison de cette présence insolite, certains ont été accueillis par une pluie de pierres et d’autres se sont vu arracher les appareils cellulaires, d’autres encore les bijoux, etc. Non sans avoir reçu des gifles pour n’avoir pas vite obtempéré.

Pénétrant dans les locaux désertés, ils n’ont pas de la peine se livrer à cœur joie à un pillage systématique. Pendant ce temps, les agents, hommes et femmes, n’auront le salut que dans la fuite. Derrière le bâtiment en escaladant le mur pour se retrouver du côté du stade Tata Raphaël. Heureusement, à l’exception d’une jeune fille, commise au Centre d’écoute et de monitoring de la presse congolaise. Non informée de ce qui se passait, elle continuait à travailler lorsqu’elle a été surprise par un groupe de salauds qui n’ont pas demandé mieux que de la violer. Un calvaire pour lequel elle a été admise à l’hôpital général de Kinshasa dans un état critique. »

Modeste Mutinga, président de la HAM dans la Prosperité du 1 septembre, deux mois après les évènements du 27 juillet :
« La HAM n’a ni bureau, ni documentation, la HAM est aujourd’hui dans la rue. C’est un SOS que nous lançons aux hommes de bonne volonté, à la MONUC, à toute la communauté internationale, au gouvernement congolais aussi. Qu’ils puissent se rappeler que cette instance de régulation est indispensable pendant cette période électorale et qu’il faut la doter des moyens de son action afin qu’elle soit efficace et dynamique pendant cette période. »

Pillage du siège du artiste musicien Werrason

 

« Les meubles, l’équipement musical et autres biens qui se trouvaient dans ce bâtiment ont été emportés et ceux qui ne pouvaient l’être ont été saccagés sur place.
Ce vandalisme serait commis par des partisans du Mlc pour des raisons politiques à peine voilées. On a vu des personnes portant les T.shirts avec effigie du leader de ce parti politique. L’objectif visé serait d’intimider le chef de cet orchestre Wenge Maison Mère, Ngiama Makanda Werason, d’animer éventuellement le meeting de l’Alliance pour la majorité présidentielle d’aujourd’hui à la Fikin. »
(L’Avenir, 28 juillet)

Photos du pillage du Temple de l’armée de l’éternel


Sony Kafuta : « Tout d’un coup, surgit un groupe de gens venant du stade, avec à leur tête, un Monsieur en costume noir. Ce Monsieur était muni d’un appareil talkie-walkie, suivi d’une section de militaires de la sécurité du vice-président Jean-Pierre Bemba, le tout appuyé par 2 jeeps pick-up de couleur blanche.

Arrivés devant l’église, ils ont pris position, et tout à coup, les coups de feu ont commencé à se faire entendre de partout tout comme des explosions des grenades lacrymogènes. A travers la fenêtre, nous avons pu constater qu’un officier de la police était tombé et qu’un deuxième venait d’être lapidé et qu’on était en train de le brûler par les manifestants. Après, ils ont également brûlé son véhicule. Un autre policier qui a pu s’échapper, a été rattrapé par les pierres puis jeté dans la rivière Kalamu qui coule devant l’entrée principale de l’amphithéâtre ; ce dernier mourut par la suite. Un autre policier fut maîtrisé par les éléments de la garde rapprochée du vice-président Jean-Pierre Bemba qui le livrèrent après aux manifestants qui le lapidèrent ensuite.
La police qui refusait tout affrontement, décrocha. La garde rapprochée du vice-président Jean-Pierre Bemba prit alors position devant l’église et ordonna le pillage. »