Le Ciat oublie Sun City et remet la Rdc à la case de départ

Lundi 1 septembre la Ciat a exigé entre autres : « La réduction et le cantonnement des forces des deux candidats et leur substitution, jusqu'à la fin du processus de transition, par la MONUC et l’EUFOR dans leur fonctions de protection »

Nous publions ici le commentaire du journal L’Avenir sur cette revendication :

La crise congolaise vient de prendre un tournant étonnant mais inattendu. Le vice-président de la République en charge de la commission Economie et Finances a réussi son pari de se présenter comme opposant. Plus grave, la communauté internationale a placé le Congo dans le schéma de la Somalie, du Liberia ou même de la Côte d’Ivoire. On a ainsi ramené le Congo à la case départ. C’est comme si ce pays n’a jamais connu un Dialogue inter congolais. Comme si l’Accord global débouchant sur le partage du pouvoir, sur la réunification, du moins au niveau de l’Etat-major n’avait jamais eu lieu. On voudrait également faire croire à l’opinion que le parlement congolais n’avait jamais voté une loi instaurant la garde républicaine. Que dans le camp de ceux qui semblent contribuer à asseoir la confusion, on retrouve le Ciat, témoin privilégié de la transition congolaise, il y a de quoi ne plus rien comprendre.

Le dernier communiqué du Ciat pousse à une réflexion profonde et amène à croire qu’il y a des enjeux cachés derrière cette nouvelle crise congolaise. Que personne n’accepte de remonter cette crise afin de bien en comprendre les motivations profondes, voilà qui inquiète davantage et fait penser à beaucoup d’hypocrisie. Mais qui a intérêt à voir le Congolais à la case départ au moment où on était presque sorti de la crise de légitimité ? Il y aurait de quoi à faire croire outre les acteurs congolais, il y a dans la communauté internationale des personnes voire des organisations que les résultats des élections congolaises n’arrangent pas. Ces lobbies seraient prêtes à cautionner des schémas pouvant mettre en doute la volonté du peuple congolais.

Dans son dernier communiqué, le comité international d’accompagnement de la transition a appelé Joseph Kabila et JP Bemba à cantonner leurs armées. On comprend que le Ciat ne veut pas aller par le dos de la cuillère. Ce qui compte pour lui, c’est qu’il n’y ait pas affrontement.

C’est légitime. Mais son tort c’est de faire croire qu’il y a eu affrontement entre une certaine armée de J.Kabila et celle de JP Bemba. A ce sujet, le Ciat devrait dire un mot sur les policiers qui ont payé le plus lourd tribut de ces affrontements. Où doit-on classer ces policiers ? Dans le camp de Kabila ou de JP Bemba ? Ce dernier, avec la bénédiction du Ciat se retrouve dans la position de chef rebelle à qui on demande un cessez-le-feu devant une autre faction rebelle dont le chef serait Joseph Kabila. Comme quoi, la communauté internationale est soit à bout d’arguments de paix au Congo, soit complice partisan d’un camp. JP Bemba, est jusqu’à la preuve du contraire, vice-président de la République. Qu’il se mette dans la peau d’opposant pour la simple raison qu’il est candidat face à Joseph Kabila, le Ciat est bien placé pour y voir une distorsion.

Puisqu’on accepte qu’il est opposant et non dirigeant de la transition, on ne pouvait que s’attendre aux réclamations du genre de celles que le vice-président de la République vient de poser. A savoir, entrer aux réunions du gouvernement et de l’espace présidentiel avec ses gardes. En plus, lorsqu’il est là, qu’il n’y ait dans les parages aucune présence de la garde présidentielle. En termes clairs, le leader du Mlc demande la démilitarisation du Palais de la Nation, de la cité de l’Ua.

Pour que cela passe, il fallait faire croire que JP Bemba est réellement en insécurité. Quels que soient les éléments plausibles du dossier, certains ambassadeurs croient qu’effectivement Joseph Kabila en veut à son challenger. Personne ne se pose des questions sur ce que pouvait être la motivation d’un tel projet. Joseph Kabila avait pourtant, dans un discours à la nation reconnu les résultats du premier tour. Ce que son challenger n’a jamais fait. Le Ciat croit qu’il était en voie de le faire au moment où les incidents ont éclaté. Au même moment, le membre du Mlc à la Cei avait claqué la porte.

Le Ciat croit que le Mlc était prêt à reconnaître les résultats que son représentant à la Cei contestait. Tout le monde a l’impression que finalement, les tirs croisés sur le Ciat ont eu raison du bon sens de ces honnêtes ambassadeurs. Ils sont à la recherche des équilibres, car fatigués d’être accusé de partialité.

Et pour ce faire, même si la vérité doit être sacrifiée, l’essentiel pour eux, serait de sauver l’essentiel, à savoir le processus électoral. Erreur. Car, à cette allure, il n’y aura pas un aboutissement heureux du processus. Il faut s’attendre à ce que le deuxième tour soit émaillé d’incidents dont certains provoqués pour donner la preuve de martyr.

En acceptant qu’il y aurait d’un côté une victime qui réclame la protection du monde, et de l’autre le bourreau désigné, on a planté le décor pour des scènes surréalistes auxquelles le monde va assister en direct à partir du territoire congolais. Personne ne le souhaite, mais ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on peut combattre la fièvre.

Le Ciat doit tirer les leçons de sa politique au Congo. On revient aujourd’hui sur le cantonnement des troupes. On reconnaît par ce fait que JP Bemba aurait une armée en pleine ville. Il y a quelques mois, en parler c’était de la provocation. Le Ciat veut qu’on cantonne ces armées. C’est comme si on voulait couvrir le feu avec de la paille. Quel usage fera-t-on de ces armées à la fin du processus ? Pour être plus clair, que deviendront ces armées individuelles après la proclamation dé des résultats définitifs de la présidentielle ? Ce qu’il faut aujourd’hui, si on veut jouer jeu honnête, c’est de déterminer la nature des soldats qui constituent ces armées. D’un côté on a la très officielle garde républicaine. Le chef d’Etat-major connaît le commandant qui la dirige et sait qu’il répond de ses ordres. Peut-on en dire autant de l’autre armée ? Comment se nomme-t-elle ? Son commandant répond-il au commandement de l’armée nationale ?

Si tel est le cas, il n’y aurait aucune peine de remettre à l’Etat-major général ses troupes. Si le Ciat, au lieu des déclarations inutilement équilibristes demandait au commandement militaire de prendre ses responsabilités, on saurait qui est armée congolaise et qui est milice partisane.

Pourquoi JP Bemba a plus de soldats à sa garde que les autres trois vice-présidents de la République ? Aujourd’hui, il veut une garde spéciale parce qu’il y a eu des échauffourées du 20 au 22 août derniers. Et hier ?

L’Avenir, 13 septembre