Une interview d’Antoine Gizenga,
secrétaire général du Parti lumumbiste unifié

Colette Braeckman vient de publier sur son blog une interview intéressant de Antoine Gizenga, dirigeant du Parti Lumumbiste Unifié. L'interview est remarquable dans le sens que Gizenga est très positif sur Mzee Kabila et laisse entendre qu'il veut défendre une politique nationaliste. Il est vrai que Gizenga s'est lourdement trompé dans le passé dans des nombreux cas. Mais personne ne peut nier que les résultats du Palu au premier tour sont remarquables. Et tous les révolutionnaires qui se réfèrent à Lumumba, Mulele et Mzee Kabila ont tout intérêt d'apprendre des expériences importantes du Palu. Voilà un parti qui sait obtenir des résultats importants sans compter sur l'argent ou l'influence des grandes puissances mais bien sur l'organisation et la conviction de ses militants. Une raison de plus pour bien suivre les positions politiques de ce parti. L'interview de Antoine Gizenga a été publié pour la première fois le 25 octobre sur le blog de Colette Braeckman ( http://blog.lesoir.be/colette-braeckman ) et repris par après par le Potentiel. Vu que ces articles disparaissent trop vite du net nous publions le texte intégral ci-dessous.

Leonard Kasimba

En 1960, Antoine Gizenga était vice-premier ministre, aux côtés de Patrice Lumumba. Lors du premier tour des élections présidentielles, le patriarche de 81 ans a récolté 14% des voix, venant immédiatement après Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. Par la suite, le Palu (parti lumumbiste unifié) a signé un protocole d’accord avec l’Alliance pour la majorité présidentielle, s’engageant ainsi à soutenir la candidature de Joseph Kabila au deuxième tour, en échange du poste de Premier ministre. Celui qui, en cas de victoire de Kabila, a la chance demain d’être aux commandes du Congo démocratique, nous a accordé une interview exclusive, d’autant plus importante que les contacts de Gizenga avec la presse sont rarissimes.

Quelle est la signification historique de ces élections et du score remarqué de votre parti?
En 1960, le gouvernement Lumumba qui avait été élu et installé par le peuple a été victime d’un coup de force. Ses membres ont été assassinés ou dispersés, mais n’ayant jamais accepté cette défaite, les nationalistes n’ont eu de cesse de lutter pour que le peuple retrouve ses prérogatives, c’est à dire le droit de désigner les animateurs des institutions du pays. Ce combat a duré 46 ans, et le résultat d’aujourd’hui est une victoire du peuple sur ceux qui avaient voulu que le Congo ne puisse redresser la tête. Le parti lumumbiste unifié résultait de la fusion de quatre grandes formations nationalistes et aujourd’hui je peux dire que nous avons fait le premier pas. En 60, nous avions été élus pour gérer le pays, et c’est ce à quoi nous allons nous atteler aujourd’hui.
Mais la situation n’est pas la même, il nous faudra désormais composer pour apporter un changement pas trop brutal. Le pays a été détruit, et du côté moral, il est très bas. Il faudra que nous puissions apporter un changement de ce côté là, même si cela risque de ne pas plaire à tout le monde. Nous devrons donc nous attendre à des réactions, mais nous sommes décidés à ce que le Congo puisse reprendre sa place dans le concert des nations africaines et du monde. Le résultat d’aujourd’hui nous satisfait, car notre objectif premier a été atteint : que le peuple puisse choisir lui-même ses représentants et dès maintenant il va pouvoir continuer à le faire. Nos objectifs, certes, ne sont pas encore complètement atteints car nous sommes encore mélangés dans une coalition. Mais je pense bien qu’avec le temps, les nationalistes réussiront à faire appliquer leur programme. Petit à petit, le ciel finira par s’éclaircir, mais au début c’est sûr il y aura des tâtonnements… Pendant 46 ans le peuple a été trompé et lors des élections il a fini par s’étonner lui-même du résultat. Nous allons désormais le préparer pour que la prochaine fois, il vote mieux.
Feu le président Laurent-Désiré Kabila avait voulu rendre le pouvoir au peuple, mais il n’avait pas pu le faire, soit à cause de sa propre politique, ou à cause de l’extérieur… Maintenant, il nous reste à bien préparer la gestion du pays, en éclairant bien la situation…

Aviez-vous rencontré Laurent-Désiré Kabila durant ses années de maquis ?
Oui, j’étais allé le voir à Hewa Bora, j’ai gardé des photos. Alors que j’étais encore en Europe il m’avait écrit pour me proposer de regrouper tous les nationalistes désireux de continuer le combat, mais aucun pays extérieur ne pouvait nous réunir. Un pays socialiste pro-soviétique ne pouvait accepter ceux qui venaient de l’Est (ndlr. pro-chinois) et vice versa. J’ai résolu le problème en me rendant moi-même au maquis. De là, depuis ce petit territoire libéré, j’avais l’intention de lancer un appel aux jeunes Congolais qui voulaient bien poursuivre le combat afin d’élargir le champ de bataille. Mais Kabila était très en difficulté, nous manquions d’armes et de munitions. Entre-temps il y eut un incident : le maquis fut bombardé et détruit par les Américains et Kabila et les siens durent fuir en Tanzanie. Lorsque j’étais dans le maquis, je n’ai pas rencontré la famille de Kabila, cela n’était pas à l’ordre du jour. Je l’ai rencontré seul et comme il venait d’être bombardé il était en difficulté. D’ailleurs, moi non plus je n’avais pas amené ma famille… Lorsque Laurent est arrivé à Kinshasa en 1997, certaines des personnes qui l’entouraient ne souhaitaient pas que nous nous rencontrions. Je n’étais donc pas en contact politique, ni avec le père ni avec le fils Joseph. Celui ci, du vivant de son père, était un soldat et par la suite, après la mort de Laurent, est devenu chef de l’Etat et a dû gérer le pays avec des jeunes pas très expérimentés. Nous sommes alors restés à distance, veillant à poursuivre la lutte menée depuis les années 60.
Ce qui était bien, c’est que le fils Joseph avait décidé de conduire le peuple aux élections, ce qui était aussi notre objectif. Sur ce point, nous l’avons donc toujours soutenu. C’est ainsi qu’après le dialogue intercongolais à Sun City nous avons insisté pour que l’on aille aux élections pendant que certains anciens essayaient de lui faire faire marche arrière, de le dévier de son objectif. Nous ne soutenions pas ceux qui voulaient tout le temps des négociations supplémentaires pour faire traîner les choses. Il a senti que sur ce point des élections nous étions derrière lui, que nous refusions tout recul. Nous avons tenu tête et nous avons eu raison : les élections, nous y sommes.
J’ai été le premier à m’enrôler, malgré la contestation. Rappelez-vous : la transition devait durer 24 mois, après quoi elles devaient avoir lieu. Beaucoup ne voulaient pas que le peuple les sanctionne et faisaient traîner les choses. En juin 2005, nous avions demandé à la Commission électorale indépendante qu’il puisse au moins y avoir une élection, la présidentielle, avant le 30 juin afin d’apaiser le peuple, mais personne ne nous a écoutés. La Commission électorale indépendante a été assez intelligente ; avant la date du 30 juin, elle a commencé les opérations d’enrôlement et nous avons jugé que c’était une opération d’ordre civique. Il fallait nous prononcer pour exiger que la préparation des élections se poursuive avec l’enrôlement puis le référendum sur la Constitution. Nous avons donc ouvert la voie et tout le monde a suivi.
Il faudra mettre fin à la corruption

Acceptiez vous la nouvelle Constitution ?
Oui, car elle ouvre nécessairement la voie aux élections. Il faudra la corriger certes, car elle est imparfaite comme toute œuvre humaine, mais la refuser à ce moment là, c’était barrer la voie aux élections. Beaucoup de points ne nous plaisaient pas, et nos députés se chargeront de revoir cette Constitution et de proposer des amendements pour qu’on puisse aller de l’avant.

Quelles seront les priorités du gouvernement dont vous pourriez être le Premier ministre ?
N’allez pas trop vite ; le Premier ministre sera désigné par le Palu, mais qui vous dit qu’il s’agira de moi ? Ce n’est pas parce que je suis le chef du parti que je serai proposé au chef de l’Etat.
Pour moi, ce qui compte c’est la personne humaine. Il faut que le pays puisse retrouver un moral qui convient, des valeurs de base. Il y a eu beaucoup de corruption, il faudra redresser la situation sociale : la population ne mange plus, il faut la nourrir, la soigner, redresser l’enseignement, assurer la sécurité et créer une armée républicaine. En règle générale mettre de l’ordre dans le pays, rétablir l’équilibre dans le domaine social. Restaurer la confiance des investisseurs, pour qu’ils reviennent. Pour cela, il faudra mettre fin à la corruption. Il y en a eu beaucoup du temps de Mobutu. Mais même maintenant durant la transition, il y en a eu. Tout cela doit cesser. C’est pourquoi nous entrons dans une période de turbulences, comme un avion qui traverse un gros vent : chacun devra attacher sa ceinture de sécurité et s’accrocher, rester calme. Car, pour ce qui concerne la lutte contre la corruption, le Palu compte être très ferme, nous devons commencer par là. Il n’y a pas moyen de construire un pays quand tout le monde est corrompu, que l’on ne sait où part la richesse du pays, que ceux qui travaillent ne sont pas payés.

Quelle sera votre attitude face aux contrats miniers, pour lesquels l’Etat a été lésé à maintes reprises ?
Nous avons déjà annoncé lors de notre discours d’ouverture de la campagne qu’il faudra revoir tous ces contrats pour le bien de tous, ceux qui investissent mais, aussi le peuple congolais qui doit pouvoir bénéficier des richesses de son pays. Ces contrats devront être réexaminés afin que chacun soit satisfait…

Accord avec l’AMP : le souci de l’unité du pays

Qu’est ce qui vous a poussé à signer un accord avec l’Alliance pour la majorité présidentielle, autour de Kabila ?
La raison majeure est le souci de l’unité du pays. Après les élections, les deux candidats arrivés en tête devaient continuer la compétition et les autres devaient se déterminer. Le Palu a mis de côté toute considération de personne. Il a mis l’accent sur l’intérêt du Congo.
Nous connaissons l’histoire de ce pays, et savons que dès qu’il a accédé à l’indépendance, il a du faire face à un complot international destiné à le balkaniser. Les puissances étrangères trouvaient que ce pays était trop grand, trop riche et qu’il fallait le couper en morceaux. Les Français avaient déjà découpé leurs territoires avant l’indépendance, les Belges n’avaient pas eu le temps, mais dès 60 ils ont créé les sécessions au Katanga et au Kasaï afin d’émietter le Congo. Nous avons lutté contre tout cela mais par la suite, ce projet de découpage a été relancé plusieurs fois. Lors du dernier épisode, on a voulu opérer au départ des pays voisins, Rwanda, Burundi, Ouganda se sont ligués. Et ils ont trouvé Kabila qui avait l’ambition de vouloir renverser Mobutu pour le remplacer par un pouvoir nationaliste. Depuis la Tanzanie, il cherchait par tous les moyens comment revenir au pays et reprendre la lutte. Les puissances sont allées le chercher, ont proposé aux pays africains environnants de l’aider à chasser Mobutu et à reprendre le pouvoir. Evidemment, ces parrains avaient d’autres idées en tête… Le peuple attendait Kabila comme un libérateur, et la guerre de sept mois fut plutôt une promenade militaire vers Kinshasa. Mais quand Kabila a senti qu’on exigeait de lui autre chose que ce qu’on lui avait promis, il a voulu réagir. C’est alors que s’est déclenchée la deuxième guerre.
D’autres pays ayant voulu défendre Kabila, nous avons eu un conflit africain. Finalement les puissances qui avaient initié cette guerre ont senti qu’on allait à la catastrophe et que toute l’Afrique risquait de se ruer dans cette guerre. On a alors essayé de proclamer qu’il n’y aurait ni perdant ni gagnant, qu’il fallait passer par des négociations, transformer la guerre en problème politique. C’est pourquoi nous sommes allés à Sun City. Là, j’ai voulu suggérer une solution simple : régler la crise de légitimité soit pas des élections immédiates, soit en reconnaissant que seules les institutions de 60 avaient la légitimité du peuple. Si cela avait été accepté les quelque 50 députés encore vivants auraient été invités à conférer la légitimité aux autres conférenciers par cooptation. C’aurait été très facile et des institutions auraient alors pu être constituées, à l’image du parlement et du gouvernement de 60. Tous ceux qui étaient à Sun City seraient alors devenus députés et on aurait pu avancer. Mais ceux qui ont eu vent de ce projet sont allés avertir le médiateur Masire, et lui dire que cette suggestion risquait d’être acceptée, ce qui aurait fait échouer tous les plans déjà élaborés. Il fallait m’empêcher de parler, de faire un discours de politique générale. L’opposition politique, soit 26 partis, reçut une vingtaine de minutes comme temps de parole total. Je me suis donc contenté de remettre mon memo à M. Masire et nous avons finalement abouti à la formule « 1+4 ».
Après les élections est apparue une nouvelle opposition, l’Est contre l’Ouest. Je ne sais pas où on est allé chercher cette idée, mais elle risquait de creuser un fossé entre les deux parties du pays, Kabila étant soutenu par l’Est, Bemba par l’Ouest. Au lendemain de l’annonce du résultat des élections, les armes ont parlé à Kinshasa, les deux rivaux ont commencé à se tirer dessus, comme s’ils ne pouvaient accepter le verdict du peuple. Le Palu s’est alors réuni et a estimé qu’il s’agissait là d’un jeu des mêmes puissances qui ont toujours voulu que le Congo soit divisé (aucun Congolais n’aurait pu imaginer une histoire pareille). Il fallait éviter que les faits leur donnent raison et nous avons alors décidé qu’il fallait d’abord sauver le pays et lui éviter la division. Nous avons alors décidé de soutenir Kabila pour prouver qu’il n’y avait pas de différence entre l’Est et l’Ouest. Le score de Kabila plus celui du Palu représente une majorité absolue.
Nous avons donc établi un accord, qui nous permettait de dire que le Palu allait soutenir l’AMP, formant ainsi une coalition parlementaire et de gouvernement. L’essentiel était d’éviter la division du pays. Nous allons maintenant nous mettre au travail.

Avez-vous émis des objections à l’alliance avec Nzanga Mobutu ?
Lui, il s’est allié avec l’AMP, il n’a pas fait de protocole avec nous. Nous, nous avons établi un protocole de gestion du pays avec l’AMP. Si l’AMP le désigne à un poste, il va gouverner avec nous. De toutes façons, tous ceux qui sont dans l’AMP ou qui rejoignent ce groupe (des nouveaux arrivent chaque jour…) c’est une affaire qui regarde Kabila. Je répète, tous sont des Congolais, des frères et ce qui nous intéresse au premier plan, c’est l’unité du pays.
Le Palu est un parti discipliné

Pouvez-vous garantir qu’au deuxième tour les électeurs et les militants du Palu acceptent de reporter leur vote sur Kabila, d’appliquer la discipline du parti ?
Notre parti est discipliné et organisé. Avant de nous engager avec l’AMP, nous avons consulté nos militants, toutes les cellules de base ont été interrogées sur le point de rester ou non dans l’opposition, de participer ou non au changement.
Nous avons alors pris notre décision, et ensuite nous l’avons expliquée. Certes, nous avons été confrontés à cette histoire selon laquelle Kabila serait un étranger. Mais pour nous ce sont des histoires sentimentales, avant de nous prononcer, nous devons avoir des preuves matérielles et jusqu’à présent il n’y en a pas…
Ce qui compte, c’est de voir s’il fera ou non du bien à ce pays. Voyez les Belges : ils n’étaient pas Congolais, mais ils nous ont tout de même appris à lire et écrire, tout ce qu’ils ont fait était-il mauvais? Voyez la Zambie : on disait que le président Kaunda était un étranger, mais il a tout de même construit ce pays, alors que son successeur a volé. Ce qui compte ce sont les actes des individus.
Certains de nos militants ont cru, la propagande qu’on leur servait, mais nous leur avons demandé de considérer les actes de celui qui se présentait comme un « mwana mboka » un enfant du pays, (ndlr Jean-Pierre Bemba) de regarder ce qu’il avait réalisé, sans oublier que lui aussi, sur le plan de la nationalité, on pourrait discuter… Tout cela n’est pas important : ce qui compte, c’est qu’une fois de plus on a tenté de diviser ce pays et que nous voulons le sauver, en faisant la jonction avec Kabila qui est de l’Est alors que nous sommes de l’Ouest…

Plusieurs ambassades suggèrent d’accorder un statut spécial à celui des candidats qui perdra les élections, accompagné d’indemnités et d’immunité. Qu’en pensez vous ?
On invente toujours des histoires comme cela pour nous dévier de notre chemin… Qui va accorder cette immunité, de quel droit ? C’est le peuple qui va désigner le vainqueur, c’est donc lui qui devra décider, à travers son Parlement, de créer ou non quelque chose pour le deuxième. Et pourquoi pas alors pour le troisième, le quatrième ?
La part de responsabilité de la Belgique

Espérez-vous quelque chose de particulier de la Belgique?
Certainement. Nous ne sommes pas rancuniers, même si la Belgique nous a longtemps abandonnés. Il faut que les Belges reviennent, ils sont les experts de ce pays, savent comment ils l’ont construit, comment on peut le reconstruire. Ce sont eux qui ont les plans…Nous espérons qu’ils vont nous aider à rétablir un enseignement de qualité, que les investisseurs vont revenir…
Mais pour cela, il faudra garantir la sécurité, lutter contre la corruption… Pour le Palu, ce point est fondamental. Dans notre organisation interne, nous avons un « comité de discipline », une sorte de tribunal devant lequel comparaissent les camarades qui ont fauté. Dans le cas de vols, ils doivent restituer les biens, ou à défaut, prester certains travaux. Pour nous, il ne peut y avoir d’intouchables, pas de passe droits. Tout cela doit finir, nous allons chasser ceux que nous appelons « PAMEVO » (paresseux, menteurs, voleurs) et gouverner avec des principes. Ce pays a besoin d’une sorte de révolution morale. Evidemment pour exiger l’honnêteté et sanctionner la corruption, il faut aussi que les salaires soient décents, que les gens touchent ce à quoi ils ont droit. Lorsque je me trouvais dans le gouvernement de Stanleyville (Ndlr : Kisangani), je veillais à ce que les gens touchent leur salaire tous les quinze jours, et ils se vantaient d’être payés deux fois par mois.
Cette mentalité d’autosuffisance a subsisté : savez-vous que dans le Bandundu, les paysans ont refusé les cadeaux électoraux qu’on leur proposait. A ceux qui venaient avec des T shirts, ils demandaient « m’avez-vous trouvé nu ? » Il faut éduquer les gens à produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin avant de tout attendre de l’extérieur…

Vous avez dépassé les 80 ans, quel est le secret de votre forme ?
C’est très simple, ne pas trop manger mais à des heures régulières, ne boire que de l’eau et supprimer ces drogues que sont la bière et le vin. Me lever à 5 heures tous les matins et commencer par de la gymnastique afin de rester souple. C’est alors que j’étais détenu sur l’île de Mbula Bemba que j’ai commencé ces exercices : dans mon cachot étroit, privé d’air et de soleil, je dépérissais, je souffrais de vertiges. Un jour, j’ai vu les soldats faire de l’exercice dans le camp militaire d’en face et depuis ma fenêtre j’ai commencé à faire les mêmes mouvements qu’eux, des pompages, une sorte de boxe. Après deux ans et demi, je suis sorti de prison plus musclé qu’en arrivant. Ce qui compte aussi, c’est donner un but à sa vie, alors on ne compte pas les jours.
Je sais aussi que le peuple me soutient : savez-vous que c’est lui qui me nourrit, on m’envoie des vêtements, des chaussures, chez nous tout le monde contribue au parti. Lorsque je me suis présenté aux élections, les 50.000 dollars de caution ont été payés par 50.000 contributions accompagnées d’une signature…

Propos recueillis par Colette Braeckman, publié sur son blog le 25 octobre