Le Congo de demain, je le vois porter les espérances d’une Afrique renaissante
Discours d'investiture du Président Jospeh Kabila Kabange, 6 décembre 2006

Messieurs les Chefs d’Etat,
Messieurs les Chefs de Gouvernement
Messieurs les Chefs de Délégation
Mesdames,
Mesdemoiselles,
Messieurs,
Distingués Invités ;
Chers Compatriotes

En ce jour solennel, où je prends la charge, par la volonté du Peuple congolais, de présider aux plus hautes fonctions de l’Etat, je mesure, devant Dieu et devant l’histoire, l’étendue de mes responsabilités face à une Nation dont les aspirations sont résolument tournées vers l’avenir.

Le moment que le Peuple congolais vit aujourd’hui est un moment historique et restera longtemps gravé dans sa mémoire, parce qu’il marque le commencement d’une ère nouvelle qui doit l’amener au bien-être et à son développement intégral.

Avant toutes choses, je me dois de remercier Dieu Tout Puissant de m’avoir soutenu, tout au long des cinq rudes années que d’aucuns croyaient incertaines, dans la réalisation des objectifs que je m’étais fixés le 26 janvier 2001.

Je me dois également de remercier le Peuple congolais pour m’avoir confié, de façon non équivoque, la marche de son destin pour un avenir que nous voulons tous radieux.

En ce moment pathétique, je salue la mémoire des millions des Congolaises et Congolais, qui sont tombés sur le champ de bataille de la démocratie et qui n’auront pas la joie de vivre son aboutissement heureux de ce jour.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

Je profite de cette occasion pour féliciter toutes les institutions de la Transition qui ont su, en dépit de tout, mettre au devant l’intérêt supérieur de la Nation, pour la bonne tenue des élections.

Mes pensées vont spécialement à la Commission Electorale Indépendante qui a été à la hauteur de sa tâche, et cela, à la grande satisfaction de l’opinion nationale et internationale.

Je serai incomplet si je ne salue pas la solidarité remarquable de la Communauté internationale, tout au long de cette longue et pénible transition qui s’achève, grâce à son appui moral, diplomatique, financier et matériel.

Enfin, je salue la présence des Chefs d’Etat, des Chefs de Gouvernement et de tous les autres Chefs de délégation, qui sont venus nous soutenir dans notre volonté de reconstruction et de refondation de l’Etat congolais.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

L’espérance du Peuple congolais étant tournée vers l’avenir, je m’empêcherai ici de m’appesantir sur le passé, sans cependant l’oublier totalement.

Devant nous, s’ouvre une nouvelle page. Demain sera ce que nous aurons fait aujourd’hui. Le Congo de demain, je le vois porter les espérances d’une Afrique renaissante, à l’aube de ce siècle aux grands défis.

Grâce à votre travail et à votre attachement à l’idéal de l’indépendance, nous reconstruirons les conditions d’une société de tolérance où l’amour de l’excellence sera une conviction partagée.

Mon rôle dans la nouvelle configuration institutionnelle est de conforter la refondation de l’Etat et de susciter un véritable électrochoc pour une révolution profonde des mentalités. Veiller au maintien de l’unité et de la cohésion nationales retrouvées sera l’épicentre de mon action politique. Garant de la Nation et de la Constitution, conformément à l’article 69, je veillerai au fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions de l’Etat et cela, en sauvegardant l’équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Je vais m’inscrire résolument dans une politique de régénération et de mobilisation des énergies, visant à impliquer tous les Congolais dans l’exaltante tâche de construction de notre devenir collectif, en mettant un accent particulier sur le rôle de la jeunesse et du potentiel féminin.

En effet, l’enjeu du développement, auquel nous faisons désormais face, dépasse de loin les conflits partisans et les intérêts politiciens personnels. Car, je reste convaincu qu’en démocratie, il y a de la place pour tout le monde.

C’est pourquoi, les institutions qui seront mises en place, tiendront compte de nos coutumes et de notre culture qui ont comme socle la solidarité, afin de garantir la paix sociale et politique.

Je me permets de visualiser ce Congo de demain et vous demande de partager avec moi ce regard. Je vois un Congo où, chaque jour, le peuple se remet au travail, renversant les paramètres de la pauvreté, en chantier de prospérité.

Il s’agira essentiellement d’engager les travaux de réhabilitation des infrastructures des voies de communication, notamment les routes, les chemins de fer, les voies navigables, les ports et les aéroports ainsi que les projets agricoles de grande envergure, la réforme du système éducatif, l’accès à l’eau potable et à l’électricité, les structures des soins de santé et l’habitat.

La lutte contre la pauvreté, l’injustice, les inégalités sociales, la protection de l’enfant et de toutes personnes vulnérables seront aussi au cœur de l’action du Gouvernement au cours des cinq prochaines années.

Je vois un Congo fort, produisant pour son Peuple l’essentiel de ses moyens de subsistance et exportant le surplus.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

Les certitudes partagées que je viens d’évoquer ci-haut sont, sans doute, une voie essentielle pour sortir notre pays du cycle des crises multiformes.

Mais, nous ne pouvons atteindre cette ambition qu’à la condition qu’un changement plus profond et substantiel intervienne dans notre perception de l’action publique.

Pour cela, avec l’accord de tous, j’annonce, aujourd’hui, la fin de la recréation, afin que le Peuple puisse se consacrer entièrement au travail et ce, dans la paix et la tranquillité.

Pour les objectifs de paix et de consolidation de la Nation, je consacrerai toute mon énergie à lutter contre l’intolérance et l’exclusion qui ne font pas partie de nos mœurs et coutumes mais qui sont souvent les germes des conflits.

Il en est de même de la lutte contre l’impunité et l’immoralité politiques qui sont malheureusement enracinées dans le sol politique congolais.

Distingués Invités,
Mes Chers Compatriotes,

Le Congo ne peut pas se relever si nous n’observons pas certaines règles qui sont devenues universelles du fait de la mondialisation. Aussi, mon mandat aura-t-il également, comme socle, la trilogie bonne gouvernance – démocratie – respect des droits de l’homme, qui sont les piliers principaux de la gestion moderne de l’Etat et de la coopération entre les nations.

Parce que, la bonne gouvernance, qui est une notion globale et globalisante, est absolument essentielle pour atteindre un développement durable, une croissance économique soutenue et l’éradication de la pauvreté.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

Il y a un fléau qui est à la base du ralentissement total de notre développement. Je veux parler de la corruption. La lutte contre la corruption sera également un des segments prioritaires de mon mandat. Car la corruption, qui est un profit illégal et individuel, porte atteinte à la crédibilité du Gouvernement et à la légitimité de la démocratie. Elle est aussi une autre forme de criminalité que je combattrai avec la dernière énergie.

L’Administration congolaise, jadis colonne vertébrale de l’Etat, n’existe maintenant que de nom. Sous mon impulsion, un travail rigoureux de réforme de cette Administration doit s’effectuer en même temps que le renforcement des capacités institutionnelles de l’Etat et des acteurs non étatiques pour, justement, s’attaquer aux causes profondes de la mauvaise gouvernance.

Ce travail gigantesque que les institutions de l’Etat doivent accomplir pour assainir les mœurs et changer les méthodes de travail, doit être appuyé par tous les Congolais de quelque bord qu’ils soient.

C’est pourquoi, je réaffirme, ici, le statut constitutionnel de l’opposition politique, qui doit jouer son rôle de contrepoids institutionnel, et j’ai foi en l’attitude responsable qu’elle affichera.

J’invite également tous les leaders d’opinion à jouer pleinement leur rôle quant à la formation civique et à la conscientisation de la population aux valeurs démocratiques et de paix.

En ce qui concerne la sécurité de l’Etat, je rassure les Congolaises et Congolais de ma ferme volonté d’éradiquer toute forme d’insécurité et de terrorisme urbain. Ce qui se passe actuellement à l’Est du pays, avec les bandes armées qui n’ont pas encore compris que ce temps est révolu, sera ma préoccupation principale.

En effet, il y a un lien indissociable entre la sécurité et le développement : aucun développement n’est possible dans un contexte d’insécurité permanente. Les fauteurs de troubles, quels qu’ils soient, doivent être considérés à la fois, comme des ennemis du Peuple et du développement.

L’armée et la police nationales, dont le parachèvement de la formation sera au centre de l’action gouvernementale, ont l’obligation suprême de sécuriser la population et tous les moyens seront mis à leur disposition pour ce faire.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

On ne peut pas parler de la sécurité sans évoquer la justice. L’appareil judiciaire congolais doit effectivement être réhabilité dans son rôle de dire le droit en toute indépendance.

La justice doit lutter contre la puissance d’argent, des tribus, des familles, d’amitié qui paralyse et asservit le magistrat et l’éloigne de son devoir.

Elle doit garantir la sécurité juridique et judiciaire à tous les Congolais et les étrangers qui ont choisi notre pays comme leur seconde patrie.

Chers Compatriotes,

La situation socio-économique des Congolais s’est dégradée de façon incroyable. La majorité des Congolais vit maintenant en dessous du seuil de la pauvreté.

Les efforts pour l’assainissement du cadre macro-économique, financier et monétaire doivent être rigoureusement poursuivis pour que la relance économique qu’attend le Peuple congolais ne demeure pas le fait des statistiques et des chiffres, mais qu’elle se concrétise par la création d’emplois, dans le panier de la ménagère et l’assiette de l’huissier.

A cet effet, la maximisation des synergies positives entre les secteurs public et privé doit être encouragée.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

Dans ce monde, qui est devenu un grand village, l’avenir de la République Démocratique du Congo dépend également de ses relations internationales.

Aussi, de par sa position géostratégique au cœur de l’Afrique, elle doit reprendre sa place, pour jouer le rôle que l’Afrique et le monde attendent d’elle.

Raison pour laquelle, nous devons inaugurer maintenant une diplomatie de développement, en lieu et place d’une diplomatie de simple représentation.

Sous ma conduite, la République Démocratique du Congo va revitaliser sa coopération et son partenariat avec la Communauté internationale qui doivent être fondés sur l’identification d’intérêts communs et la mise en œuvre commune des priorités de développement.

Je réitère ici mon engagement de privilégier les relations de bon voisinage et de cohabitation pacifique entre notre pays et les Etats qui l’entourent, et de renforcer la politique d’intégration régionale et sous-régionale dans le respect mutuel.

Mes Chers Compatriotes,

Même si l’investiture du Président élu est un aboutissement du processus démocratique, elle ne constitue qu’une étape dans la séquence de la mise sur pied de nouvelles institutions.

Elle sera suivie, aussitôt par l’installation du Bureau de l’Assemblée Nationale, puis par la mise en place du Gouvernement. Viendront ensuite l’installation des Assemblées provinciales, des gouvernements provinciaux et celle du Sénat, avant, enfin, les Assemblées locales.

Mais, déjà, dans les tout prochains jours, un Premier Ministre sera nommé conformément à la Constitution.

Distingués Invités,
Chers Compatriotes,

J’ai rappelé le rendez-vous important que nous venons de prendre aujourd’hui avec l’histoire.

J’ai appelé à une révolution des mentalités et à une mobilisation générale du génie créateur de tous les Congolais, quelles que soient leurs convictions politiques ou religieuses et où qu’ils se trouvent, sur le territoire national ou à l’extérieur.

J’ai annoncé la fin de la recréation sous toutes ses formes et la fin de l’impunité à quelque niveau que ce soit.

J’entends avertir que les prisons de l’Etat seront ouvertes à tous ceux qui se mettront en travers de la loi.

Parce que l’émergence d’un Congo nouveau, fort et prospère se construira dans l’amour du travail bien fait et la discipline individuelle et collective, ainsi que le respect des biens publics.

J’ai également affirmé qu’il y a une unité dialectique entre la bonne gouvernance, la démocratie et l’Etat de droit qui sont, pour un pays moderne, ce que les jambes sont au corps humain.

Mesdames,
Messieurs,
Chers Compatriotes

J’invite chacun de vous à être solidaire du devenir du bien-être collectif, et vous convie à vous sentir porteur d’une espérance sans cesse renouvelée à la postérité.

Avec la grâce de Dieu et la détermination qui vous caractérise, déployons ensemble nos énergies pour bâtir un Congo plus beau qu’avant.

Que vive la République Démocratique du Congo

Je vous remercie.