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Interview exclusive du président Joseph Kabila
«Que les Rwandais armés quittent le Congo»

Entretien avec COLETTE BRAECKMAN, envoyée spéciale à Kinshasa, Le Soir du 2 mai 2002

Même si l'accord conclu à Sun City demeure partiel et devrait encore être rejoint par les rebelles de Goma, un virage a été pris : le dialogue intercongolais dans sa phase formelle est considéré comme terminé. L'occasion de faire le point avec le président du Congo.
Le «pacte patriotique» passé entre le président Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, qui deviendra son Premier ministre, a été signé par 80 % des délégués en Afrique du Sud. Il semble appuyé par une grande majorité de l'opinion, alors qu'une délégation d'ambassadeurs représentant les pays membres du Conseil de sécurité entame à Kinshasa un périple qui doit la mener à Kisangani, en Angola, au Rwanda, en Ouganda, au Zimbabwe. Jean-Marc Levitte, ambassadeur de France à l'ONU, qui dirige la délégation, s'est déclaré encouragé par le consensus obtenu à Sun City, qualifié de progrès remarquable, de base sur laquelle on peut commencer à construire la transition.

Monsieur le président, quel a été votre message aux ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité venus s'informer auprès de vous des perspectives de paix dans la région ?
Je leur ai dit que nous sommes disposés à travailler avec nos neuf voisins, nous sommes en paix avec six d'entre eux et souhaitons l'être avec les trois autres, qui nous ont agressés. Lorsqu'il a été question de la sécurité du Rwanda, j'ai répondu que les groupes armés rwandais, qu'il s'agisse de l'APR (Armée patriotique rwandaise) ou des autres (NDLR : les anciens militaires et miliciens rwandais auteurs du génocide), devaient quitter notre territoire. Ce n'est pas nous qui avons choisi de les faire venir.
Avez vous les moyens de les faire partir ?
C'est la Monuc (Mission des Nations unies pour le Congo) qui est chargée de suivre cette situation, de rechercher les combattants rwandais qui se trouvent chez nous.. Son dernier rapport évalue leur nombre total à 12.000. Nous, nous n'avons pas besoin de ces gens chez nous. C'est depuis le mois d'août 2001 que le gouvernement a pris l'engagement de tout faire pour que la Monuc puisse identifier ces combattants rwandais, les désarmer. D'ailleurs, la destruction de leurs armes a déjà commencé.
Est-il exact que des Rwandais, Hutus et Tutsis, membres de l'opposition, envisagent de venir à Kinshasa pour aider à l'identification des génocidaires qui se trouvent au Congo afin qu'ils puissent être remis à la justice internationale ?
Tout à fait. Nous n'avons pas de problèmes avec cela. D'ailleurs, nous avons invité le Tribunal pénal international d'Arusha à installer des antennes au Congo afin de pouvoir se saisir des cas de responsables du génocide de 1994 qui se trouvent dans notre pays.
Comment la délégation du Conseil de sécurité a-t-elle accueilli l'accord partiel qui prévoit la nomination de Jean-Pierre Bemba comme Premier ministre ?
La réaction a été positive, d'abord parce qu'il s'agit d'un accord entre Congolais, et que le but de la rencontre de Sun City était de réconcilier les uns et les autres. Avec le recul, je m'interroge sur le comportement du RCD-Goma : ils bloquaient toutes les propositions qui lui étaient faites, comme si son véritable objectif était de faire échouer le dialogue. Pour lui, le président, le gouvernement n'existaient pas, il fallait faire table rase, recommencer à zéro. Alors qu'au Congo, les institutions existent, il y a un président, un pays, une nation… J'ai toujours pensé que si on laissait les Congolais ensemble, ils allaient finir par trouver une solution. Mais si on permet l'interférence des Rwandais, des Ougandais, des Sud-Africains, cela devient plus compliqué. Avec Jean-Pierre Bemba, nous avons pu nous entendre sur une base nationaliste, patriotique, qui tient compte des intérêts supérieurs de la Nation.
Alors que votre père a passé sa vie à combattre le mobutisme, vous, vous ouvrez la porte à son retour…
Ce que j'ai fait, c'est ouvrir la porte à la réconciliation. Oui, on a combattu Mobutu, mais ceux qui reviennent, ce sont avant tout des Congolais, et ils vont respecter la loi, comme tout le monde, respecter les accords.
D'après les accords, vous avez cédé beaucoup de pouvoir à votre Premier ministre, qui sera Jean-Pierre Bemba. Certains pensent même que vous avez trop lâché…
Nous sommes entrés dans un régime semi-présidentiel, mis d'accord sur un pouvoir partagé, mais la Constitution sur laquelle des techniciens vont travailler doit encore régler beaucoup de choses ; d'ici un mois tout cela devra être finalisé.
J'ai déjà rencontré Jean-Pierre Bemba, nous nous parlons souvent au téléphone, sa délégation est déjà ici, nous l'attendons à Kinshasa.
Considérez vous que l'on est entré dans une nouvelle phase de l'accord de Lusaka, qu'une page est tournée ?
Il y avait deux volets à cet accord : militaire et politique. Sur le plan politique, le dialogue intercongolais a eu lieu, grâce au facilitateur et dans le cadre des accords de Lusaka, et il est aujourd'hui terminé. Reste aujourd'hui à le compléter, et la porte demeure ouverte pour le RCD-Goma, qui contrôle encore 30% du territoire. Nous devons trouver un accord avec eux, parce que ce sont des Congolais. Encore faut-il qu'ils puissent s'exprimer librement et finalement rejoindre le camp de la patrie… Nous devrons peut-être négocier directement avec le Rwanda... Si nous sommes allés à Sun City, c'était pour réunifier le pays, ramener la paix au Congo et finalement aller aux élections.
Au vu de votre accord avec Bemba, d'aucuns s'interrogent sur votre volonté d'aller aux élections.
Pour nous, la perspective des élections est fondamentale. D'ailleurs, ceux qui vont préparer la Constitution vont élaborer un calendrier pour la mise en place des institutions de la transition, et préparer les élections, qui pourraient avoir lieu dans un délai de deux ans.
Serez-vous candidat à ces élections ?
Devrais-je l'être ? Qu'en pensez-vous ? Je pose cette question à tout le monde et personne ne peut me répondre. Ce que je voudrais, c'est pouvoir me rendre à l'est de mon pays, y rencontrer la population, retrouver mon grand-père à Kabambare au Maniéma. Pour moi, l'essentiel, c'est d'amener le pays aux élections. Si je devais aujourd'hui faire mon bilan par rapport à janvier 2001, je dirais qu'il y a eu des avancées : le dialogue a eu lieu, le front militaire est resté calme, il y a eu désengagement de toutes les forces étrangères, à l'exception du Rwanda, qui au contraire renforce ses positions et combat désormais les Banyamulenge (Tutsis du Sud-Kivu) qu'il était censé protéger ! Vous savez, tous sont fatigués de la guerre, sauf évidemment ceux qui l'utilisent pour le pillage de nos richesses, le coltan, le diamant… En tout cas, ce n'est pas parce que nous sommes fatigués que nous allons laisser les Rwandais poursuivre leur occupation de notre pays. Les gens du Kivu, du Maniéma, souhaitent être réunifiés le plus vite possible, et même pour moi, encore attendre un an, c'est trop. Je voudrais qu'en 2002, la paix revienne au Congo, que la réunification soit effective.
A propos de mon bilan, je m'interdis de me réjouir, car le sort de la population demeure misérable, surtout dans les territoires occupés. La réunification du pays sera aussi un défi : il faudra payer les fonctionnaires, gérer, administrer, rétablir les échanges commerciaux.
Vous avez fait beaucoup de concessions sur le plan économique. En avez-vous été récompensé ?
Mon père disait qu'il fallait d'abord compter sur ses propres forces… Depuis mai 2001, au prix de beaucoup d'efforts, nous avons atteint une certaine stabilité macro-économique et je crois que d'ici le mois de juin, nous allons en voir les résultats, l'aide va commencer à arriver. Nous allons également relancer la production. L'horizon commence à s'éclaircir, je suis beaucoup plus optimiste.
Etes vous encore kabiliste ? Autrement dit, qu'allez-vous garder de l'héritage de votre père, de sa pensée politique ?
Je vous le répète : ma priorité, c'est la réunification du pays, puis les élections. Quant aux partis politiques, il y en a déjà 184, mais il faudrait effectivement pérenniser la pensée politique de mon père… Je le ferai peut-être un jour, si je quitte l'armée. Vous savez, la révolution fait partie de ma vie, c'est quelque chose que je ne peux pas jeter. Ce qui compte pour moi, c'est mettre fin à l'humiliation de mon pays divisé. Il faut que le Congo redevienne fort.
Lors de la constitution de la future armée nationale, allez-vous en partager le commandement ?
Le commandement d'une armée ne se partage jamais, sinon c'est le chaos assuré, l'effondrement de l'État. Le chef de l'État est le commandant suprême des forces armées. La fusion des armées, la démobilisation des plus vieux et des plus jeunes seront des points discutés au niveau technique. Nous comptons 6.000 enfants-soldats dans nos rangs, qui doivent être réinsérés. Je voudrais conclure en disant que la communauté internationale doit elle aussi tenir ses engagements à notre égard : Kisangani doit être démilitarisée, le pillage de nos ressources doit cesser. Les résolutions des Nations unies doivent être respectées, par nous mais aussi par les autres… Un jour, tous les morts de ce pays demanderont des comptes.