Démocratiser la société congolaise à partir de la base

Discours du Président Kabila au Congrès des Comités du Pouvoir Populaire, le 21 avril 1999

Faiblesses et limites de l'AFDL

Nous voilà réunis pour faire le point sur ce que sont les Comités du Pouvoir Populaire. La liquidation politique du néocolonialisme mobutiste fut une étape obligatoire qui a permis aux masses d'accéder aujourd'hui à la tête des affaire publiques. Il s'avère impératif de définir le mode d'exercice de ce pouvoir. Le peuple n'a pas l'habitude d'exercer le pouvoir, parce qu'on ne le lui a jamais donné.

Le 17 mai 1997, le pouvoir n'était pas dans la rue, il était au bout du fusil de ceux qui ont été ovationnés par les masses, sillonnant les rues et avenues de Kinshasa à la recherche des dernières forteresses du pouvoir mobutiste croulant. Le 17 mai, c'était l'assaut final qui sonna le glas d'un régime abominable qui saigna son peuple à blanc et le livra à la rapine étrangère.

A aucun moment, il n'y eut de flottement dans la maîtrise des événements, malgré les fortes pressions extérieures destinées alors à obtenir le recyclage des agents qui servent l'étranger.

La révolution qui a conduit l'AFDL à chasser du pouvoir ceux qui ont pris le pays en otage, avait une finalité. L'AFDL était un mouvement dirigé par des cadres révolutionnaires conscients qui avaient le souci de l'indépendance et de la souveraineté de notre pays, ainsi que du bien-être matériel de notre peuple. La finalité de la révolution était que le peuple gouverne souverainement sur son sol. Il était inscrit à l'ordre du jour qu'après la victoire de la révolution démocratique populaire du 17 mai 1997, l'AFDL devrait s'acquitter de cette tâche historique.

Mais l'AFDL était loin d'être l'avant-garde du mouvement de libération de notre pays, à cause de sa composition. Il y avait des cadres révolutionnaires du Parti de la Révolution Populaire qui étaient les seuls dirigeants du mouvement révolutionnaire congolais. Ce parti avait la conception de la stratégie de la guerre populaire. Mais il devait composer tactiquement avec d'autres mouvements afin de mobiliser les énergies de ceux qui devaient soutenir la révolution pour permettre qu'elle s'arme davantage. En fait, l'AFDL était constituée de quatre mouvements politiques alliés, dont trois sans expérience révolutionnaire ni orientation idéologique, légitimés par l'extérieur. C'était un conglomérat d'opportunistes et d'aventuriers.

Cette situation a été imposée à la direction révolutionnaire, comme condition sine qua non à la liberté de mouvement, à l'acquisition de matériel de guerre, au droit de passage. Admettre les Tutsi prétendant être des réfugiés congolais était une des conditions essentielles pour que les Rwandais nous donnent le passage.

Une autre condition était d'englober dans la direction de la révolution leurs espions ayant pour mission de surveiller les actes de la direction révolutionnaire! Il fallut, en même temps, y inclure ceux qui étaient soutenus par l'Ouganda. Déjà pendant la période de guérilla active à l'Est, les mouvements soutenus par M. Museveni servaient à faciliter le pillage du café, de l'or, du bois et la fraude vers l'Ouganda.

Immédiatement après la victoire, beaucoup se sont embarqués sur le train déjà en marche. C'est pour cela que des continuateurs de la IIe République devaient être éjectés des instances dirigeantes du mouvement pour sauver la révolution démocratique.

Il fallait rendre effectif le transfert du pouvoir au peuple victorieux et entreprendre sa conscientisation. Pour cela, il fallait l'organiser. Il est indispensable que le peuple soit capable d'identifier et ses vrais ennemis, et ses vrais intérêts.

Mais l'acte du transfert du pouvoir au peuple, c'est la disparition de l'AFDL en tant qu'organisation politique. En effet, si l'AFDL se transformait en parti politique, à quoi ressemblerait ce parti? Il ne pouvait être qu'un foyer de médiocrité et d'opportunisme. Vous avez vécu la course effrénée à l'enrichissement, à la rapine, aux pillages des biens d'autrui. Il fallait donc mettre fin à l'aventurisme politique. Il fallait rappeler à ces messieurs que le pouvoir devait être remis au peuple. Ces gens-là détenaient une portion de pouvoir par le biais des forces étrangères qu'ils ont accompagnées lors de la guerre de libération. Il fallait empêcher les partis politiques qui étaient membres de l'Alliance des Forces Démocratiques de Libération d'accaparer le pouvoir pour faire la même chose que les hommes de la IIe République.

Il a fallu absolument empêcher que le pouvoir devienne l'affaire d'un club d'amis, de gens qui se connaissent et qui se serviraient du pouvoir de l'Etat pour s'enrichir et réprimer les autres. L'une des obligations pour les dirigeants du mouvement révolutionnaire était de ne pas permettre à une quelconque clique de s'emparer du pouvoir de l'Etat. Si l'on n'avait pas accompli ces tâches cruciales rapidement, il y aurait eu un risque que le pouvoir retombe dans les mains des charlatans que vous connaissez, inféodés à l'étranger, et que vous avez renversés. Ces opportunistes et aventuriers se seraient injectés dans les organes dirigeants du pouvoir politique, pour remplir la même mission.

Les CPP: un pouvoir national patriotique pour la reconstruction du Congo

Les Comités du Pouvoir Populaire apportent beaucoup de confusion dans l'esprit de certaines personnes et surtout des anciens manipulateurs de la politique.

C'est quoi, le CPP? Le Comité du Pouvoir Populaire est l'organe exécutif du pouvoir d'Etat qu'assume le peuple. Il s'agit de la matérialisation du concept universel: pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Il faut matérialiser ce concept qui a souvent été utilisé par des classes politiques dominantes pour tromper le peuple. La démarche actuelle va dans le sens inverse. Il faut réellement que le peuple exerce le pouvoir lui-même. Il faut que tout le peuple s'implique dans l'exercice du pouvoir, qu'il puisse le détenir et s'en servir pour ses propres intérêts.

Vous devrez aller vers le peuple qui a le pouvoir. Il faut s'associer au peuple. Les CPP sont le peuple organisé en organes du pouvoir d'Etat populaire, ils exercent directement la gestion de la chose publique à chaque échelon de l'Etat.

Les CPP tiendront régulièrement des réunions de conscientisation des masses. Les CPP doivent comprendre qu'il faut être toujours plus près des masses, parce que vous êtes la masse vous-mêmes; vous vivez avec les autres, à qui vous devez inoculer votre foi politique. Nous devons être un peuple cohérent, discipliné, très organisé et nous devrons savoir où nous allons.

Les CPP, ce n'est plus un pouvoir qui est délégué à une catégorie de gens, comme les députés, c'est un pouvoir qu'il faut assumer à partir de la base. Ce n'est pas un pouvoir par délégation, du genre: "Oh moi, je vous parle au nom du peuple!"

Pourquoi le peuple ne parlerait-il pas lui-même? Il s'agit de nous assurer que le peuple tout entier s'implique et exerce un contrôle direct sur le pouvoir. Nous sommes ici pour nous mettre d'accord sur la question de savoir comment, vous le peuple, vous devez assurer ce pouvoir qui est le vôtre.

Les CPP sont uniquement une émanation de la volonté des électeurs, de la volonté des habitants de la rue, du village, du quartier ou de la collectivité, et c'est par des votes qu'on élit un Comité exécutif.

Les CPP sont chargés de mettre en pratique les résolutions issues des délibérations des Assemblées du Pouvoir Populaire, organes constitutifs qui élisent les Comités du Pouvoir Populaire. Ce sont donc des Conseils, comme des Assemblées populaires des rues, des quartiers, des communes, des villages. La démarche actuelle vise la démocratisation globale de notre société. C'est une nouveauté.

L'apprentissage du pouvoir, de bas en haut

Les CPP, c'est toute une chaîne, de bas en haut. Les CPP s'intéressent directement à la vie nationale. Ils s'occupent de l'ensemble des habitants de la rue, du village ou du territoire, et débattent, dans les Assemblées populaires, des problèmes les plus divers ainsi que des préoccupations quotidiennes, sociales, économiques, culturelles, politiques des citoyens.

Les CPP, en tant qu'organes exécutifs de l'Etat, sont assujettis à des obligations qu'ont ordinairement les gouvernements: gérer un budget pour le programme de reconstruction dans leur juridiction, et, en même temps, ils ont les obligations de la défense, de la sécurité, de la production.

Mes amis des CPP de l'Université et des Instituts supérieurs, vous êtes en train de faire l'apprentissage en gérant un petit fonds aujourd'hui, en établissant les priorités dans le cadre de votre vie. Certains réparent des installations abîmées, réhabilitent les réfectoires, les dortoirs, résolvent les problèmes de canalisation d'eau, du courant. Ce n'est qu'un début, mais c'est déjà un apprentissage important. Vous allez vous habituer après à gérer une grande communauté de gens. Les CPP des villages, comme des rues, des communes, doivent faire de même. Tous doivent avoir un budget de reconstruction. Tous les CPP doivent apprendre à gérer un budget, doivent identifier les priorités de reconstruction de leur juridiction. Si la priorité, c'est l'électrification ou la réparation des rues défoncées ou encore l'enseignement ou l'école à remettre à neuf, le CPP doit en débattre et doit trouver des solutions.

Si vous avez des problèmes alimentaires ou autres liés à la hausse des prix, chaque Comité du Pouvoir Populaire peut participer à la solution en se lançant dans la production de vivres. Si vous devez acquérir des concessions, si vous devez obtenir des instructions pour développer une activité agricole, le gouvernement sera toujours à vos côtés parce que vous êtes un organe du gouvernement à l'échelon le plus bas. On vous alloue un budget, vous identifiez vos priorités, vous produisez, mais vous payez aussi les dettes.

Nous sommes très fiers que notre peuple puisse se prendre en charge réellement. Si vous avez un pont cassé entre deux villages et que vous êtes dans le système de représentations, que se passe-t-il? Votre député vient vous tenir des discours: "Je vais chercher de l'assistance". Mais quand on mendie, on n'est pas sûr d'avoir quelque chose, et le plus souvent, on rentre bredouille. Et parce que c'est un pont entre deux villages, les récoltes des petits fermiers, vont pourrir. On attend le représentant qui se coule la vie douce, circule dans les bistrots et oublie qu'il a la mission de ceux qui l'ont élu. Et les villages continuent d'attendre. Ils ne vendent plus rien, la misère s'installe.

Mais ici, il est question que les gens prennent l'initiative eux-mêmes. Vous n'attendez rien, les Comités de deux localités préparent la stratégie, identifient les moyens et demandent à l'échelon hiérarchique de l'aide, parce qu'ils font partie du système de gouvernement. Vous représentez, à la base, le sommet. Vous établissez les études de faisabilité et vous vous en référez aux autorités hiérarchiques. Vous avez des mains, vous avez un cerveau, vous avez tout. C'est ce que nous appelons "le peuple se prend en charge". Les CPP doivent renforcer l'initiative du peuple qui ne sait pas attendre. Vous savez qu'il y va de votre vie et que si le pont n'est pas réparé, vous n'allez pas vendre.

Un Etat fort pour rattraper notre retard économique

Les CPP doivent être compris comme un gigantesque mouvement national patriotique. Ils soudent les hommes et les femmes du pays autour d'un idéal très noble. Nous entendons créer une nouvelle société, juste et prospère, à travers une stratégie: la mobilisation du peuple tout entier autour de la reconstruction nationale. Quand des millions de congolais seront embarqués sur le sentier de la production, de la reconstruction, nous allons résilier complètement le contrat avec la misère.

Le système des Comités du Pouvoir Populaire est un système qui veut que le Congo rattrape dans une période très courte le retard accumulé pendant plusieurs décennies dans tous les domaines. L'Etat doit être fort et le peuple doit avoir sa cohésion si nous voulons en sortir.

Dans le cadre de la reconstruction, les CPP ont l'obligation d'appliquer et de faire appliquer les décisions du gouvernement, les lois, ainsi que leurs propres décisions prises par les Conseils locaux, que nous appelons les Assemblées du Pouvoir Populaire.

Les CPP encouragent toutes les initiatives de développement des différentes associations de masse: ONG, syndicats, mutualités.

Les anciens manipulateurs veulent reconquérir leur paradis perdu

Comment organiser notre peuple, comment structurer le pouvoir qu'il a conquis? Cela fait l'objet des assises de ce 1er Congrès de Kinshasa. C'est le peuple qui assume le pouvoir d'Etat et ce peuple veut garder jalousement sa conquête.

Vous voulez créer une nouvelle société complètement soustraite des affres de l'exploitation? Vous voulez créer la prospérité? Il faut donc être à la hauteur de votre mission. Le pouvoir économique, mes amis, reste encore à décoloniser par la stratégie de la reconstruction. On y arrivera.

Il est vrai que les CPP font peur aux politiciens et à ceux qui les ont toujours utilisés pour piller le pays. Vous devez savoir que le pouvoir est alléchant. Les vautours volent autour de vous avec mille artifices. Ils veulent saisir l'occasion d'un relâchement de l'effort populaire. Et si nous ne sommes pas structurés, si le peuple n'est pas conscient politiquement, par erreur d'appréciation d'une situation donnée, il peut perdre le pouvoir.

Les agents qui servent l'étranger tentent encore de reconquérir le pouvoir perdu par des intrigues comme "la Table Ronde", "le gouvernement de large union nationale" ou "le gouvernement de réconciliation nationale". Ils tentent aussi de le reconquérir par l'invasion ou la rébellion, par des coups bas sur le plan économique, caractérisés notamment par la hausse artificielle des prix du carburant, par le taux de change fluctuant au gré de commerçants spéculateurs, dont la plupart sont des agent de sécurité qui ont été chassés du pouvoir. Ce sont là quelques-unes des intrigues dont se servent ceux qui ont encore l'espoir de reconquérir leur paradis perdu.

Dans une agglomération comme Kinshasa, on sent immédiatement que la vie a subi les secousses de la guerre. La guerre est multiple, parfois économique. Et ceux qui sont au four de l'économie vous mettent à l'épreuve pour voir si vous avez la conviction de ce que vous prétendez être. Ils vous grignotent quelques litres d'essence, vous contraignant à aller à pied. Ils se rendent compte qu'ils ont atteint votre moral. Vous dites: "Le gouvernement ne fait rien, ce n'est pas possible, nous avons faim, nous nous déplaçons à pieds".

Mais ceux qui manipulent l'économie sont les responsables de cette guerre qu'ils mènent pour vous détourner de votre pouvoir. C'est là une façon de vous demander de leur concéder le pouvoir. Le malin qui est à l'affût du pouvoir veut que vous le laissiez tranquille, que vous croyiez qu'il n'est pas responsable de votre malheur, alors que c'est bien lui le responsable. Son intention est de pouvoir récupérer rapidement le pouvoir, grâce à l'insatisfaction des masses.

C'est ici que la question de la conscientisation devient vitale. Parce que le pouvoir d'Etat, le pouvoir politique, c'est l'instrument capital qui détermine le destin des peuples. Nous sommes en train de faire l'apprentissage du pouvoir, de l'exercice du pouvoir par le peuple. Mais vous n'avez pas de longue expérience parce qu'on ne vous a jamais donné la chance de gouverner votre propre destin. Les erreurs sont inévitables, mais quel type d'erreurs? A cause de la maturation politique médiocre, on est capable de livrer son pouvoir à des charlatans.

Lorsqu'on parle de conscience politique des masses, c'est pour que vous soyez moralement en état d'alerte. Ceux qui ont perdu le pouvoir vous en feront voir: intrigues, artifices, tactiques. Eh bien! Il faut mûrir politiquement.

L'étranger organise le pourrissement de la Société Civile

Les CPP sont aussi venus mettre fin à la politisation et au pourrissement de la Société Civile entrepris par ceux qui ont fait pourrir la classe politique de la IIe République. Eux-mêmes le disent: les politiciens zaïrois sont pourris, corrompus, incapables. Ces messieurs, qui ont transformé la classe politique zaïroise en vassale des étrangers, ont constaté qu'il est difficile de mettre le pays debout avec cette même classe politique.

Alors, ils ont transféré leur amour sur la Société Civile. Ils ont commencé à politiser et à corrompre cette société. Il n'y a pas de garantie qu'ils ne feront pas de la Société Civile ce qu'ils ont fait avec l'ancienne classe politique.

Les CPP sont venus mettre fin à la politisation que subit notre Société Civile. Il faut la sauver et éviter qu'elle soit vendue aux intérêts étrangers. Mais les CPP doivent connaître les tactiques dont se servent les étrangers pour corrompre le peuple avec un petit rien. Ils passent à la télévision remettre des cadeaux, pour la plupart insignifiants, qu'ils appellent "assistance". Ce qui est donné aux ONG comme assistance est contraire à nos convictions. On vous dit: "C'est pour alléger un peu la souffrance". Mais voyez la quantité, comparez là à l'envergure de la propagande faite pour ces assistances. C'est n'est pas ainsi qu'on résoudra le problème de la pauvreté. Des assistances au compte-gouttes ont toujours été données et la nation n'est pas sortie pour autant victorieuse de la pauvreté, du sous-développement et de son retard en tant que pays en voie de développement.

Gare aux sollicitations trompeuse des anciens partis

Vous avez le pouvoir maintenant. Les partis politiques qui ne l'ont plus voudraient bien entrer en possession de cet instrument capital qui contrôle le destin de tout un peuple.

Le CPP, ce n'est pas un parti politique. J'ai dit que c'est le peuple organisé et structuré, c'est un grand rassemblement de tous les Congolais patriotes conscients, poursuivant un seul but: être les maîtres indiscutables de leur destin. Vous n'avez pas de maître. Le peuple est seul maître. On peut acheter une clique d'individus, mais on ne peut acheter un peuple entier. On peut corrompre de petites unités, des groupements politiques. Mais non un peuple uni pour son bonheur, qui a compris qu'il est maître de son destin.

Nous ne sommes pas contre les partis politiques. Vous les avez vus à l'œuvre. Ils n'ont pas pu créer votre bonheur. Maintenant, vous tentez de créer vous-mêmes votre propre bonheur. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de sollicitations qui vous seront confusément adressées. Ils ont la liberté d'expression et de parole. Mais le jugement, c'est le vote.

Dans votre rue, votre village, vous serez là à écouter pas mal de sollicitations. On a autorisé les partis politiques, mais on ne veut plus qu'ils aillent devant un peuple aveugle, qui se laisserait tromper une fois encore et lâcherait son propre bonheur par le jeu des urnes. Le jeu des urnes, c'est pour garder le pouvoir, pas le contraire.

Nous pensons que nos compatriotes dans les CPP feront un effort nécessaire pour mûrir politiquement. On devra faire cela absolument. Notre maturation politique devra nous aider à faire le bon choix, parce que la vie est pleine d'embûches. Des sollicitations viendront toujours, et plus nombreuses. Nous ne sommes pas les possesseurs des médias. Les radios et les télévisions déforment à longueur de journée la réalité de la vie dans notre République. Cela fait partie d'une stratégie: la guerre psychologique. Ils ne veulent pas que nous réussissions à compter sur notre propre force, au lieu de compter sur l'appui extérieur.

Ce que nous pensons, nous, peuple congolais, c'est qu'il faut garder le pouvoir politique, mais démocratiquement. Si on vous sollicite: "Donnez-moi votre voix", et que vous la donnez à celui qui n'est pas capable de défendre votre pouvoir, ce n'est pas sa faute. Lui n'a fait que vous suggérer.

J'ai dit que les erreurs ne manqueraient pas. Mais quelles erreurs? Si vous lâchez le pouvoir et que les autres s'en emparent, ne criez pas à l'erreur! Ce n'est pas une erreur quand vous vous vendez consciemment comme esclave à quelqu'un.

Débat national sur la source du pouvoir qu'est le peuple!

Nous allons au Débat national parce que nous voulons parler, conscientiser et nous entendre sur l'essentiel. Nous parlerons à tout le monde, dans le cadre d'un Débat national ouvert. Ce ne sera ni la Conférence Nationale Souveraine, ni la Table Ronde.

Nous voulons tout simplement donner l'occasion aux gens qui sont contre nous de débattre du problème clé: la source du pouvoir. Leur source a toujours été extérieure. Le Congo ne l'accepte plus. Si vous voulez briguer un mandat, présentez-vous aux élections libres. Personne ne sera empêché de se présenter aux élections pour quelque motif que se soit. Mais on ne peut pas voiler son inquiétude en cherchant un alibi de "Table Ronde" où le peuple ne décide pas. La Table Ronde n'est pas notre affaire.

Le Débat national, c'est votre création. Pour tenter de forger une entente sur les questions essentielles de la nation. La question principale est celle de la source de légitimité du pouvoir. Tout le monde est-il d'accord que le pouvoir vient du peuple par le biais des élections? Alors il ne faut pas que l'on puisse recourir à la formation de gouvernements qui viendront de conclaves, de combines. Les gens ne vont pas au Débat national pour créer des gouvernements que le peuple n'a pas élu. Sommes-nous d'accord que la source du pouvoir, c'est le peuple? S'ils disent "oui", on s'entendra bien. La voix du peuple, c'est la voix de Dieu.

Ils ont cru que nous allions parler de la légitimation de notre pouvoir. Mais eux, il sont une minorité, ils ne peuvent pas légitimer un pouvoir aussi gigantesque que celui-ci. C'est un Pouvoir Populaire. Nous ne voulons pas qu'on parle de la légitimité de notre pouvoir actuel, parce que ce n'est pas l'objet du Débat national.

 Certains ont cru que nous allions leur demander de reconnaître notre pouvoir. Ce n'est pas du tout de cela dont il est question.

Avec le Décret-loi 194, les anciens politiciens ont cru qu'on a mis des obstacles pour qu'il n'y ait pas de partis politiques, qu'il faut payer beaucoup d'argent. Mais ces gens sont des milliardaires, vous les connaissez. Nous allons sauver notre pays de la foire, de l'irresponsabilité et du cirque. Vous connaissez le cirque? Le Congo est le seul pays au monde à avoir eu dans son histoire 400 partis politiques! Même la Communauté internationale nous dit que c'est finalement un cirque, une récréation, une foire d'irresponsables. Pourquoi ne pas mettre un terme à cette prolifération inutile? Ce n'est pas de la richesse, c'est une honte.

La Communauté Internationale nous a rendu hommage pour avoir initié le Débat national.

Mais les anciens politiciens ont la petite idée de faire un gouvernement de Transition. Ainsi, ils seront, comme toujours, aux affaires. On ne va pas là pour faire des combines politiciennes. Combien y a-t-il eu de gouvernements en sept années de Transition? Et aucun de ces gouvernements n'est venu du peuple. Nous n'allons pas vendre notre peuple à ces roublards pour leur dire de participer aux affaires. Qu'ils se préparent.

Nous leur avons dit: Rencontrons-nous là-bas, accouchons les principes du jeu politique de notre nation. Pas de combines politiciennes pour des soi-disant gouvernements de Transition. D'ailleurs, il y a un gouvernement légitime et populaire qui attend que le peuple fasse son jugement au cours des élections. Il y a d'autres prétendants. Mais pour faire la compétition, il faut d'abord savoir accepter la règle du jeu.

Alors, on va proposer la règle du jeu de la compétition. Il y en a qui posent des conditions en disant qu'il faut une petite Table Ronde pour les assurer qu'ils seront Premier ministre. Nous ne sommes pas preneurs. Ce n'est pas à nous de dire qui va être Premier ministre. C'est au peuple. S'ils ont peur de la démocratie, nous disons que les CPP, c'est la démocratisation globale de la société congolaise.

Avant, ils disaient: "Vous êtes un dictateur". Nous répondons: "Il n'y a pas dictature, mais démocratisation". Et le processus continue. Mais avant qu'on ne l'ait achevé, il y a ceux qui en ont peur. Ils savent que vous n'allez pas les élire. Ils n'ont pas peur de nous, ils ont peur du peuple.

Nous comptons donc sur les Comités du Pouvoir Populaire. Nous avons tous besoin de compter sur notre peuple. Que le peuple comprenne que cette démarche historique, c'est pour son bien. Il n'y a aucune mascarade, aucune tromperie. Pas de tricherie. C'est à vous de mûrir, si réellement le peuple mérite d'avoir ce droit de détenir le pouvoir.

Notre peuple, nous le voulons heureux, prospère, digne et souverain. Si nous choisissons à nouveau le chemin de la pauvreté, de l'allégeance à l'étranger, le chemin de la facilité parce qu'on nous promet de l'assistance, nous ramperons à quatre pattes.

Aucune facilité n'a fait émerger un peuple.

Alors, soyons dignes d'être Congolais!