
14/01/2000
Lumumba, qui a arraché
l'indépendance mais qui n'est resté que deux mois et demi
à la tête du Congo, est devenu un grand révolutionnaire,
le héros national du peuple congolais. Pourquoi lui? Parce qu'il
a été le premier à comprendre que la seule force capable
de réaliser l'indépendance totale était celle de la
grande masse des exploités et des opprimés.Né le 2
juillet 1925 à l'intérieur du pays, à Katako-Kombé,
il a aussi vécu à Kisangani et Kinshasa : il connaissait bien
les masses de son peuple. L'histoire de la lutte héroïque menée
par Lumumba est très peu connue par la jeunesse congolaise. Et pour
cause: Mobutu, qui a régné sur le Congo à partir du
14 septembre 1960, a été le principal responsable de l'assassinat
de celui qui a été le véritable Père de la Nation
congolaise. Nous retraçons ici l'histoire de Lumumba depuis le 10
octobre 1958, date de la fondation du Mouvement National Congolais, jusqu'au
17 janvier 1961, date de son assassinat au Katanga. Nous publions aussi
les textes essentiels produits par Patrice-Emery Lumumba.En suivant l'histoire
de Lumumba et en lisant ses déclarations politiques, le lecteur méditera
sans doute souvent sur la situation politique actuelle. Laurent-Désiré
Kabila est non seulement le continuateur de l'oeuvre de Lumumba, il bravait
déjà la mort en luttant pour la cause lumumbiste au cours
de cette année cruciale 1960. Aujourd'hui, les ennemis de Lumumba
sont toujours là et ils s'attaquent à Kabila avec des tactiques
qui ne sont guère différentes de celles qu'ils utilisaient
dans les mois qui ont suivi l'indépendances.
------------------------------------------------------------------------
Après la période
de terreur et de destructions qui a caractérisé le mobutisme,
certains présentent la colonisation belge comme une " période
d’or ". A tort. Le Congo a été conquis par Léopold
II par le feu et le sang. Le pouvoir colonial fut un pouvoir absolu et tyrannique,
basé sur la violence et les armes. Les travailleurs étaient
exploités au maximum pour que les entreprises capitalistes coloniales
fassent des bénéfices fabuleux.
De 1887 à 1893,
Isidore Tobback était le principal représentant de l'Etat
du Congo au Bas-Congo. Voici ce qu’il dit dans une lettre: "Mars 1888.
Pendant un mois, j'ai marché et combattu avec cinquante hommes, jour
et nuit. Les villages conquis ont été pillés et entièrement
anéantis. Il me suffit de raconter l'assaut et la prise d'un seul
village pour les avoir racontés tous. Je vais donc vous raconter
la prise du village de Kimbanza. Une salve collective de mon second groupe
sème la peur et la mort dans les rangs des indigènes qui jettent
leurs armes pour fuir plus vite et plus sûrement, car ils savent que
je fais fusiller tous ceux qui ont les armes à la main. Trois prisonniers
portaient des armes lorsqu’ils ont été arrêtés.
Cinq minutes plus tard, ils ont été abattus de douze balles.
Tous les vivres, les légumes, les poulets, les chèvres ont
été emportés et nous avons quitté le village
dans la lueur des huttes en feu. Ainsi le veut la guerre africaine."
... "26 avril 1891. J'ai dû affronter les indigènes dans
les environs de l'embouchure du Lomani. ... J'ai tué quatre-vingts
personnes et fait autant de blessés. Pas de quartier, donc pas de
prisonniers."
(Extrait traduit de "E.D.
Morel tegen Leopold II en de Kongostaat, A.M. Delathuye", EPO,
1985, p.11)
Léopold II, roi
des Belges et roi de l'Etat indépendant du Congo, écrit le
3 juin 1906: "Le Congo a été et n'a pu être qu'une
oeuvre personnelle. Or, il n'est pas de droit plus légitime que le
droit de l'auteur sur sa propre oeuvre, fruit de son labeur. Mes droits
sur le Congo sont sans partage, ils sont le produit de mes peines et de
mes dépenses. Le mode d'exercice de la puissance publique au Congo
ne peut relever que de l'auteur de l'Etat. C'est lui qui dispose légalement,
souverainement, et qui doit forcément continuer à disposer
seul, dans l'intérêt de la Belgique, de tout ce qu'il a créé
au Congo." Mobutu n'a fait qu'imiter la dictature personnelle de Léopold
II, roi des Belges.
Exploités à
outrance
La force de travail des
Noirs a été mise à la disposition des grandes sociétés
par la violence et la contrainte exercées par l’Etat colonial. La
Compagnie du Katanga a reçu la pleine propriété d’un
territoire d’une superficie six fois supérieure à celle de
la Belgique. Le roi Léopold II et une poignée de grands capitalistes
fondent en 1900 le Comité Spécial du Katanga (CSK) qui obtient
le droit d’administrer la plus grande partie du Katanga, d’y percevoir l’impôt
et d’y organiser un corps de police.
Ce CSK devient le principal
actionnaire de l’Union Minière en 1906. Cette société
est devenue une des plus importantes sociétés capitalistes
de Belgique. En 1924, le vice-gouverneur Moulaert, évalue le coût
annuel d’un travailleur de l’Union Minière entre 8.000 et 9.000 francs,
alors qu’il en rapporte 50.000. Quand le capitaliste paie un franc à
l’ouvrier qui est durement exploité, le capitaliste empoche 6 francs
sans rien faire.
Dans la colonie, 25.000
salariés blancs gagnent autant que 1.200.000 salariés noirs.
En septembre 1925, un administrateur
territorial du Kwilu écrit: ‘Les administrateurs territoriaux savent
à quel point les exactions se font chaque jour plus nombreuses et
ne laissent aux populations ni répit, ni liberté. Peut-être
peut-on pardonner au fonctionnaire de se sentir envahi d’amertume parce
que les villages se vident à son approche comme à l’arrivée
d’un marchand d’esclaves.’ Lors de la répression de la révolte
populaire entre le Kwilu et le Lutshima en 1931, 4.000 villageois ont été
massacrés. Chargé d’enquêter sur les causes de la révolte,
le fonctionnaire Jungers écrit: ‘On peut dire que la quasi-totalité
des coupeurs de fruits sont partis pour Leverville contraints et forcés,
soit par leurs chefs médaillés soit directement par les fonctionnaires
et agents du service territorial. Comment en serait-il autrement? Il n’est
pas un colon qui admettra les que indigènes, alors que fort peu de
choses leur manquent dans leur village, aillent travailler à cinq
ou six jours de marche du village, en abandonnant pour six mois leurs femmes
et leurs enfants, pour aller vivre dans des conditions qui sont abominables.’
L’Union Minière a été fondée en 1906 avec 10
millions de francs belges. Entre 1950 et 1959, elle réalise un bénéfice
net de 31 milliard de francs. En 1959 elle domine le Katanga dont elle organisera
la sécession en 1960.
La doctrine catholique: l'arme idéologique du colonialisme
Un des pionniers de la
conquête militaire du Congo, le commandant Michaux, déclare
en 1910: "Les missionnaires sont les éducateurs naturels des
sauvages. Les missionnaires seuls feront que notre colonie deviendra un
jour le prolongement de la Mère Patrie." (1)
Le président de
la CSC, le syndicat chrétien belge, Henri Pauwels explique en 1949
la doctrine catholique de la colonisation aux ouvriers. Voici ce texte officiel."Nous
parlons d'abord des fondements généraux du droit à
la colonisation. La première donnée est la conquête.
En général, les indigènes ont été privés
de leurs droits par la volonté unilatérale de la puissance
colonisatrice. Voyons les raisons qui ont été invoquées
pour justifier de telles expropriations. Il y a notamment les actes de violence
commis par les indigènes contre ceux qui voulaient s' établir
dans leur pays; leurs crimes contre la nature; leur opposition à
la prédiction de l'Evangile. Toutes ces raisons sont essentiellement
bonnes pour justifier l'intervention armée des pays qui se sentent
lésés dans leurs droits ou qui se présentent comme
les défenseurs du droit naturel et divin. L'humanité ne peut
pas tolérer que, par ignorance, par paresse ou par négligence,
les richesses naturelles que Dieu a offertes au monde pour satisfaire les
besoins humains, restent en friche. Lorsque des territoires sont mal gérés
par leurs propriétaires légitimes, les autres pays, qui sont
lésés de ce fait, ont le droit de prendre la place des mauvais
gestionnaires et d'exploiter ces biens. Il est légitime que les peuples
à coloniser soient obligés, sous la contrainte si nécessaire,
à collaborer à l'|uvre civilisatrice dont ils seront bénéficiaires.
L'|uvre éducatrice qui incombe à la nation colonisatrice est
très lourde et coûteuse. Aucune nation ne voudrait en assumer
la charge si elle n'y trouvait pas son profit. Le fait de demander une rémunération
équitable pour les prestations accomplies dans le cadre de l'|uvre
colonisatrice est logique. Qu'en est-il des peuples colonisés qui,
grâce à la tutelle dont ils ont pu bénéficier,
ont acquis la capacité de se gouverner eux-mêmes? Peuvent-ils
revendiquer leur indépendance? Un véritable contrat a été
conclu entre la mère patrie et la colonie. Il serait injuste que
l'une des parties soit privée des fruits légitimes d'une |uvre
civilisatrice de longue haleine. La prise de conscience nationale d'un peuple
soumis va, en effet, de pair avec des aspirations séparatistes. La
mère patrie doit donc veiller à désamorcer ces aspirations
en faisant en temps voulu les concessions nécessaires." (2)
Voilà en quels termes l'Eglise catholique, qui avait justifié
pendant trois siècles la traite des Nègres, a justifié
la domination coloniale.
1)Pourquoi et comment nous
devons coloniser, Michaux, Bruxelles, 1910, pp. 196-197; 2) "Le syndicalisme
et la colonie" par Henri Pauwels, cité dans L'argent du PSC-CVP,
Ludo Martens, EPO, pp. 91-94.
L'Histoire d'une vie
exemplaire (I)
------------------------------------------------------------------------
La force motrice de la
lutte pour l'indépendance du Congo a été constituée
par les travailleurs et les chômeurs des villes et les paysans des
villages. Ceux-ci avaient porté tout le poids de l'oppression et
de l'exploitation coloniales. A la fin des années cinquante, ils
exigent un changement radical. Ils sont sensibilisés par le courant
anticolonialiste qui déferle sur l'Afrique depuis la libération
de la Chine en 1949 et depuis le début de la guerre d'indépendance
en Algérie.
A cette époque,
les dirigeants congolais modernes, les " évolués ",
sont presque tous conciliants envers les colons. Lumumba lui-même
écrit encore en 1956 :
" Le désir
essentiel de l'élite congolaise est d'être des 'Belges' et
d'avoir droit à la même aisance et aux mêmes droits ".(1)
En 1956 toujours, Ileo et Ngalula publient le " Manifeste de la Conscience
Africaine ". Ces deux hommes sont très liés à
l'Eglise catholique qui fut la première institution coloniale à
préparer le passage au néocolonialisme. La Belgique commence
à comprendre que pour maintenir sa domination économique et
politique sur le Congo, il faut désormais s'appuyer sur des Congolais
dévoués aux intérêts belges. Le Manifeste dit
: " Notre volonté est que l'émancipation du Congo se
réalise dans l'ordre et la tranquillité. Les Européens
doivent bien comprendre que notre désir légitime d'émancipation
n'est pas dirigé contre eux. Nous prévoyons de créer
une organisation qui se fera en pleine légalité et en se conformant
aux lois ".(2)
Le 10 octobre 1958, Iléo,
Ngalula, Adoula et Lumumba fondent le Mouvement National Congolais. C'est
un parti qui se veut loyal vis-à-vis de la Belgique et regroupe des
Congolais proches des courants catholique, libéral et social-démocrate
belges.
La naissance d'un révolutionnaire
Du 5 au 13 décembre
1958, a lieu à Accra, capitale du Ghana, une Conférence Panafricaine
historique. Le Ghana, sous la direction de Kwame Nkrumah, a été
le premier pays d'Afrique noire à briser les chaînes du colonialisme.
C'était le 6 mars 1957. A Accra, Lumumba rencontre les dirigeants
africains les plus expérimentés et les plus radicaux dont
Nkrumah qui deviendra son père spirituel. Lumumba déclare
à Accra : " Malgré les frontières qui nous séparent,
nous avons la même conscience, les mêmes soucis de faire de
ce continent africain un continent libre, heureux, dégagé
de toute domination colonialiste. Nous sommes heureux de constater que cette
conférence s'est fixé comme objectif: la lutte contre tous
les facteurs internes et externes qui constituent un obstacle à l'émancipation
de nos pays et à l'unification de l'Afrique. Parmi ces facteurs,
on trouve le colonialisme, l'impérialisme, le tribalisme et le séparatisme
religieux qui, tous, constituent une entrave sérieuse à l'éclosion
d'une société africaine harmonieuse et fraternelle. "(3)
A Accra, Lumumba a cessé d'être un " évolué
" pour devenir un nationaliste africain radical.
Le 28 décembre 58,
Lumumba tient son premier meeting politique sur la place de la Victoire
à Matonge, Kinshasa, devant plus de 10.000 personnes. C'est la première
fois que Lumumba sent l'énergie bouillante de la masse et qu'il comprend
que seule la masse constitue une force capable de réaliser les idéaux
d'une indépendance totale. Mais ses compagnons, Iléo, Adoula,
Kalonji et Ngalula, ne l'entendent pas de cette oreille. Ils estiment que
Lumumba est devenu un "démagogue dangereux" Peu après
ce meeting, Lumumba leur dit : " Vous êtes tous endormis. Vous
pensez que l'indépendance vous sera offerte sur un plateau d'argent,
mais il faudra lutter pour l'obtenir et je suis décidé à
me battre pour arracher notre indépendance." (4)
Les massacres du 4-5
janvier 1959
Le 4 janvier, l'ABAKO de
Kasavubu annonce un meeting place de la Victoire. Il faut absolument dépasser
le succès que Lumumba a obtenu, une semaine auparavant. L'ABAKO considère
Lumumba comme un " étranger " dans la province du Congo
Central !
L'ABAKO était le
parti tribaliste des Bakongo et avait l'avantage d'opérer dans la
partie la plus développée et la plus connue du Congo: la capitale
et ses environs. Les masses du Bas-Congo et de Kinshasa étaient très
révoltées contre la domination coloniale. Mais l'ABAKO détournait
cette révolte vers des objectifs tribaux.
Or le meeting est interdit
par l'administration et l'affaire tourne à l'insurrection. La Force
Publique massacre 300 Congolais, surtout des travailleurs, des chômeurs
et des " irréguliers ", venus à Kinshasa sans autorisation.
Des dizaines de milliers de Congolais ont pris part aux " émeutes
", c'est-à-dire au combat ouvert pour l'indépendance.
Le colonisateur expulse alors des milliers d'irréguliers vers leur
village d'origine. Là-bas, ces jeunes révoltés racontent
comment la masse a osé attaquer les colonialistes. Dans tous les
villages du Bas-Congo, du Kwilu et du Kwango, les masses commencent à
se soulever, à l'exemple des héroïques combattants du
4 janvier.
Suite aux " émeutes
" du 4 janvier, Kasavubu est arrêté et emprisonné.
Mais le gouvernement belge,
effrayé devant la lutte révolutionnaire, décide très
vite de changer de tactique. Connaissant la faiblesse des partis nationalistes,
l'administration coloniale les prend de court en accordant l'indépendance
dans un bref délai. Ainsi, la Belgique veut s'assurer que le Congo
" indépendant " soit gouverné par ses amis et ses
fidèles. Le 13 janvier 1959, le roi Baudouin déclare : "Notre
résolution est aujourd'hui de conduire les populations congolaises
à l'indépendance."
Le 13 mars, le ministre
Van Hemelryck fait libérer Kasavubu et l'envoie en Belgique. Van
Hemelrijck affirme que Kasavubu s'est rallié à la nouvelle
politique définie le 13 janvier. Kasavubu déclare : "Nous
demandons au peuple congolais de rester calme, d'oublier le passé
et de préparer l'avenir dans l'esprit de la nouvelle politique qui
conduit le Congo à l'indépendance." (5)
L'administration coloniale
était déjà arrivée à la conclusion que
l'ABAKO, parti tribaliste et séparatiste, pouvait être "
apprivoisé ". Le 21 avril, face au radicalisme des masses qui
balaie toutes les institutions coloniales, l'administrateur Saintraint indique
une nouvelle piste : "La situation générale est critique
et, sous certains aspects, dramatique. L'Administration, rejetée,
n'a plus les moyens de diriger le pays ni d'y maintenir l'ordre. L'ABAKO
a un plan détaillé de mise en place d'une nouvelle administration.
Il vaut mieux qu'elle procède très rapidement à ce
remplacement." (6)
Poussé par son esprit
tribaliste, l'ABAKO tourne le dos à la lutte anticolonialiste pour
s'orienter vers la lutte pour "l'indépendance" de sa province.
Le 21 juin 1959, Kasavubu exige " la création d'un Etat autonome,
la République du Congo Central, dont le président sera élu
par les originaires de cette République ". (7) Ainsi, les nombreux
Congolais nés dans les autres provinces seront des " étrangers
" dans la capitale de leur pays.
" Une période
pré-révolutionnaire "
Le 1er juillet 1959, Lumumba
tient un meeting devant 1.500 personnes. Il entame son discours en demandant
" cinq minutes de silence à la mémoire des Congolais
victimes du colonialisme tombés le 4 janvier ".
" C'est de la provocation
! " clame un haut fonctionnaire belge. " Cet homme est un démagogue
dangereux ", disent, le 17 juillet 1959, Iléo, Ngalula, Adoula,
et Kalonji, les chefs " respectables " du MNC. (8) Ils excluent
Lumumba du MNCS sur quoi Lumumba exclut tous ces " évolués
" favorables au maintien de la domination extérieure. C'est
la première scission dans les rangs des " évolués
" nationalistes : les lumumbistes veulent une indépendance totale
s'appuyant sur les masses, les opportunistes veulent " réformer
" le système économique et politique colonial.
Après la scission,
Victor Nendaka est nommé vice-président du MNC-Lumumba, Jean-Pierre
Finant devient la troisième personnalité du parti et un certain
Joseph Mobutu se lie d'amitié avec LumumbaS
En fait, les " émeutes
" du 4 janvier ont éveillé les masses sur l'ensemble
du territoire congolais. Pendant toute l'année 1959, des campagnes
de désobéissance aux autorités coloniales se développent.
Il y a de fréquentes confrontations entre les forces de l'ordre et
la population qui refuse de payer les impôts. Le sang coule à
Matadi, Mbanza Ngungu, Luozi, Lukula, Jadotville. En août 59, le vice-gouverneur
général Schšller parle de " la masse fanatisée
" qui est en " état de rébellion ouverte ".
(9) " Dans le Bas- et Moyen-Congo, on se trouve en période pré-révolutionnaire.
Nous risquons d'être entraînés dans une guerre de type
Algérie." (10)
Les masses, qui exigent
l'indépendance totale et un changement radical de leur situation,
poussent une partie des " évolués " à gauche.
Ils se regroupent essentiellement dans le MNC Lumumba et dans le Parti Solidaire
Africain de Mulele et Gizenga. Ils comprennent que l'essence du colonialisme
est la domination économique et qu'à la base des malheurs
du Congo se trouve la soif du profit des grands capitalistes.
Le " Parti des
Nègres Payés "
Dans l'autre camp, l'administration
coloniale met désormais tout en oeuvre pour créer et soutenir
des partis prêts à accepter une indépendance de pure
forme. Il y a le Parti National du Progrès, le PNP de Bolya, Dericoyard
et Delvaux; le Mouvement National Congolais-K, le MNC-K de Kalonji et Iléo;
la Confédération des Associations tribales du Katanga, la
CONACAT de Tshombé et Munongo; le Parti de l'Unité Nationale,
le PUNA de Bolikango ; l'Association des Bakongo, l'ABAKO de Kasavubu et
Kisolokela et l'Union des Mongo, l'UNIMO, de Bomboko.
En fait, la majeure partie
des " évolués " commencent à craindre le
radicalisme des masses: ils veulent " vivre comme les Blancs "
et comptent y arriver en laissant intactes les structures économiques
du régime colonial.
Le ministre Ganshof Van
der Meersch déclarera plus tard : " L'administration fondait
sur le PNP de grands espoirs. Mais le MNC-L disposait, en la personne de
Lumumba, d'un atout supérieur à celui du PNP. Lumumba était
seul à faire preuve de dynamisme ". (11)
Colonialisme et "
élections libres "
Fin 1959, la Belgique veut
toujours déterminer unilatéralement les conditions de l'indépendance
pour que rien de fondamental ne change. Elle rejette la revendication des
partis nationalistes d'une Conférence où les modalités
de l'indépendance immédiate seraient fixées de commun
accord entre les parties belge et congolaise. Et la Belgique pense que des
"élections libres" peuvent donner une légitimation
à ses complots néocoloniaux.
Le 7 octobre 1959, l'administration
coloniale annonce la tenue d'élections communales en décembre.
Elle croit qu'à ce niveau, les forces pro-colonialistes, et notamment
les chefs coutumiers, gagneront les élections.
Au congrès du MNC-L,
tenu du 23 au 29 octobre 1959, Lumumba demande l'indépendance immédiate
et décide de boycotter les élections. Lorsque l'administration
veut arrêter Lumumba, des affrontements entre les masses nationalistes
et la gendarmerie font 20 morts. Le gouverneur de Kisangani, M. Leroy déclare
: "Lumumba a provoqué des émeutes pour empêcher
les élections. Il a reçu d'un étranger des leçons
de technique révolutionnaire." (12) Lumumba est emprisonné
le 31 octobre.
Lumumba, vainqueur inattendu
des élections
Dans un climat social qui
se dégrade très vite, une Table ronde est organisée
à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960. Sous la pression
des délégués congolais, la Belgique doit libérer
Lumumba qui arrive à la Table ronde pour y faire un triomphe. La
date de l'indépendance est fixée au 30 juin.
Les élections nationales
ont lieu le 22 mai 1960. La Belgique est convaincue que la victoire des
partis pro-impérialistes est assurée grâce au soutien
de l'Etat colonial, à l'aide financière des grandes entreprises
belges, et grâce à l'appui de la puissante Eglise catholique.
Et pourtant, le PNP, le
" Parti des Nègres Payés ", comme on dit à
l'époque, perd les élections, malgré les moyens formidables
mis à sa disposition, malgré la campagne virulente de l'Eglise
catholique contre les nationalistes.
Les nationalistes s'imposent
haut la main. Le MNC-L obtient 35 sièges à la Chambre et le
PSA, avec 13 sièges, devient le principal parti de la Province de
Léopoldville (Congo Central, Kwilu, Kwango et Lac Mai Ndombe). Personne
ne s'attendait à ce que l'ABAKO, parti renommé à Kinshasa,
puisse être battu dans " sa " province par le PSA, le parti
nationaliste le plus radical. Le CEREA de Kashamura, avec 10 sièges,
et le Balubakat de Sendwe, avec 7, rejoignent la coalition MNC-L et PSA.
Le dernier complot du
colonisateur
Après les élections,
la puissance colonisatrice continue à comploter contre les nationalistes.
Elle engage l'ABAKO pour
mettre sur pied une coalition anti-nationaliste. Le 17 juin, elle charge
Kasavubu de former le premier gouvernement congolais. S'appuyant principalement
sur le PNP, le MNC-Kalonji et l'ABAKO, le projet de gouvernement de Kasavubu
ne comprend aucun membre du MNC-Lumumba ni du PSA-Gizenga !
Mais, n'ayant pas trouvé
de majorité pour soutenir ce complot, la Belgique se résigne
à ce que Lumumba forme le gouvernement. Et elle redouble d'efforts
pour briser Lumumba et les partis nationalistes.
(1)Congo, terre d'avenir,p.29;
(2) Chronique de politique étrangère, vol. XII, nˇ4-6, juillet-nov.
1960, p.443-445; (3) La Pensée politique de Lumumba, p.l 1-12; (4)
Pierre De Vos, Vie et mort de Lumumba, p.78-79; (5) Congo,1959,p.71-72;
(6) Congo 60,I,p.144; (7) Congo 1959,p. 81 85; (8) De Vos,p.138-140; (9)
Congo 1959, p.100; (10) De Vos,p.146; (11) Congo mai-juin 1960, p.80; (12)
De Vos, p.154;
------------------------------------------------------------------------
Le 30 juin 1960 représente
une journée exceptionnelle, non seulement pour l'histoire du Congo,
mais pour l'histoire de l'Afrique entière. Jamais l'affrontement
entre l'oppresseur et l'opprimé n'a été exprimé
avec une telle force. Jamais un Africain n'a résumé en si
peu de mots 80 années de terreur, d'exploitation et d'humiliation.
Il faut lire les trois discours prononcés ce jour mémorable.
Trois, en effet. Puisque entre le Maître et le Patriote s'est glissé
le Laquais. Il faut relire ces discours, puisque des laquais, il y en a
toujours. Et puisque les Patriotes qui veulent suivre la voie de Lumumba
sont de plus en plus nombreux.
Le Maître
Le Roi Baudouin: "Pas
en conquérant, mais en civilisateur"
L'indépendance du
Congo constitue l'aboutissement de l'oeuvre conçue par le génie
du roi Léopold II. Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur
votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin
du Congo de l'odieux trafic esclavagiste; ensuite pour rapprocher les unes
des autres les ethnies, jadis ennemies.
Lorsque Léopold
II a entrepris la grande oeuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement,
il ne s'est pas présenté à vous en conquérant
mais en civilisateur.
Ne compromettez pas l'avenir
par des réformes hâtives, et ne remplacez pas les organismes
que vous remet la Belgique, tant que vous n'êtes pas certains de pouvoir
faire mieux.
N'ayez crainte de vous
tourner vers nous. Nous sommes prêts à rester à vos
côtés pour vous aider de nos conseils,
L'Afrique et l'Europe se
complètent mutuellement. Je souhaite que le peuple congolais conserve
et développe le patrimoine des valeurs spirituelles, morales et religieuses
qui nous est commun.
Le Laquais
Kasavubu : " les
racines que la civilisation chrétienne a poussées en nous
"
Sire, Excellences, Mes
chers compatriotes,
L'aube de l'indépendance
se lève sur un pays dont la structure économique est remarquable,
bien équilibrée et solidement unifiée. Mais l'état
d'inachèvement de la conscience nationale parmi les populations a
suscité certaines alarmes que je voudrais dissiper aujourd'hui en
rappelant tous les progrès qui ont été déjà
acomplis en ce domaine et qui sont les plus sûrs garants des étapes
qui restent à parcourir.
La Belgique a eu la sagesse
de ne pas s'opposer au courant de l'histoire et, comprenant la grandeur
de l'idéal de liberté qui anime tous les coeurs congolais,
elle a su faire passer directement notre pays de la domination étrangère
à l'indépendance.
Nous saurons dans tout
le pays développer l'assimilation de ce que quatre-vingts ans de
contact avec l'occident nous a rapporté de bien : la langue, la législation
et enfin surtout la culture. Le contact de la civilisation chrétienne
et les racines que cette civilisation a poussées en nous, permettront
au sang ancien revivifié de donner à nos manifestations culturelles
une originalité et un éclat tout particuliers.
Sire, la présence
de votre Auguste Majesté constitue un éclatant et nouveau
témoignage de Votre sollicitude pour toutes ces populations que vous
avez aimées et protégées. Elles sont heureuses de pouvoir
dire aujourd'hui à la fois leur reconnaissance pour les bienfaits
que Vous et Vos illustres prédécesseurs leur avez prodigués
et leur joie pour la compréhension dans laquelle Vous avez rencontré
leurs aspirations.
Le Patriote
Lumumba : " Fiers
de cette lutte qui fut de sang, de larmes et de feu. "
Congolais et Congolaises,
Combattants de la liberté aujourd'hui victorieux, je vous salue au
nom du gouvernement congolais.
A vous tous, nos amis qui
avez lutté sans relâche à nos côtés, je
vous demande de faire de ce trente juin 1960 une date illustre que vous
garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date
dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants.
Cette indépendance
du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c'est
par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les
jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous
n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances,
ni notre sang.
Cette lutte, qui fut de
larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de
nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable,
pour mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé
par la force.
Ce fut notre sort en 80
ans de régime colonialiste ; nos blessures sont trop fraîches
et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre
mémoire, car nous avons connu le travail harassant exigé en
échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à
notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d'élever
nos enfants comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies,
les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce
que nous étions des "nègres".
Nous avons connu les souffrances
atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances
religieuses; exilés dans leur propre patrie, leur sort était
vraiment pire que la mort même.
Nous avons connu qu'il
y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillottes
croulantes pour les Noirs,
Qui oubliera enfin les
fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots
où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se
soumettre au régime d'injustice, d'oppression et d'exploitation.
Nous qui avons souffert
dans notre corps et dans notre coeur de l'oppression colonialiste, nous
vous le disons tout haut : tout cela est désormais fini.
La République du
Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant
entre les mains de ses propres enfants.
Ensemble, mes frères,
mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime
qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité
et à la grandeur.
Nous allons établir
ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste
rmunération de son travail.
Nous allons montrer au
monde ce que peut faire l'homme noir lorsqu'il travaille dans la liberté,
et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique toute
entière.
Nous allons veiller à
ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à
ses enfants.
Nous allons revoir toutes
les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.
Et pour tout cela, chers
compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur
nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l'assistance
de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration
chaque fois qu'elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer
une politique quelle qu'elle soit.
Ainsi, le Congo nouveau
que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère.
Je vous demande à
tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent
de nous faire mépriser à l'étranger.
Je vous demande à
tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite
de notre grandiose entreprise.
L'indépendance du
Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le
continent africain.
Notre gouvernement fort
- national - populaire, sera le salut de ce pays.
J'invite tous les citoyens
congolais, hommes, femmes et enfants de se mettre résolument au travail,
en vue de créer une économie nationale prospère qui
consacrera notre indépendance économique.
Hommage aux combattants
de la liberté nationale !
Vive l'Indépendance
et l'Unité africaine !
Vive le Congo indépendant
et souverain !
(d'après Congo
mai-juin 1960, Ganshof Van der Meersch, pp. 235-244)
L'Histoire d'une vie exemplaire
(II)
Défendre l'indépendance contre l'agression belge et américaine
------------------------------------------------------------------------
En tant que dirigeant du
premier gouvernement du Congo libre, Lumumba proclame fièrement l'indépendance
du Congo, le 30 juin 1960! Mais voulant réaliser l'union nationale
autour de son gouvernement nationaliste, Lumumba demande à ses députés
d'offrir le poste de président à Kasavubu, son principal adversaire.
Ensuite, Lumumba accepte des ministres qui lui sont hostiles, comme Bomboko
et Delvaux.
L'avenir lui montrera qu'il
est dangereux de faire des alliances trop larges quand on ne dispose pas
d'une base assez solide.
Le cinquième jour
de l'indépendance, le 5 juillet, la Belgique provoque des troubles
au sein de la Force publique. Ce jour-là, à 8h00, le lieutenant-général
Janssens, qui commande toujours l'armée, écrit sur un tableau
au quartier général: " Avant indépendance = après
indépendance ". Ensuite, il se permet d'envoyer une lettre à
Lumumba, Premier ministre d'un pays souverain, pour lui donner " un
dernier et solennel avertissement ". Et il dénonce " la
déclaration faite le 30 juin 1960 (qui) a étonné le
cadre et la troupe ". (1)
En fait, Janssens provoque
les soldats de l'Armée nationale congolaise afin d'obtenir un prétexte
pour une intervention militaire. La bourgeoisie belge la prépare
depuis plusieurs mois.
Le 8 juillet, des troupes
belges partent de Bruxelles pour occuper Kitona et Kamina.
Le 10 juillet, elles interviennent
à Lubumbashi où elles désarment les soldats nationalistes.
Bomboko et Delvaux, deux ministres du gouvernement Lumumba qui sont parmi
les principaux agents du colonisateur, font appel aux forces belges pour
maintenir l'ordre.
Tshombé et le
front anti-nationaliste
Le 11 juillet, Tshombé,
sur instruction de l'Union Minière, proclame l'indépendance
du Katanga et fait appel aux troupes belges. Le même jour, Lumumba
demande l'aide de l'ONU pour mettre fin à l'agression belge.
Le lendemain, l'hystérie
anti-Lumumba atteint son comble en Belgique. La Libre Belgique, journal
proche du gouvernement, écrit: " Plusieurs ministres lumumbistes
se sont conduits comme des sauvages primaires et imbéciles ou comme
des créatures communistes." (2)
Le 13 juillet, le gouvernement
congolais déclare qu'un " état de guerre existe entre
le Congo et la Belgique " et décide la rupture des relations
diplomatiques avec la Belgique. Le Conseil de sécurité adopte
une résolution sur l'assistance militaire au Congo.
L'agression belge contre
le Congo prend les proportions d'une occupation militaire.
Le ministre belge de la
Défense, Gillon, déclare devant le parlement que l'armée
belge est intervenue dans 23 villes du Congo. " L'ensemble des forces
belges engagées au Congo s'est élevé à près
de 10.000 hommes. " (3)
Le 17 juillet, Lumumba
écrit à Ralph Bunche, représentant du secrétaire-général,
pour exiger une intervention rapide de l'ONU. Son message : " Mettez
dehors les troupes d'agression belges, sinon je serai obligé de faire
appel à l'URSS pour mettre fin à l'agression ".
Le 24 juillet 1960, Tshombé
s'oppose à l'envoi de troupes de l'ONU au Katanga et demande à
la Belgique de maintenir ses forces armées. Il fait appel à
Kasavubu et Iléo pour créer une confédération
des Etats du Congo. Dans le but de briser le gouvernement central nationaliste,
tous les agents du néocolonialisme se mettent d'accord pour réclamer
le " fédéralisme ". C'est une simple tactique pour
détruire les forces patriotiques. Une fois le pouvoir central révolutionnaire
brisé, les " fédéralistes " deviendront partisans
d'un pouvoir central pro-impérialiste fort. Bientôt Tshombé,
Iléo, Kasavubu, Bolikango, Kalonji soutiendront tous le pouvoir central
fasciste de Mobutu.
La mainmise américaine
La Belgique avait l'intention
de maintenir un contrôle de type néo- colonial sur " son
" Congo. En occupant militairement le Katanga, elle se créait
une base pour la reconquête de tout le Congo. Mais la vieille Belgique
juge mal les changements. Les Etats-Unis sont devenus la superpuissance
du monde impérialiste. Ils veulent leur " juste part "
des richesses congolaises.
Bien sûr, les Etats-Unis
soutiennent la Belgique dans sa guerre contre Lumumba. Ainsi, le 30 juillet
1960, le Département d'Etat américain déclare : "La
Belgique avait le droit d'envoyer des troupes au Congo pour protéger
des vies humaines en danger." D'ailleurs, dans les mois à venir,
les Etats-Unis enverront trois équipes de tueurs à Kinshasa
pour éliminer Lumumba. Dans une de ces tentatives, un agent devait
s'introduire chez Lumumba, chercher une occasion pour se rendre dans sa
salle de bain et mettre un produit contenant un virus mortel sur sa brosse
à dents ! (4)
La Belgique veut reconquérir
militairement le Congo à partir du Katanga alors que les Etats-Unis
s'appuient principalement sur les réactionnaires de Kinshasa - les
Mobutu, Kasavubu et Adoula - pour obtenir " leur part " du Congo.
Les Etats-Unis utilisent les troupes de l'ONU -appelées par Lumumba
pour chasser les agresseurs belges ! - pour imposer leur domination à
partir de Kinshasa.
L'ONU : " de l'aversion
pour Lumumba "
Le Congo est indépendant
depuis un mois, et tous les partis pro-impérialistes s'unissent pour
abattre le gouvernement de Lumumba.
Ainsi, le 7 août,
le comité central de l'ABAKO vote une motion de défiance à
l'égard du gouvernement Lumumba et demande la création d'une
Confédération des Etats du Congo. Le lendemain, la Puna de
Bolikango demande l'indépendance de la province de l'Equateur. Et
un jour plus tard, Albert Kalonji proclame l'indépendance de l'Etat
minier du Kasaï ! C'est une alliance de fait entre Kasavubu, Bolikango,
Kalinji et Tshombé contre le gouvernement Lumumba.
L'ONU, c'est-à-dire
les Etats-Unis, essaient de réconcilier toutes ces forces antinationalistes.
Le 12 août, Hammarskjšld arrive à Lubumbashi pour négocier
avec Tshombé.
Le 14 août, le général
suédois von Horn, commandant des troupes de l'ONU, arrive à
Kinshasa. Officier réactionnaire à la solde de la CIA, il
écrira six ans plus tard dans ses Mémoires : "Il n'était
pas à dissimuler que nous tous, à commencer par Dag Hammarskjšld,
nous nourrissions une profonde méfiance et de l'aversion pour Lumumba."
"Personnellement, je nourrissais une grande considération pour
Mobutu. Contrairement à Lumumba, il me semblait un patriote authentique
qui ne perdait pas son temps à jouer avec des théories communistes."
(5)
L'Eglise catholique
part en guerre
L'Eglise catholique est
la principale force dans le combat contre Lumumba. Le 17 juillet déjà,
Malula écrit dans une lettre épiscopale :
"Quand dans un pays
la liberté de presse n'existe plus, on ne parle plus de démocratie
mais de dictature. Or, la dictature mène à l'esclavagisme."
(6) Exactement comme ses maîtres belges, Malula défend la presse
coloniale et la " démocratie " coloniale et il accuse le
gouvernement anticolonialiste de pratiquer la dictature et l'esclavagisme
! Malula fait allusion au journal catholique Courrier d'Afrique, qui compte
Iléo et Bolikango dans son conseil d'administration. Le 18 juillet,
ce journal évoque " la possibilité de l'implantation
du communisme au Congo, par suite de la politique de Lumumba." (7)
Le syndicat catholique, la CSC, joue également un grand rôle
dans le combat contre le gouvernement nationaliste. Il écrit que,
par la faute de Lumumba, "le Congo s'engage dans la voie de la misère"
et il rend le gouvernement nationaliste responsable de "la fermeture
des entreprises, l'accroissement du chômage et l'augmentation des
prix." (8)
Grâce à sa
mainmise sur l'enseignement, l'Eglise catholique peut contrôler l'esprit
des Congolais. On comprend donc pourquoi, le 16 août 1960, Lumumba
fait la proposition de nationaliser l'université de Lovanium. Cinq
jours plus tard, dans son avant-projet de programme gouvernemental, il écrit
: " L'enseignement doit avoir une 'qualité scientifique' et
doit inculquer 'un idéal national '. Le gouvernement veut l'instruction
primaire pour tous et la gratuité de l'enseignement à tous
les échelons." C'est une déclaration de guerre au pouvoir
idéologique de l'Eglise catholique.
Ensuite, Lumumba attaque
la base du pouvoir colonial, le pouvoir économique: "L'expansion
économique du pays nécessite une industrie importante de transformation
. Le gouvernement prendra comme critère le plus grand avantage collectif
et combinera les apports du secteur privé, les possibilités
du secteur public et de l'effort économique interne. Sa sollicitude
se tournera particulièrement vers les milieux ruraux." (9)
1) Congo,60,I,373-374;
2) Heinz et Donnay,p.30; 3) Congo, 1960, II, p.515; 4) Les complots de la
CIA, The Church commission, éd.Stock, 1976, p.140 ; 5) von Horn,
Karl : Soldat de la Paix, éd. Presses de la Cité, Paris, 1966,
p.194 et 228; 6) Courrier d'Afrique, 19 juillet 60,p.1; 7) Congo,1960,II,p.685;
8) Congo 1960,II,p.681; 9) 1960,II,580 et 696.
Les paroles célèbres de Patrice Lumumba (I)
------------------------------------------------------------------------
Dans le feu de la lutte,
Lumumba se forge une conviction anti-impérialiste
"L'Afrique est irrésistiblement
engagée, pour sa libération, dans une lutte sans merci contre
le colonialisme et l'impérialisme. Le Congo ne peut-être considéré
comme une colonie ni d'exploitation ni de peuplement et son accession à
l'indépendance est la condition de la paix. L'objectif du Mouvement
National Congolais est d'unir et d'organiser les masses congolaises dans
la lutte pour l'amélioration de leur sort, la liquidation du régime
colonialiste et de l'exploitation de l'homme par l'homme."
Discours d'Accra, 5-14
décembre 1958
"Au Katanga, ce sont
quelques colons qui disent: 'Ce pays devient indépendant et toutes
ses richesses vont servir à cette grande nation, la nation des Nègres.
Non, il faut que le Katanga devienne un Etat indépendant'. Ainsi,
demain, c'est le grand capitalisme qui va économiquement dominer
les Africains. Nous allons redoubler d'efforts pour que cette indépendance
soit réelle, pour que cette indépendance profite aux populations,
pour améliorer les conditions de vie des populations."
(La pensée politique
de Patrice Lumumba, Présence Africaine, Paris. Textes recueillis
par Jean Van Lierde, p.141)
"L'impérialisme,
c'est la domination économique"
" L'indépendance
politique étant conquise, nous voulons maintenant l'indépendance
économique. Le patrimoine national nous appartient. L'indépendance
politique étant conquise, nous voulons maintenant l'indépendance
économique. Le patrimoine national nous appartient "
(La pensée politique
de Lumumba, p.298)
" Je vous assure qu'avec
notre foi, avec notre dynamisme, avec notre fierté nationale, le
Congo sera dans cinq ans un pays fortement développé. Ce n'est
pas en mendiant des capitaux que nous allons développer le pays.
Mais en travaillant nous-mêmes, par nos propres mains, par nos efforts.
Le seul slogan pour le moment: le progrès économique. Les
cadeaux, on n'apprécie pas. L'indépendance cadeau, ce n'est
pas une bonne indépendance. L'indépendance conquise est la
vraie indépendance ".
(Congo 1960, 2,pp.202)
" La Banque centrale
belge s'est accaparée non seulement de notre argent, mais également
de nos réserves d'or. Le gouvernement vient d'annoncer que, si dans
un délai de 15 jours, le gouvernement belge ne les restituait pas,
nous confisquerions tous les biens appartenant aux Belges. Le peuple attend
le bonheur, l'amélioration de ses conditions de vie. Pour nous, il
n'y a pas d'indépendance tant que nous n'aurons pas une économie
nationale prospère pour relever les conditions de vie de nos frères
".
(Annales Parlementaires,
Sénat du Congo, septembre 1960, !p.14-15, 21)
" Les Occidentaux
savent qu'avec ce gouvernement, ils ne peuvent pas avoir la moindre mainmise
sur l'économie de notre pays. Nous devons contrôler notre économie
à la Banque nationale, à l'Otraco, à la Régideso.
Dans chaque grande société il faudrait un commissaire du gouvernement
doté de pleins pouvoirs politiques pour diriger ."
(La pensée politique
de Lumumba, p.360)
"Ils utilisent
espions et marionnettes"
"A la plupart des
Belges, nous avons fait notre confiance, croyant qu'ils étaient sincères
de continuer avec nous. Or nous avons gardé des espions. Jour par
jour nous découvrons ce complot contre la nation. La Belgique devient
maintenant comme un sous-marin. Ils agissent dans les coulisses. Ils ont
établi un réseau d'espionnage."
(La pensée politique
de Lumumba, p.305)
"On n'a jamais vu
dans l'histoire de la colonisation en Afrique une nation qui se trahit d'une
manière aussi scandaleuse vis-à-vis d'un peuple qui a toujours
vécu avec elle. Et c'est grâce au Congo que la Belgique est
ce qu'elle est aujourd'hui. Pour elle, ce ne sont pas des vies humaines
qui comptent, c'est l'Union Minière, c'est l'argent du Congo qui
compent.
Les Occidentaux ont voulu
que notre gouvernement soit à la solde des impérialistes.
Des traités nous ont été proposés. J'ai décidé
de ne point signer ces accords, parce qu'ils ne signifient rien d'autre
que la domination économique du Congo par les groupes financiers
de la Belgique.
Comme nous sommes un gouvernement
nationaliste, qui ne vise que l'intérêt de la patrie, ceux
qui convoitent nos richesses tentent de provoquer l'anarchie, pour finalement
monter la population contre nous et faire tomber notre gouvernement. Ils
se serviront alors de marionnettes qui n'hésiteront pas à
signer aveuglément n'importe quel accord pour placer le Congo sous
une domination étrangère. Voilà la vérité."
(La pensée politique
de Lumumba, pp. 286)
"Les Etats-Unis! Ce
pays approuve que la Belgique maintienne ses bases au Congo, parce qu'il
y possède des intérêts économiques. Puisque les
Belges ne peuvent plus rester, ils font appel à leurs alliés
à l'ONU pour les relayer. Je propose le retour immédiat des
forces de l'ONU, s'il est exact qu'elles viennent opérer conformément
aux arrangements pris avec la Belgique. "
"Certains ont voulu
utiliser l'ONU, soi-disant pour placer le Congo sous le statut international.
Le Congo ne deviendra jamais une colonie de l'ONU et ne sera jamais un pays
sous la tutelle de l'ONU. Et nous renonçons à toute assistance
de l'ONU. Ceux qui croyaient s'introduire encore au Congo sous le couvert
de l'ONU ne vont plus entrer. Les portes du Congo sont hermétiquement
fermées aux exploitants et aux chercheurs de l'or."
"Nous voulons que
l'ONU retire du Congo toutes les troupes blanches. Les troupes africaines
qui ont été mises à la disposition de l'ONU sont suffisantes.
J'ai dénoncé les manoeuvres qui consistaient à n'envoyer
au Katanga que des troupes de Suède."
(La pensée politique
de Lumumba, p.232, 287-288, 306-307)
L'Histoire d'une vie
exemplaire (III)
Deux coups d'Etat pour
éliminer un seul homme
------------------------------------------------------------------------
Nous sommes maintenant
fin août 1960 et Lumumba a de plus en plus l'adhésion des masses
populaires. Le peuple comprend que le Katanga et le Kasaï sont occupés
par l'armée belge dans le but de continuer le système colonial
abhorré. Le peuple se rend compte que les troupes de l'ONU, aux mains
des Américains, loin de soutenir le gouvernement nationaliste de
Lumumba, complotent avec ses ennemis.
Toutes les forces anti-nationalistes
sentent le besoin de renforcer leur alliance.
Le 20 août 1960,
une délégation de la Jeunesse de l'ABAKO, de la Puna de Bolikango
et du MNC-Kalonji est reçue à Lubumbashi par Tshombé.
A Brazzaville, des émissaires
de l'ABAKO sont en contact permanent avec le président Foulbert Youlou
et avec des agents secrets français. Le 21 août, le vice-président
de l'ABAKO, Moanda, déclare : "Il faut débarrasser le
Congo de Lumumba par des moyens légaux ou illégaux."
(1)
Mais le 27 août 1960,
la montée des forces nationalistes révolutionnaires se concrétise.
Les troupes lumumbistes prennent Bakwanga, la capitale du pseudo-Etat du
Sud-Kasaï. Sur d'autres fronts aussi, l'armée nationaliste avance
vers le Katanga.
Le gouvernement Lumumba
reçoit un soutien de plus en plus net de la part des Etats nationalistes
africains et des Etats socialistes. Le 3 septembre, L'Union soviétique
met 15 avions Iliouchine et 100 camions à la disposition du gouvernement
Lumumba pour le transport de ses troupes. La lutte pour la défense
de l'indépendance du Congo contre les complots de l'impérialisme
belge et américain arrive à son point culminant. Lumumba a
maintenant la force pour éliminer les deux créations des colonialistes
belges: l'Etat "Indépendant" du Katanga, où les
impérialistes belges comptent garder la main sur le cuivre, le cobalt
et l'uranium, et l'Etat "Indépendant" du Sud-Kasaï,
où les voleurs belges veulent garder le contrôle sur les diamants
Les impérialistes doivent maintenant jouer le tout pour le tout.
Le coup d'Etat de Kasavubu
Soutenu aussi bien par
les Etats-Unis que par la Belgique et la France, Kasavubu déclare
le 5 septembre: "Lumumba a trahi la tâche qui lui était
confiée, il jette le pays dans une guerre civile atroce, j'ai jugé
nécessaire de révoquer immédiatement le gouvernement."
(2)
Une heure et demi plus
tard, Lumumba réagit sur les ondes de la radio nationale: "Kasavubu
a publiquement trahi la nation. Il veut détruire le gouvernement
nationaliste qui a lutté avec acharnement contre les agresseurs belges,
contre les ennemis de notre indépendance nationale." Le lendemain,
le gouvernement de Lumumba prend une décision historique : "Les
Ministres, réunis en conseil extraordinaire, déclarent déchu
le Chef de l'Etat." (3)
Le même jour, monsieur
Iléo ordonne, sur instruction de Kasavubu, l'arrestation de Lumumba.
Le même Iléo forme un gouvernement où se retrouvent
les principaux agents du néocolonialisme: Bomboko, Adoula, Bolikango,
Kalonji, Dericoyard, Kisolokela et Delvaux. (4) Iléo, l'homme de
l'Eglise catholique, déclare à propos de la courte période
du gouvernement Lumumba : "C'étaient deux mois d'angoisse, d'inquiétude
et de misère." (5)
Au même moment, la
Mission technique belge à Lumumbashi envoie un rapport à Bruxelles
: "La révocation de Lumumba a fortifié le leadership
que Tshombé détient comme défenseur de la reconstruction
politique de l'ancien Congo belge sur une base confédérale.
La réussite de l'expérience katangaise provoquera vraisemblablement
la reconstruction du Congo à partir de Lubumbashi." (6) C'est
un bon résumé de la politique néocoloniale belge: à
partir de l'Etat sécessionniste katangais, reconquérir tout
le Congo.
Mais très vite,
cela tourne mal pour les politiciens pro-impérialistes. Le 6 et le
8 septembre, la chambre soutient Lumumba contre Kasavubu par 60 voix contre
19 et le sénat fait de même par 41 voix pour, 2 contre et 7
abstentions. Le 13 septembre, les Chambres réunies votent les pleins
pouvoirs au gouvernement Lumumba. (7)
Le même jour, Lumumba
renforce son contrôle sur l'armée en nommant Mpolo lieutenant-général.
Le 14 septembre, désespéré,
Kasavubu réagit en désignant Mobutu comme commandant en chef
de l'armée.(8) C'est ainsi que Kasavubu a ouvert le chemin vers la
dictature mobutiste.
Le coup d'Etat de Mobutu
En effet, à peine
quelques heures plus tard, à 20h30, Mobutu exécute son coup
d'Etat. Il déclare la " neutralisation " des politiciens
et affirme : " Il ne s'agit pas d'un coup d'Etat mais d'une simple
révolution pacifique ". (9) C'est par ces paroles qu'ont commencé
37 années de dictature et de destruction. Mobutu ferme les ambassades
des pays socialistes, l'Union soviétique et la Tchécoslovaquie.
Ensuite, il réclame " le retrait des troupes ghanéennes
et guinéennes à cause de leur soutien direct à Lumumba
". Ainsi, dès le début, Mobutu, agent de la CIA, lutte
contre les pays socialistes et contre les pays africains nationalistes.
Mobutu instaure le Collège
des Commissaires généraux. Bomboko en est le président,
Ndele, le vice-président, Ferdinand Kazadi, le ministre de la Défense,
Lihau et Tshisekedi, ministre et vice-ministre de la Justice. Ce Collège
est installé officiellement par Kasavubu, agissant en tant que chef
de l'Etat et complice du coup d'Etat de Mobutu.
Lumumba réagit le
15 septembre au matin en déclarant : " Le colonel Mobutu a été
corrompu par les impérialistes pour jouer un coup d'Etat contre le
gouvernement légal et populaire. Peuple, vous êtes les témoins
oculaires de ces manuvres tendant à faire retomber le Congo, terre
de nos ancêtres, sous la domination d'une organisation internationale
". (10)
C'est le tournant de l'histoire
congolaise: le coup d'Etat de Mobutu, ce 14 septembre 1960, place le Congo,
pour 37 ans, sous la dictature conjointe de l'impérialisme américain
et belge.
La grande bourgeoisie
noire prend le pouvoir
La plupart des intellectuels
d'avant 1960, les " évolués ", voient surtout l'indépendance
comme un moyen pour s'enrichir, pour arriver à " vivre comme
des Blancs ". Ils ne contestent pas le capitalisme au Congo, ni la
domination impérialiste qui est la garantie de son maintien. Ils
ne mettent pas non plus en cause l'appareil d'Etat colonial, cette machine
d'oppression contre les masses congolaises. En fait, ils veulent simplement
" reprendre " cet Etat oppresseur et s'en servir pour s'enrichir.
Après l'indépendance, l'Etat néocolonial a été
le lieu où s'est formée la grande bourgeoisie noire.
Avant l'indépendance,
certains " évolués " sont déjà ouvertement
pro-belges et pro-impérialistes, des hommes comme Bomboko, Edindali,
Lopes, Delvaux et Tshombé. On les retrouve dans des partis de collaboration
comme le PNP et la CONACAT.
Les " évolués
" qui ont créé des partis nationalistes s'étaient
déjà divisés avant l'indépendance. Ceux qui
veulent seulement " réformer " le système existant
se sont rapprochés des " pro-belges ". Il s'agit des Iléo,
Kalonji, Ngalula et Adoula qui avaient fait éclater le MNC, et aussi
de l'ABAKO de Kasavubu.
Mais une fois au gouvernement,
les partis nationalistes radicaux éclatent à leur tour. Mobutu
a été le secrétaire de Lumumba. Lorsqu'il fait son
coup d'Etat, il reçoit le soutien du vice-président du MNC-L,
Nendaka, qu'il nomme chef de la sécurité. Le ministre Songolo
et 8 parlementaires du MNC-L soutiennent également Mobutu. (11)
Après le coup d'Etat
de Mobutu, une alliance s'est formée entre ces trois groupes d' "
évolués ". Ensemble, ils formeront la grande bourgeoisie
congolaise, étroitement liée à l'impérialisme
américain et belge.
Entre septembre 1960 et
novembre 1965, différents personnages joueront le rôle de chef
à différents moments - Kasavubu, Ileo, Bomboko, Adoula, Tshombé
et Mobutu - mais tous représentent la même classe, la grande
bourgeoise congolaise, et tous sont liés au même maître,
l'impérialisme américain et belge.
1) Congo 1960,II,p.672;
2) Congo, 1960, II, p.818; 3) Congo, 1960, II, p.820 et p.823; 4) Heinz
et Donnay : Les cinquante derniers jours de Lumumba, éd. CRISP, 1966,
p.33 ; Congo, II, p.855 5) Congo, 1960, II, p.853; 6) Congo, 1960, II, p.963;
7) Congo, 1960, II, p.850 et 861; 8) Chronique, XII, nä4-6, p.949; 9) Congo,
1960, II, p.869; 10) Congo, 1960, II, p.870; 11) Congo, 1960, II, p.997.
Les Paroles célèbres de Patrice Lumumba (II)
------------------------------------------------------------------------
Au cours de la lutte pour
l'indépendance, puis pendant ses deux mois et demi au gouvernement,
Lumumba a été un homme seul, entouré d'une poignée
de compagnons de lutte. Il n'avait pas une organisation solide derrière
lui, il n'a pas eu le temps de donner une conscience politique au peuple
opprimé. Comment alors expliquer son extraordinaire impact, sa stature
de grand homme politique? Lumumba a réussi à donner une expression
au radicalisme des masses urbaines et villageoises qui étaient à
bout à cause de l'oppression, de l'exploitation et des humiliations
coloniales. C'est ce point essentiel qu'ont toujours oublié ceux
qui abusent du nom de Lumumba "pour occuper des postes" et pour
"bouffer à leur tour."
Avec la masse, lutter
contre le colonisateur
22 avril 1959. "La
masse est beaucoup plus révolutionnaire que nous. Quand nous sommes
avec la masse, c'est la masse même qui nous pousse, elle voudrait
aller beaucoup plus rapidement que nous."
((La pensée politique
de Lumumba, p.45)
13 août 1959. Une
délégation parlementaire belge rencontre M. Mabé Sabiti,
qui se présente comme 'le chef des arabisés'. Sabiti déclare
: " Lumumba se met surtout du côté des ouvriers, parce
qu'ils forment la masse".
(Procès-verbaux
des entretiens officiels. Sénat. 1959, p.264)
Juin 1960. Bientôt
l'indépendance. Qui sera ministre, qui aura un poste, qui aura du
pouvoir ? Lumumba ne compte pas sur " ceux d'en haut ", sur les
colonisateurs. Il ne cherche pas son intérêt personnel en se
vendant aux puissants. Il ne se laisse pas corrompre par les puissances
impérialistes. Il a juré de rester du côté du
peuple.
"Je ne vise pas du
tout mon intérêt personnel mais seulement l'intérêt
supérieur du pays. Le gouvernement belge veut se retirer de la scène
politique congolaise mais entend remettre la gestion du Congo dans les mains
des leaders ayant toutes ses sympathies. Je n'ai pas la sympathie du gouvernement
belge, pas plus que celle d'autres milieux officiels. Je suis considéré
comme un homme dangereux parce que je refuse de me laisser corrompre. Je
puis vous dire qui si j'avais accepté de "jouer le jeu",
comme l'ont fait certains leaders congolais opportunistes, je serais aujourd'hui
soutenu par la Belgique et considéré comme son plus grand
ami. On veut créer un gouvernement de marionnettes mais on craint
aussi la réaction populaire. Au train où nous allons, il n'y
aura pas le moindre changement dans ce pays à la date de l'indépendance
et les Congolais auront l'impression d'être dupés. On aura
alors le choc en retour, et alors que les leaders seront satisfaits des
quelques portefeuilles que la Belgique leur aura confiés, ce sera
le peuple qui fera sa révolution."
(Pourquoi Pas, juin 1960
pp.)
"Les ministres
doivent manger avec le peuple."
"Le Patrimoine national
nous appartient. Nous-mêmes, les ministres, nous allons dans les milieux
ruraux, nous allons labourer la terre pour montrer au pays comment nous
devons faire nos cooperative. Nous ne voudrons jamais tromper le peuple
et le peuple sait très bien que depuis nous sommes au pouvoir aucun
minister a été payé. Nous mangeons avec le peuple,
nous n'avons pas besoin d'argent (conférence de presse 9 août,
cite dans "Congo 1960", 2, pp 593-594)
"Les ministres doivent
vivre avec le peuple. Nous ne devons pas passer aux yeux de la population
comme les remplaçants des colonialistes. (Annales de la Chambre des
Représentants de la République du Congo. 1960, 12, Séance
du 15 juillet 1960 p.15)
"Nous voulons une
vraie indépendance."
"Nous allons mettre
tous nos travailleurs au travail, après le depart des troupes belges.
Chacun aura du travail, avec des salaries modestes. Et je vous assure, qu'avec
notre foi, avec notre dynamisme, avec notre fierté nationale, le
Congo sera dans cinq ans un pays fortement développé. Ce n'est
pas en mendiant des capitaux que nous allons developer le pays. Mais en
travaillant nous-mêmes, avec nos propres mains, par nos efforts (é)
le seul slogan pour le moment: le progress économique, tout le monde
au travail, mobiliser toute la jeunesse, toutes nos femmes, toutes les energies
du pays. Les cadeaux, on n'aprrécie pas. L'indépendance cadeau,
ce n'est pas une bonne indépendance. L'indépendaance conquise
est la vraie indépendance.Ó (conference de presse 9 août, cite
dans "Congo 1960, 2, pp 593-594)
"La Banque centrale
belge s'est accaparée non seulement de notre argent, mais également
de nos reserves d'or..; Le gouvernement vient d'nnoncer que, si dans un
délai de 15 jours le Gouvernemnt belge ne les restituait pas, nous
confisquerons tous les biens appartenant aux Belges. Le people attend le
bonheur, l'amélioration de ses conditions de vie. Pour nous, il n'y
a pas d'indépendance tant que nous n'aurons pas une économie
nationale prosp"re pour relever les conditions de vie de nos fr"res.Ó
(Annales Parlementaires. Sénat de la République du Congo.
1960, 8 septembre pp 14-15)
L'histoire d'une vie exemplaire (IV)
------------------------------------------------------------------------
A quoi sert l'anticommunisme
au Congo ?
L'écran de fumée
qui cache les pires crimes
Ainsi donc, le 19 septembre,
Mobutu place Bomboko et ses Commissaires généraux à
la tête du Congo. Ces Commissaires sont les ennemis mortels des nationalistes
congolais qu'ils accusent d'être des " communistes ". Pourquoi
une telle accusation ?
La raison en est simple
: leurs maîtres, les impérialistes américains et belges,
craignent avant tout les communistes, ces hommes et ces femmes qui m"nent
de façon conséquente le combat contre l'exploitation capitaliste.
Et les impérialistes savent que les nationalistes congolais peuvent
trouver dans les pays socialistes de puissants alliés. Voilà
pourquoi, le 19 septembre, les Commissaires lisent une proclamation rédigée
en concertation avec Mobutu lui-même: " Le colonel Joseph Mobutu
est aujourd'hui l'homme qui nous a délivrés du colonialisme
communiste et de l'impérialisme marxiste-léniniste. Grâce
à l'armée nationale congolaise, nous ne passerons pas d'un
esclavage à un autre. " (Congo 60,II,p.871)
L'anti-communisme, arme
idéologique de la colonization
Depuis le début
de la colonisation, l'anticommunisme a été l'arme idéologique
la plus puissante de toutes les forces anti-congolaises. Le colonisateur
et l'Eglise catholique n'ont jamais permis que des écrits marxistes
pén"trent dans la colonie. En recourant à des mensonges
dégoûtants, les colonialistes décrivent le communisme
comme l'uvre du diable. Et en 1960, ils publient des caricatures de Lumumba
représenté comme diable.
En fait, l'anticommunisme
constitue un écran de fumée. L'objectif véritable est
celui-ci : les grands capitalistes veulent sauvegarder leurs intérêts
économiques, ils veulent continuer à exploiter au maximum
les richesses du Congo et la force de travail de ses ouvriers et paysans.
En ce début des
années soixante, comment les Etats africains qui veulent une indépendance
réelle, comme le Ghana de Nkrumah et la Guinée de Sékou
Touré, peuvent-ils réussir? Ils ont besoin d'alliés
et d'amis pour développer rapidement leur propre économie,
pour soustraire leur économie à la mainmise des puissances
impérialistes. Les pays communistes sont leurs alliés naturels.
Pour deux raisons.
D'abord, les pays communistes
ont, eux-mêmes, terriblement souffert des agressions impérialistes.
En 1917-1920, la Russie soviétique a connu l'agression de 9 pays
impérialistes et elle a perdu 10 millions de mort à cause
de la guerre et de la famine. Ensuite, l'agression nazie de 1941-1944 a
coûté 23 millions de morts au peuple soviétique. La
Chine, quant à elle, a subi la domination des colonialistes occidentaux
et, au cours des années 20, 30 et 40, son sort a été
pire que celui de l'Afrique! Agressée par l'impérialisme japonais,
puis par l'impérialisme américain, La Chine a compté
plus de 10 millions de morts.
Ensuite, les pays communistes
veulent construire une économie indépendante et, pour cela,
ils doivent se soustraire à la domination politique et économique
de l'impérialisme. Pour progresser dans cette voie, ils ont intérêt
à soutenir tous les pays qui, eux aussi, veulent se soustraire à
la domination de ces mêmes impérialistes.
" Combattre le
colonialisme et terrorisme communiste "
Voyons maintenant les choses
du côté des impérialistes. Pour maintenir leur domination
sur le Congo, ils doivent casser l'alliance entre le Congo et les pays africains
nationalistes comme le Ghana et le Guinée. Ils doivent aussi bloquer
tout rapprochement entre le Congo et les pays communistes.
C'est exactement ce qu'a
fait leur principal agent, Mobutu. Celui a déclaré apr"s
son coup d'Etat: "Comme la Tchécoslovaquie et l'Union soviétique,
le Ghana et la Guinée distribuaient des armes dans la cité
de Kinshasa ". (1) Ces accusations sont évidemment fausses mais
Mobutu et ses maîtres de la CIA doivent faire croire au peuple congolais
que le Ghana et la Tchécoslovaquie sont des "Etats terroristes".
Et qu'ils appuient des terroristes congolais, c'est-à-dire Patrice
Lumumba et ses compagnons En effet, Mobutu prétend que Maurice Mpolo
et Emmanuel Nzuzi, deux collaborateurs fid"les de Lumumba, organisent
"des camps de formation terroriste" et dirigent "un groupe
terroriste, la Jeunesse lumumbiste, ". (2)
Mobutu, Kasavubu et Tshombé,
ces agents de l'impérialisme qui exploite le Congo depuis 80 ans,
font croire que ce sont le Ghana et la Chine qui veulent "conquérir
et dominer" le Congo. C'est ridicule, compl"tement faux, mais
cela sert à détourner l'attention des véritables exploiteurs
et dominateurs qui saignent le peuple congolais à blanc !
Le crime du Ghana et de
la Chine est de souhaiter la réussite de l'expérience congolaise.
Le 23 juillet 1960, Théodore Bengila, l'ami de Pierre Mulele, assiste,
à Beijing, à un rassemblement de 10.000 personnes qui "apportent
le soutien du peuple chinois à la lutte du peuple congolais pour
son indépendance " (3)
Ni l'Ouest, ni l'Est
?
A l'époque, tous
les agents de l'impérialisme prétendent " dénoncer
tout néocolonialisme d'où qu'il vienne, celui de l'Est aussi
bien que celui de l'Ouest ". (4) On trouve cette même phrase
dans la bouche de Malula, de Mobutu ou de Bomboko. Tous font croire à
la population congolaise que l'indépendance formelle, accordée
par la Belgique, signifie une indépendance réelle, totale.
En réalité, cette fausse indépendance inaugure la continuation
de la domination économique et politique de l'Occident par d'autres
méthodes. Ceux qui sont de véritables agents de l'Ouest, crient
que toute relation avec l'Est un crime. Ceux qui veulent la perpétuation
de la domination impérialiste, font croire que les seuls alliées
possibles d'un Congo indépendant, les pays communistes, veulent dominer
et tyranniser le pays. L'anticommunisme barre la route à une politique
d'alliances internationales capables de faciliter l'indépendance
politique et économique. L'anticommunisme lie le Congo pieds et poings
liés à ses pires exploiteurs, aux pires assassins, les impérialistes
américains, français et belges. Le peuple en subira les conséquences
catastrophiques pendant 37 ans.
1) Houart Pierre : La pénétration communiste au Congo, éd. CDI, Bruxelles, 1960,p.95; 2) ibidem, p.94-95; 3) Houart, p. 51; 4) Houart, L'Afrique aux trois visages, éd. CDI, Bruxelles, 1961,p.189.
Paroles célèbres de Patrice Lumumba (III)
------------------------------------------------------------------------
L'ancien pacifiste,
prend les armes
Comme tous les jeunes de
sa génération, Lumumba subit le lavage de cerveaux dans les
écoles coloniales. La religion est utilisée pour inculquer
la soumission. L'Eglise, qui a aidé les troupes de Léopold
II à conquérir le Congo par le feu et le sang, prêche
la non-violence pour les Noirs. Lumumba a été éduqué
dans le pacifisme et l'acceptation du colonialisme. Le génie de Lumumba
s'est exprimé dans son amour des masses opprimées, dans sa
soif de justice pour les pauvres et dans sa profonde honnêteté.
Ces qualités lui ont permis de se débarrasser de toutes les
fausses idées, inculquées par l'éducation coloniale.
Lumumba a critiqué radicalement ses propres conceptions, pour devenir,
pas à pas, dans le feu de la lutte, un véritable nationaliste
et révolutionnaire. Il est un exemple pour la jeunesse congolaise
d'aujourd'hui.
Oser penser, oser lutter
A propos de l'indépendance,
Lumumba disait encore ceci en 1956 : "Certains Blancs, tr"s peu
recommandables, qui abusent de la crédulité des Noirs encore
peu cultivés, instiguent ceux-ci à réclamer immédiatement
l'indépendance. Ils vont jusqu'à insinuer que l'autonomie
ne pourra être obtenue sans effusion de sang, que tous les pays occidentaux
ont dû, pour obtenir leur indépendance, se battre, et que les
Congolais devraient faire de même s'ils veulent se libérer
des Belges. Triste mentalité! Nous devons rejeter ces idées
d'où qu'elles viennent. Le Congo obtiendra son autonomie dans la
dignité et non dans la barbarie. Ce serait commettre un acte de la
plus grande barbarie, du banditisme que de sacrifier des vies humaines,
nos membres de famille qui nous sont chers, pour la soif de l'indépendance."
(Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé?, Patrice Lumumba, pp.162-163)
Trois ans suffiront pour
que la conception du monde de Lumumba soit profondément bouleversée.
Il perce le caractère mensonger, hypocrite et intéressé
de la propagande coloniale. En décembre 1958, Lumumba exprime à
Accra sa solidarité avec la lutte armée en Algérie,
au Cameroun, au Kenya, en Afrique du Sud, en Rhodésie, en Angola
et au Mozambique.
Deux semaines après
son retour d'Accra, a lieu l'insurrection du 4 janvier 1959 à Kinshasa.
Trois cents Congolais sont tués par l'armée. Lumumba prend
résolument la défense des pauvres qui ont osé se soulever
contre le colonisateur.
Lors du congrès
du MNC-L à Kisangani, le 28 octobre 1959, la gendarmerie attaque
les nationalistes et tue 20 personnes. Ces jours-là, Lumumba apprend
au peuple à ne pas avoir peur devant les fusils de l'ennemi.
"Marchez, n'ayez pas
peur! Nous vous demandons si nous mourons demain de garder nos enfants convenablement.
Nous allons mourir pour vous et nous ne le craignons pas. Les Belges sont
venus avec leurs gros engins, avec des soldats armés de fusils pour
nous tuer si nous disons que nous voulons obtenir notre indépendance.
" " Eux, ils ont des fusils, nous, nous avons nos mains. Je vous
le demande à vous: est-ce que vous avez peur? Nos mains suffiront!"
(La pensée politique
de Lumumba, pp.108-111)
Une guerre populaire
contre l'occupation belge
Quand, les jours qui suivent
l'indépendance, il se voit confronté à la triple agression
de l'armée belge, des gendarmes et mercenaires de Tshombé
et des troupes de l'ONU, Lumumba s'engage sans hésitation dans la
voie de la lutte armée patriotique.
Lumumba s'appuie principalement
sur le peuple pour combattre les agresseurs et leurs laquais, Tshombé
et Kalonji. Le 20 juillet 1960, il lance un appel à la radio: "Nous
préférons mourir pour notre liberté plutôt que
de vivre encore dans l'esclavage. Toutes les forces vives de ce pays sont
mobilisées pour sauver l'honneur de la patrie et défendre
courageusement son indépendance."
(La pensée politique
de Lumumba, pp.252)
Lumumba soutient fermement
la véritable guerre populaire que les paysans et les ouvriers livrent
dans le Nord-Katanga contre les troupes belges et les gendarmes thsombistes.
Le jeune Laurent Kabila parcourt la région, de village en village.
Il est déjà un dirigeant reconnu et populaire de la résistance
patriotique armée.
Un responsable de la Gécamines
déclare: "Les 3.000 travailleurs obéissent tous aux mots
d'ordre du Balubakat. Tout le pays est Balubakat et les gens d'ici n'ont
qu'un Dieu, Lumumba."
(Katanga, enjeu du monde
entier, P. Davister, Bruxelles, 1960, p.160)
Un sympathisant belge de
Tshombé témoigne de l'ampleur des combats: "En décembre
1960, on évaluait à 7.000 environ le nombre des rebelles tués
depuis le début des opérations de représailles de l'armée
katangaise dans le Nord-Katanga. Normalement, il faut multiplier ce chiffre
par 2, par 3, par 10. Des villages entiers ont été rasés
et les armes automatiques ont fauché littéralement des rangs
entiers de jeunesse." (ibidem, p.161)
S'appuyer sur les éléments
patriotiques de l'armée
Pour lutter contre l'agression,
Lumumba mobilise aussi les éléments nationalistes de l'ANC.
Il concentre ses meilleures troupes en vue d'une opération contre
les sécessionnistes du Katanga et du Sud-Kasaï.
Sur ordre des Américains,
Mobutu arrête l'offensive victorieuse. Son homme de confiance, Francis
Monheim, reconnaît: "Le colonel Mobutu donne ordre à ses
troupes de revenir à Kinshasa. Lumumba convoque son chef d'état-major.
'Je suis ministre de la Défense nationale', dit-il à Mobutu,
'et je ne suis au courant de rien. Vous, vous n'êtes qu'un simple
colonel et vous ordonnez le cessez-le-feu sans même consulter votre
commandant en chef, le général Lundula'."
(Mobutu, l'homme seul,
F. Monheim, Bruxelles, 1974, p.115)
Guerre révolutionnaire
pour libérer le Katanga et le Kasaï
Le 5 septembre, Kasavubu
fait un coup d'Etat et dissout le gouvernement Lumumba. Il exige que les
soldats de l'ANC déposent les armes. Lumumba dénonce cette
trahison.
"Monsieur Kasavubu
accuse le Gouvernement de jeter le pays dans une guerre civile atroce, alors
que le Gouvernement ne fait que défendre le pays contre l'agression
brutale, déclenchée à l'égard de la République
par les troupes belges. Kasavubu a demandé à l'armée
nationale de cesser les luttes fratricides. Le peuple tout entier sait que
les soldats congolais, voulant défendre la Patrie, n'ont fait que
sauvegarder l'intégrité du territoire national. Les troupes
de l'Armée Nationale ne se sont livrées à aucune lutte
fratricide. Le Gouvernement et le peuple congolais leur rendent hommage
pour le patriotisme et l'héroïsme avec lesquels elles ont défendu
la Nation contre l'agression et contre les mouvement de sédition
colportées à travers le pays par les impérialistes
belges et leurs alliés. Monsieur Kasavubu demande à l'armée
nationale de déposer les armes. Le Gouvernement voit dans cette déclaration
l'intention de Monsieur Kasavubu de faire occuper militairement le Congo
par des troupes étrangères. Il veut interdire ainsi aux troupes
de l'Armée Nationale d'entrer au Katanga dans le but de libérer
leurs frères opprimés et asservis par les Belges et leur homme
de paille, Tshombé."
"Pour Kasavubu, le
fait de vouloir intégrer le Katanga pour libérer nos frères,
est une guerre atroce, parce qu'il a déjà des contacts avec
Tshombé. La victoire du Gouvernement central au Katanga est une victoire
sur l'impérialisme. L'Abako s'est arrangée pour dépêcher
des émissaires au Katanga. Elle a constitué une délégation
composée des membres de l'Abako, du Puna et du M.N.C.-Kalonji. La
complicité de l'Abako est manifeste dans l'affaire Katanga."
La pensée politique
de Lumumba, pp.332; Annales de la Chambre du Congo, 1960, 7 septembre, p.20)
Vers Kisangani pour
diriger la guerre de liberation
Le 27 novembre, Lumumba
quitte sa résidence pour rejoindre Kisangani et y prendre la tête
des troupes loyalistes. Il pense que l'armée nationaliste peut prendre
Kinshasa à partir de Kenge et Bolobo.
Lors de son passage à
Mangaï, le 30 novembre, tous les hommes accourent, les armes à
la main. Lumumba improvise un discours: "Frères, vos armes sont
inutiles maintenant, mais prenez-en soin. Il faudra combattre pour la liberté.
Les colonialistes ne veulent pas nous la donner pacifiquement, nous la conquerrons,
les armes à la main."
(Patrice Lumumba et la
liberté africaine, L. Volodine, Moscou, s.d., p.114)
L'arrivée de Lumumba
à Kisangani sera le détonateur d'une guerre révolutionnaire
pour libérer le Congo de toute occupation étrangère.
Le commandant des troupes de l'ONU, Karl von Horn, note: "A parler
franchement tout le pays aurait pu être mis à feu et à
sang, si Lumumba était parvenu à Kisangani."
Le 1er décembre,
les soldats de Mobutu rattrapent Lumumba et le livrent ensuite à
Tshombé.
Sachant qu'il va mourir,
Lumumba lance dans sa dernière lettre un ultime appel pour la lutte
armée de libération: "Je sais et je sens au fond de moi-même
que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous les ennemis
intérieurs et extérieurs, qu'il se lèvera comme un
seul homme pour dire non au colonialisme dégradant et honteux et
pour reprendre sa dignité sous un soleil pur."
C'est à la suite
de cet appel que, trois ans plus tard, dans les premières semaines
de 1964, le peuple congolais s'est levé comme un seul homme pour
le combat sous la direction de Pierre Mulele et du Conseil National de Libération.
(La pensée politique
de Lumumba, p. 390)
L'histoire d'une vie exemplaire (V)
------------------------------------------------------------------------
Une guerre de libération
depuis Kisangani
Le 9 octobre, Lumumba,
qui est protégé par les soldats ghanéens de son ami
Nkrumah, fait une sortie dans la Cité où il parle à
plusieurs endroits devant un public enthousiaste. Bomboko est furieux et
s'écrie : " L'ANC est prête à se battre contre
les troupes de l'ONU pour arrêter Lumumba." Deux cents militaires
de Mobutu, envoyés pour arrêter Lumumba, sont repoussés
par les soldats ghanéens. (2)
Pendant un mois, Lumumba
restera enfermé dans sa résidence.
Pendant cette période,
c'est à Kisangani que les choses bougent. A la mi-octobre, cette
ville voit se développer un combat acharné entre partisans
de Lumumba et partisans de Mobutu. Le 11 octobre, Jean-Pierre Finant, président
du gouvernement et proche compagnon de Lumumba, est arrêté.
Il sera massacré à Bakwanga par les bandes de Kalinji. A ses
côtés, Joseph Mbuyi aura les yeux arrachés et le corps
percé par des coup de baïonnettes. Mais le 23 novembre, les
militaires fidèles à Lumumba chassent définitivement
les soldats de Mobutu de Kisangani. Gizenga, installé dans la ville
depuis le 14 novembre, prépare l'arrivée de Lumumba. (3)
Vers le 17 novembre, Lumumba
reçoit une lettre de Kisangani. Elle dit que les soldats de l'ANC
de l'intérieur du pays lui sont très favorables. Si Lumumba
arrive à Kisangani, toute la situation du Congo peut changer. Une
opération militaire à partir de Kenge au Kwilu et de Bolobo
au Mai Ndombe aura toutes les changes d'aboutir à la libération
de Kinshasa.
Lumumba décide de
partir vers l'Est. (4)
L'arrestation de Lumumba
par Mobutu
Dans la nuit du 27 novembre,
Lumumba quitte Kinshasa en voiture. Son convoi passe par Kenge et arrive
à Masi-Manimba le lendemain à 19h00.
La CIA a immédiatement
mobilisé ses hommes de confiance parmi les troupes de l'ONU et celles
de Mobutu. Un câble de la CIA du 28 novembre dit : " La station
travaille avec le gouvernement congolais pour bloquer les routes afin d'empêcher
la fuite de Lumumba." (5)
Karl von Horn a aussi contribué
à "retrouver" Lumumba. Dans ses Mémoires, le commandant
des troupes de l'ONU, se félicite de l'arrestation de Lumumba : "A
parler franchement, tout le pays aurait été mis à feu
et à sang si Lumumba était parvenu à Kisangani."
(6)
Lumumba traverse le Kwilu
en passant par Bulungu et Mangai. Puis, on le trouve à Brabanta,
Port-Franqui, Mweka et Lodi. Dans cette dernière localité,
le 1er décembre, à 23h00, Lumumba passe la rivière
Sankuru en pirogue en compagnie de Pierre Mulele, de Valentin Lubuma et
de Mathias Kemishanga.
Un peu plus tard, le bac
arrive sur l'autre rive et un groupe de soldats mettent pied à terre.
Lumumba, seul, s'avance pour discuter avec eux. Après de longues
palabres, il est arrêté et conduit à Port-Franqui le
2 décembre au matin. Mulele parviendra à Kisangani.
Sur instructions de Mobutu,
le chef de la Sûreté, Nendaka, ordonne à Pongo de ramener
Lumumba à Kinshasa. Le soir, à 17h00, un DC 3 d'Air Congo,
ramène Lumumba à Ndjili. Il est ligoté et jeté
ligoté sur un camion militaire, puis conduit au camp de Binza, devant
Mobutu. " Le colonel Mobutu, les bras croisés, a regardé
calmement ses soldats frapper et bousculer le prisonnier et le tirer par
les cheveux. " (7)
Lumumba est tabassé
avec une extrême violence, les militaires lui brûlent la barbe.
Au matin du 3, il est enfermé au camp Hardy de Thysville.(8)
Les lumumbistes contre-attaquent
Le 7 décembre, Kasavubu
se réjouit de la capture de son principal adversaire: "Je m'étonne
de l'importance attachée à l'arrestation de Lumumba par un
certain nombre de délégations afro-asiatiques et est-européennes;
en effet, Lumumba est sous le coup d'un mandat d'arrestation depuis septembre.
Il s'est rendu coupable des infractions suivantes : atteintes à la
sécurité de l'Etat et organisation de bandes hostiles dans
le but de porter la dévastation et le massacre."
Kasavubu y ajoute qu'à
Kisangani, où règnent les lumumbistes, les gens connaissent
"le terrorisme, la torture et la suppression de toute liberté
individuelle." (9)
Mais, en réalité,
à Kisangani le pouvoir lumumbiste se consolide et s'étend.
Le 12 décembre, Gizenga déclare que Kisangani est désormais
le siège du gouvernement légal et la capitale provisoire de
la République." (10)
Deux semaines plus tard,
les lumumbistes prennent le pouvoir à Bukavu, capitale du Kivu. Le
1er janvier 1961, Pongo, l'homme qui arrêta Lumumba, échoue
lamentablement dans sa tentative d'occuper Bukavu. Il est fait prisonnier.
Kashamura forme un gouvernement lumumbiste à Bukavu.
Le 9 janvier, les troupes
congolaises fidèles à Lumumba et dirigées par Lundula,
libèrent Manono. La lutte armée pour la libération
du Katanga prend de l'ampleur.
Cette montée de
la lutte révolutionnaire populaire aboutirait certainement à
la victoire si Lumumba, libéré, pouvait se mettre à
sa tête.
Le 13 janvier, sous l'impulsion
de Mulele et des militants du PSA et du MNC-L, une mutinerie éclate
à Thysville pour libérer Lumumba.
La CIA veut la mort
de Lumumba
La CIA comprend qu'il est
urgent d'assassiner Lumumba si elle veut sauver la domination impérialiste
sur le Congo.
Depuis octobre, la CIA
poursuit une ligne constante : utiliser ses agents congolais pour éliminer
Lumumba. Hedgman, le chef de station de la CIA à Kinshasa, câblait
alors : "Station a fermement poussé leaders congolais arrêter
Lumumba ; pense Lumumba continuera à être menace pour stabilité
Congo jusqu'à son élimination de la scène." (11)
Le 13 janvier, après la mutinerie qui faillit libérer Lumumba,
Hedgman envoie un autre message au directeur de la CIA : "La combinaison
des talents de Lumumba comme démagogue, sa capacité d'utilisation
de groupes de propagande assureraient presque certainement Lumumba d'une
victoire au parlement. Le refus de prendre des mesures radicales maintenant
conduira la politique des Etats-Unis au Congo à la défaite."
(12)
Nous avons ici la décision
finale de la CIA pour l'élimination de Lumumba. A ce moment, la CIA
est en relation permanente avec Mobutu, Kasavubu, Tshombé, Munongo,
Nendaka, Kazadi, Adoula et tous ceux qui sont mêlés à
la décision d'envoyer Lumumba à la boucherie de Lubumbashi.
Le 14 janvier déjà,
la Sûreté de Nendaka envoie un télégramme à
Lubumbashi: "Collège commissaires généraux se
permet insister afin obtenir accord pour transférer Lumumba dans
province du Katanga." Deux commissaires, Ferdinand Kazadi et Mukamba
Jonas, sont chargés d'accompagner le prisonnier dans l'avion.
L'assassinat du 17 janvier
1961
17 janvier à 16h45,
trois hommes noirs, les yeux bandés et les bras ligotés derrière
le dos, sortent du DC 4 qui vient d'atterrir à la Luano, Lubumbashi.
Il s'agit de Lumumba, Mpolo et Okito. Ils sont immédiatement encerclés
par des gendarmes katangais, encadrés par des officiers belges. Munongo
assiste à la scène. Lumumba et ses deux compagnons ont été
tués le même soir.
Les services de renseignement
occidentaux et leurs hommes de main sont immédiatement au courant
de la mort de Lumumba. Le 19 janvier déjà, des officiers congolais,
assistés par le conseiller militaire de Mobutu, le colonel belge
Marlière, arrivent à Lubumbashi pour discuter avec Tshombé
d'un accord de coopération militaire Kinshasa-Lubumbashi et d'un
commandement unique. Nendaka débarque quelques jours plus tard. Tous
les défenseurs de l'impérialisme comprennent que l'annonce
de la mort de Lumumba provoquera une révolution dans tout le pays.
Ils veulent du temps pour se préparer à l'affronter. Ils savent
que les Kasavubu, Mobutu et Bomboko à Kinshasa auront besoin de l'aide
militaire des Tshombé à Lubumbashi et des Kalonji à
Babwanga pour combattre le nouvel essor de la révolution populaire
nationaliste.
Ce n'est que le 13 février
que Munongo annonce à la presse internationale la mort de Lumumba
"tué par des villageois dans un petit village près de
Kolwesi." Dans le texte qu'il a lu, il y a cette phrase : "On
nous accusera de les avoir assassinés. Je réponds: Prouvez-le
!" (13)
" Nous suivrons
l'exemple de Lumumba ! "
Le lendemain, au Caire,
Pierre Mulele fait une déclaration au nom du gouvernement légal
: " Les patriotes congolais s'engagent aujourd'hui à suivre
l'exemple de Lumumba et à combattre jusqu'à ce que la libération
totale de leur pays soit réalisée sous la conduite du gouvernement
légal congolais. L'assassinat de Lumumba a été préparé
et exécuté par les colonialistes belges et leurs hommes de
main congolais. M. Hammarskjšld figure parmi les responsables de la mort
de l'ex-premier ministre congolais. Le secrétaire général
de l'ONU est l'instrument de la politique de l'administration américaine.
Le gouvernement de Kisangani va prendre les mesures nécessaires contre
les colonialistes belges et leurs alliés et contre tous ceux directement
ou indirectement responsables de la mort de Lumumba et de ses deux compagnons."
(14)
1) Heinz et Donnay,p.36;
2) ibidem,p.38; 3) Congo, 60, II, p.997-8 et 1042; 4) Heinz et Donnay,p.17;
5) Les Complots de la CIA,p.152; 6) von Horn,p.236; 7) AP, dans Heinz et
Donnay,p.64; 8) ibidem ,p.69; 9) Congo, 60, II, pp.1060-61; 10) ibidem,
p.1041; 11) Les complots,p.142; 12) ibidem, p.152-153; 13) Congo 1961,p.665;
14) Courrier Africain, 13 mars 1964, p.5.
Les paroles célèbres de Patrice Lumumba (IV)
------------------------------------------------------------------------
Depuis le premier jour
de l'indépendance, tous les " évolués " qui
s'étaient vendus au colonisateur, menaient des campagnes pour détruire
le gouvernement nationaliste. Souvent liés au milieux catholiques,
ils avaient le plein soutien de la bourgeoisie belge et de ses différentes
organisations. Ainsi, fin juillet 1960, le syndicat chrétien de Bolikango,
l'UTC, publie un communiqué se plaignant de ce que "le Congo
s'est engagé sur la voie de la misère." Le syndicat pro-colonialiste
rend Lumumba responsable des fermetures d'usines, des augmentations de prix,
de l'accroissement du chômage.
Gust Cool, le président
du syndicat chrétien belge qui patronne l'UTC, déclare le
15 août 1960 : "La liberté des personnes, la liberté
d'association, la liberté syndicale, sont menacées au Congo.
Le problème, tel qu'il se pose aujourd'hui, le 15 août 1960,
n'est plus une question de relations entre le Congo et la Belgique, mais
un combat entre la liberté et la dictature." (Aktiviteitenverslag
1960, in L'argent du PSC-CVP, Ludo Martens, EPO, Anvers, p.94)
Lumumba comprend parfaitement
que ces complots sont dirigés par la Belgique, qui utilise ses hommes
de main, les Malula, Ileo, Bolikango, Tsombé, Kalonji, Boboliko.
Le peuple doit se défendre
contre ses ennemis
Lumumba déclare
qu'un gouvernement patriotique doit avoir le courage de lutter contre les
ennemis du peuple, contre les ennemis de l'indépendance.
"C'est le peuple qui,
à travers son gouvernement central, va lutter contre la mauvaise
propagande, contre les ennemis de la liberté, contre les ennemis
de la patrie, contre les traîtres. On a distribué à
travers la cité de Léo des milliers de tracts séditieux
qui sont venus tout droit de Bruxelles. Ils ont été transportés
à bord des avions Sabena, dans des caisses portant la mention 'Journaux'.
Un de ces tracts dit: 'Congolais, Lumumba va vendre vos femmes à
la Russie'. Un autre tract, texte en Lingala : 'J'ai fait le pacte avec
le diable, tant pis pour les Congolais.' Les Belges ne peuvent plus distribuer
eux-mêmes leurs tracts aujourd'hui, et ce sont des Noirs qui détruisent
le Congo, pour avoir reçu 500 francs. Si c'est votre frère,
votre fils qui vend notre pays, qui collabore avec l'ennemi, c'est à
vous, au peuple, d'être juge, d'arrêter ce voyou, ce collaborateur,
ce traître." "Nous avons décidé de réglementer
la liberté de la presse. Personne ne peut affirmer que le Courrier
de l'Afrique est un journal appartenant à un Congolais. Qui parmi
vous ignore que le Courrier de l'Afrique est un organe du syndicat chrétien
de la Belgique? Qu'il est un organe de propagande contre notre peuple ?
Nous avons décidé de réglementer tous ces journaux
qui sont contre la Nation. Ce sont tous ces milieux catholiques qui mènent
leur propagande dans leurs journaux qui provoquent tous les malheurs que
nous connaissons. Devons-nous permettre cet état de choses? Alors
que l'on prend des mesures pour vous libérer, ils appellent cela
de la dictature!" (La pensée, pp.311-312)
Sur le mauvais usage
de la religion
"Des évêques
abandonnent leur mission d'évangélisation pour s'ingérer
dans les affaires de l'Etat. Les Missions abandonnent leur mission pour
mener une campagne d'obstruction à l'égard de l'Etat. Jour
après jour, nous nous voyons insultés à travers leur
presse. Ils ont porté gravement atteinte à la sûreté
de l'Etat, ils ont commis des infractions graves." (La pensée,
p.289)
"Ces anti-nationaux,
déjà à la solde des colonialistes, touchent l'argent
des colonialistes, et avec cet argent ils écrivent des saletés.
Aujourd'hui, des mouvements, soi-disant des mouvements familiaux catholiques,
vont jusqu'à attaquer le gouvernement au nom des ligues, des jocistes,
des groupements catholiques. Ils veulent détruire la nation congolaise,
nous n'allons plus tolérer cela. C'est la séparation de l'Eglise
et de l'Etat. Notre gouvernement ne va jamais s'ingérer dans les
affaires de l'Eglise." (La pensée, p.290)
"Le gouvernement ne
peut d'aucune façon tolérer qu'on s'immisce dans les affaires
de l'Etat Nous ne regardons rien d'autre que l'intérêt du peuple,
et non l'intérêt des milieux financiers ou de l'Eglise de ceci
ou cela Nous ne voulons pas qu'on fasse au Congo ce qu'on fait en Belgique,
la dictature de l'Eglise sur le gouvernement. Et c'est un gouvernement catholique,
ce sont ces milieux catholiques qui ont, de façon systématique,
durant 80 ans, retardé l'émancipation politique du Congo.
Ce sont ces gens qui disaient qu'il ne fallait pas introduire la politique
au Congo parce que "la politique leur permettra de voir clair."
Et ce sont ces mêmes milieux catholiques et religieux qui, même
récemment, pendant la campagne électorale, prêchaient
contre les nationalistes."(La pensée, p.290)
"Il fallait simplement
réciter le catéchisme colonial pour qu'on vous bénisse.
Le fait pour un Congolais d'avoir exprimé son idée : "C'est
un anti-Blanc, c'est une mauvaise religion" Interdiction ! C'est ça
qu'ils veulent faire aujourd'hui pour démontrer à travers
le monde que nous sommes des communistes." (La pensée, p.296)
"Nous allons procéder
à la décolonisation mentale parce qu'on endoctrine faussement
le peuple depuis 80 ans. Avec notre cerveau, avec nos mains, nous allons
développer le Congo." (La pensée, p.300)
A propos du communisme
et de l'impérialisme
"En Afrique, tout
ce qui est progressiste, tout ce qui tend au progrès est qualifié
de communiste, de destructeur. Il faut toujours faire des courbettes et
accepter tout ce que les colonialistes vous offrent. Nous sommes simplement
des hommes honnêtes et notre seul objectif a été: libérer
notre pays, construire une nation libre et indépendante." (La
pensée politique de Lumumba, p.272)
"On parle de communisme.
Savez-vous, mes chers amis, que certains jouent le jeu des impérialistes?
Pendant la campagne électorale, les missions catholiques avaient
imprimé des brochures qu'elles ont distribuées partout et
prêchaient même dans les églises de ne point voter Lumumba,
de ne point voter Kashamura. Est-ce que le peuple les a écoutées?"
(La pensée, p. 342)
"Les impérialistes
disent qu'ils sont contre le communisme, qu'ils sont contre l'Union soviétique
et quand nous leur demandons une aide, ils nous la refusent et préfèrent
la donner à Tshombé et à tous ceux qui réalisent
leurs manoeuvres Tous ces discours dans lesquels on me taxe de communiste,
où l'on prétend que j'aurais l'intention de faire du Congo
une Union soviétique, sont en réalité écrits
par les Belges et les Français." (La pensée, pp.344-345)
"L'Union soviétique
est un peuple comme toute autre nation. Les questions d'idéologie
ne nous intéressent pas. Notre politique de neutralisme positif nous
recommande de traiter avec toute nation qui a des intentions nobles et qui
ne viendrait pas chez nous dans le but d'instaurer une autre domination."
(La pensée, p.281)
"Quand nos frères
luttaient partout, étaient-ce des Russes qui nous instiguaient à
réclamer l'indépendance? Qui nous a exploités durant
80 ans, n'est-ce pas les impérialistes? Ils considèrent le
Congo, avec ses richesses, comme leur réserve nationale." (La
pensée, p.366)
"En Afrique, tous
ceux qui sont progressistes, tous ceux qui sont pour le peuple et contre
les impérialistes, ce sont des communistes, ce sont des agents de
Moscou!!! Mais tout ce qui est en faveur des impérialistes, celui
qui va chercher chaque fois l'argent, le mettre en poche pour lui et sa
famille, c'est un homme exemplaire, les impérialistes le loueront,
le béniront. Voilà la vérité, mes amis."
(La pensée, p.367)