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Commémoration du 35ème anniversaire de la mort de Pierre Mulele

 

 

 

 

 

 

Le prix élevé de la guerre: l'isolement de Washington

Les campagnes militaires ont pour but de renforcer et d'élargir le pouvoir politique du pays belligérant. La guerre contre l'Irak a l'effet contraire: les Etats-Unis sont plus isolés que jamais.

Solidaire
16-04-2003
 
L'ambassadeur américain au Mexique, Antonio Garza, fait sa complainte devant le mur des lamentations: «Avant la guerre, environ la moitié de la population mexicaine avait une image positive des Etats-Unis. A présent, ils ne sont plus que 25%. Les résultats se feront sentir, car la population oblige le gouvernement mexicain à garder ses distances à l'égard des Etats-Unis.»1 La même constatation vaut pour la France, l'Allemagne, la Belgique...

Dans les pays où le gouvernement a ouvertement choisi le parti des Etats-Unis ú peu nombreux par rapport à la première guerre contre l'Irak en 1991 ú l'opinion publique fait reculer le gouvernement. En Pologne, le président Aleksander Kwasniewski et le Premier ministre Leszek Miller sont dans l'embarras suite au soutien qu'ils ont accordé à la guerre d'agression américaine. 78% des Polonais sont contre la guerre, «mais il y a des situations où un homme d'Etat doit aller à l'encontre de la majorité de la population», a déclaré Kwasniewski.2 Cette interprétation singulière des règles de la démocratie a suscité tant de colère que le Premier ministre Miller est contraint d'organiser des élections anticipées.

«Monsieur Aznar est un terroriste»3, remarque Javier Madrazo de Gauches Unies en parlant du Premier ministre espagnol. Le dirigeant socialiste espagnol Pascual Maragall a assimilé Aznar au propagandiste nazi Hermann Goering. Avant la guerre et pendant la première semaine des hostilités, Aznar était présent aux sommets de Bush et Blair. Les deux dernières semaines, il est resté à l'arrière-plan, préférant s'enfouir la tête dans sable.

«Comment voulez-vous que nous recrutions des membres pour le parti travailliste, alors que notre gouvernement bombarde l'Irak?»4 Ces propos désabusés proviennent de Steve Morphew, chef de fraction travailliste au conseil municipal de Norwich en Grande-Bretagne. Le parti du Premier ministre Blair a perdu la moitié de ses membres. Le Labour est confronté à la plus grande révolte parlementaire de l'histoire britannique. 140 parlementaires travaillistes ont voté contre la politique de guerre de leur propre parti. Sept membres du gouvernement ont démissionné. La résistance populaire est si grande que Blair se voit aujourd'hui contraint de se distancier des plans de guerre contre la Syrie et d'insister pour que l'Onu joue un rôle «important» dans la reconstruction de l'Irak.

L'Allemagne, la Russie, la France, mises
à l'écart


Partout dans le monde, les populations haïssent l'impérialisme américain. Même l'Afrique du Sud, partenaire fidèle des Etats-Unis, a dénoncé la guerre contre l'Irak comme un crime. Mais Washington est prise au piège par son propre succès militaire. «C'est une des campagnes militaires les plus glorieuses», déclare le vice-président Dick Cheney.5 Le ministre de la Défense Rumsfeld apparaît aux conférences de presses avec l'allure d'un boxeur invincible. Mais l'ancien conseiller national en matière de sécurité Zbigniew Brzezinski exhorte à plus de retenue: «Le danger existe que certains veuillent répéter la leçon irakienne en Syrie, au Liban ou en Iran».6 Brzezinski affirme que le fossé qui s'est creusé entre les Etats-Unis et de nombreux alliés risque de s'approfondir si les Américains persistent à poursuivre leurs plans belliqueux.

Mais les contradictions s'intensifieront nécessairement, même si Bush ne déclare pas immédiatement la guerre à la Syrie ou à la Corée du Nord. Après avoir envahi la Belgique en 1940, les nazis ont installé une administration militaire et civile. Les Américains vont faire la même chose en Irak. L'administration militaire sera dirigée par le général Tommy Franks, l'administration civile par l'ancien général Jay Garner et l'ancien chef de la CIA James Woolsey. Franks, Garner et Woolsey disposeront d'une force d'occupation de 210.000 hommes.7 Ils traiteront l'Irak comme un protectorat américain. L'administration civile commencera par la privatisation du secteur pétrolier irakien, qui sera dirigé par l'ancien patron de Shell, Philip Carroll.8 Ce dernier a de quoi regarder le butin les yeux exorbités: 10% des réserves pétrolières mondiales l'attendent. La Russie, la France et l'Allemagne sont acculés au rôle de spectateurs impuissants.
Ce trio sera écarté de toute participation à la reconstruction lucrative de l'Irak. La Chambre américaine des représentants a approuvé une loi sur le financement de la guerre excluant ces trois pays des contrats en Irak.9 Chapeautés par l'Onu, les trois pays pourront bien coorganiser l'aide humanitaire. La Russie, la France et dans une moindre mesure l'Allemagne détenaient des contrats profitables avec l'Irak avant la guerre. Ils tombent aujourd'hui à l'eau. Les grincements de dents de Moscou, de Paris et de Berlin résonnent jusqu'à Washington.

Les Etats-Unis ne sont pas invincibles

Dans le monde arabe, la haine contre les Etats-Unis est quasi palpable. La chute de Bagdad et de Bassora a provoqué une énorme déception, mais également une énorme colère. Lors de la prise de l'aéroport de Bagdad par les forces américaines, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues dans les villes jordaniennes Aman, Irbid, Aqaba.
Les manifestations ont duré tout le week-end. La colère des manifestants s'adressait aux Américains et au roi jordanien Abdallah. «Vous avez vendu Bagdad pour un dollar», scandait la masse. Au même moment, Israël a entamé pour la première fois depuis 1967 la construction d'une colonie juive dans la zone palestinienne de Jérusalem.10 Chaque Arabe sait qu'Israël ne peut prendre une telle initiative sans couverture américaine.
En même temps, la nouvelle a été annoncée que des combattants afghans ont attaqué simultanément cinq bases américaines en lançant des tirs de mortier. L'un des principaux alliés du Premier ministre-collaborateur Karzai, Haji Gilani, a été abattu. Ahmed Karzai, frère du Premier ministre, déclare que la résistance se renforce de jour en jour.11 La superpuissance américaine n'est-elle donc pas invincible? L'Irak a résisté durant 13 ans à la guerre-embargo-guerre et continue à se battre. Si Goliath n'est effectivement pas invincible, pourquoi ne pas redoubler, nous aussi, notre résistance?

1. Junge Welt, 11/3/03 · 2. June Welt, 8/4/03 · 3. The Guardian, 7/4/03 · 4. The Economist, 5/4/03 · 5. Doug Simpson, Cheney dismisses war critics, Associated Press, 9 avril 2003 · 6. Der Spiegel, 15/03, p. 40 · 7. The Los Angeles Times, 10/4/03 · 8. The New York Times, 2/4/03 · 9. Russia Journal, Official: Nato ignores Russia's interests, 10/4/03 · 10. The Guardian, 7/4/03 · 11. Kathy Gannon, Taliban reviving structure in Afghanistan, Associated Press, 7/4/03.