mardi, 1 août 2006, 14h23

Une rupture nette: un document révélateur • Liban, une agression planifiée depuis 1996

Le 11 septembre 2001 était encore loin et aucun soldat israélien n'avait été enlevé. Pourtant tout se trouve déjà dans un document de 1996: l'attaque du Liban, les menaces contre la Syrie et l'Iran, le renversement de Saddam Hussein ...

Solidaire, Herwig Lerouge, 02-08-2006

Beyrouth, le lendemain des bombardement israéliens du 27 juillet. Malgré les destructions, il faut que la vie continue dans ces quartiers civils. (Photo Belga)


Les auteurs du rapport intitulé «Une rupture nette. Une nouvelle stratégie pour assurer l'avenir du royaume (d'Israël)»1 ne sont pas des auteurs de romans de politique fiction.

A l'époque, ils étaient membres d'un institut de réflexion politique américano-israélien classé à l'extrême droite : le «Institute for Advanced Strategic and Political Studies». Les auteurs principaux ont été ou sont aujourd'hui des personnages haut placés du gouvernement Bush. Les idées essentielles du rapport proviennent d'une discussion entre Richard Perle, ex-président du Conseil pour la politique de défense sous le premier mandat Bush et conseiller personnel de Donald Rumsfeld, ministre de la Défense; Douglas Feith, ex-sous-secrétaire à la Défense, numéro 3 du Pentagoneet John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies. A l'époque, le rapport devait servir à conseiller Benjamin Netannyahou, le premier ministre israélien.

Le droit à l'occupation

«Il faut cesser cette ambiguïté morale qui consiste à s'efforcer de créer un Etat juif d'un côté et à vouloir le détruire au nom de 'la terre pour la paix'. Notre droit à la terre, à laquelle nous aspirons depuis 2000 ans, est légitime et noble. (...) Les Arabes doivent reconnaître nos droits inconditionnellement, surtout notre droit d'occuper le territoire.»

D'après ces politiciens américains, Israël doit abandonner la politique consistant à céder des territoires, aussi minimes soient-ils, aux Palestiniens en échange de la paix. Pas question d'un Etat palestinien viable d'un seul bloc. Et les Etats arabes qui veulent vivre en paix avec Israël doivent accepter cette occupation.

«Il faut maintenir le droit d'Israël de poursuivre à chaud les Palestiniens dans tous les territoires palestiniens et élaborer des alternatives à l'emprise exclusive d'Arafat sur la société palestinienne»

Pas question non plus de reconnaître une autorité palestinienne souveraine sur son territoire. Puisque Yasser Arafat, l'ancien président de l'autorité palestinienne, représentait cette souveraineté, s'opposait à l'occupation israélienne et ne réprimait pas suffisamment la résistance, il fallait le remplacer.

Ces directives ont été mises en pratique: la séquestration d'Arafat à Ramallah, les bombardements contre les bâtiments de l'autorité palestinienne, la recherche de dirigeants palestiniens proaméricains pour remplacer Arafat.

Résultat de cette partie du plan: échec total. Le Hamas est au pouvoir en Palestine et l'opposition à Israël s'accroît.

Objectif: attaquer
le Hezbollah, la Syrie
et l'Iran

«La Syrie défie Israël sur le sol libanais. Pour reprendre l'initiative stratégique, Israël devrait attaquer le Hezbollah, la Syrie et l'Iran le long de sa frontière nord. Ce faisant, Israël pourrait compter sur toute la sympathie des Etats Unis. »

Aujourd'hui Israël attaque le Hezbollah et le Liban. La Syrie est également menacée. L'assassinat du premier ministre libanais Hariri en 2005 fut l'occasion pour les Etats-Unis d'accuser tout de suite la Syrie. Ensuite l'opposition libanaise pro américaine exigeait et obtenait le retrait syrien du Liban.

Mais aujourd'hui, face à l'agression israélienne, la grande majorité des forces politiques libanaises s'unissent et se tournent contre Israël.

Renverser
Saddam Hussein

«Les efforts doivent se concentrer sur l'éviction de Saddam Hussein en Irak. C'est là un objectif stratégique important, aussi pour Israël, dans le cadre de la lutte contre la Syrie. ()»

L'objectif à terme est la création d'un nouveau Moyen-Orient composé de régimes pro américains, affaiblis et obligés de plier devant les exigences israéliennes. Si pour cela il faut redessiner la carte du Moyen-Orient, allons-y.

L'objectif immédiat est le renversement de Saddam Hussein. C'est «aussi» un objectif pour Israël dit le rapport. Voila qui exprime bien l'alliance d'intérêts mutuels entre le gouvernement américain et israélien.

Le plan a été suivi. Le renversement de Saddam Hussein est un fait. Mais ce sont les Américains qui ont dû s'y mettre. La majorité des irakiens, qu'ils soient chiites ou sunnites, combattent aujourd'hui les occupants américains. La sympathie pour la résistance du Hezbollah contre Israël n'a jamais été aussi grande au Liban et dans le monde arabe, chez les chiites, mais aussi chez les sunnites et les chrétiens.

Manifestement, la guerre contre la terreur déclenchée le 11 septembre 2001 a fourni le bon prétexte pour poursuivre des objectifs fixés longtemps à l'avance et réalisés un à un. Depuis 2001, l'administration Bush a pondu d'autres documents pour préciser la stratégie américaine au Moyen-Orient: contrôler le pétrole et ses routes d'accès, attaquer les forces qui s'opposent à l'hégémonie US, soutenir Israël comme porte-avion des intérêts US tout en établissant des bases militaires dans toute la région.

Mais loin d'obtenir les résultats escomptés, les USA et Israël s'embourbent de plus en plus au Moyen-Orient. Car les peuples de la région s'opposent à leur politique, de l'Irak au Liban. Car ces peuples veulent pouvoir déterminer l'avenir de leur pays en toute indépendance.

1 The Institute for Advanced Strategic and Political Studies, A Clean Break, 1996, sur www.iasps.org/strat1.htm