mardi, 2 mai 2006, 9h54

Népal | Le roi fait marche arrière

Le roi Gyanendra ne cumulera plus les fonctions de chef d'État, de Premier ministre et de commandant en chef de l'armée. Mais cela donne-t-il pour autant le pouvoir au peuple?

Solidaire, 03-05-2006

À Udayapur, les gens descendent dans la rue pour fêter la victoire. (Photo International Nepal Solidarity Network)

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Depuis des années, les 25 millions de Népalais sont sous le joug d'une monarchie féodale. En 1996, le Parti communiste (maoïste) du Népal déclenchait une guérilla contre le régime. Dix ans plus tard, il contrôle entre 60 et 80% du territoire népalais.

Le roi Guyanendra a réagi avec une répression accrue, instaurant carrément une dictature militaire et renvoyant même le Parlement dans ses foyers, l'année dernière. Pendant tout ce temps, le monarque a bénéficié du soutien des États-Unis, de l'Union européenne et de la Belgique. Louis Michel livrait en outre 5500 fusils-mitrailleurs Minimi, extrêmement efficaces, afin de défendre cette «démocratie en devenir». Tu parles!

Voyant la répression s'accroître, les maoïstes ont annoncé un cessez-le-feu et entamé des pourparlers avec les sept principaux partis politiques siégeant au Parlement. À la fin de l'année dernière, il en résultait une alliance en un accord en douze points, dont le plus important: instaurer une «démocratie absolue» en constituant avec tous les partis un gouvernement qui décrétera alors des élections en vue de constituer une assemblée consultative. De la sorte, le peuple pourra se décider en faveur d'une constitution démocratique.

En mars, pendant que la pression sur la monarchie augmentait, la guérilla a organisé le blocus de la capitale Katmandou. Plus tard, le front des maoïstes et des sept partis s'est mis d'accord pour que la guérilla lève le blocus et que, dès le 6 avril, les partis entament une grève générale de quatre jours. Le reste, nous l'avons vu aux infos ces dernières semaines, la grève s'est poursuivie, la police a tiré à balles réelles et le roi a dû finalement faire en partie marche arrière. Il a d'abord tenté d'enjôler les sept partis en leur demandant de désigner un nouveau Premier ministre, mais, le 24 avril, il a dû promettre de réinstaller le Parlement et de démissionner en tant que Premier ministre, car il cumulait en fait les fonctions de chef d'État, de Premier ministre et de commandant en chef de l'armée.

Les maoïstes à propos du Parlement constituant

Les sept partis ont abondé dans le sens de la proposition «royale» mais les maoïstes se sont montrés plus prudents: n'est-ce pas une façon de briser la résistance populaire et d'encore sauver la monarchie? L'attitude de principe des maoïstes a obligé les sept partis à dire clairement qu'ils voulaient toujours une assemblée constituante, comme la chose avait été convenue dans l'accord en douze points. Après quoi les maoïstes ont annoncé un nouveau cessez-le-feu de trois mois, période pendant laquelle les sept partis doivent prouver qu'ils ont toujours l'intention de se conformer aux douze points. En même temps, les maoïstes invitent à maintenir entière «la pression de la rue». Ils demandent aussi que tous les prisonniers politiques maoïstes détenus au Népal et en Inde soient libérés et que leur parti soit radié de la liste des organisations «terroristes».

L'oncle Sam s'en mêle

Les États-Unis ont constaté sans plaisir l'influence croissante des maoïstes et ont tout mis en uvre pour l'endiguer. La semaine dernière, l'ambassadeur des États-Unis au Népal, James Moriarty, a fait clairement savoir ce que voulaient les États-Unis: «Le nouveau gouvernement doit tenter de faire en sorte que les maoïstes s'en tiennent à leur cessez-le-feu. Ils ne peuvent être repris dans le gouvernement intérimaire, sauf s'ils déposent les armes 1Ce qui contredit directement l'accord en douze points.

Moriarty a également parlé ouvertement de son ingérence dans la crise népalaise. Après la première proposition du roi pour la désignation d'un Premier ministre par les sept partis ­ accueillie par une vague de protestations populaires ­ «les maoïstes étaient tout près d'une victoire, tout près d'un renversement de la monarchie via une révolution violente», estimait Moriarty. Et d'ajouter, dans une interview accordée à CNN et dans laquelle il laissait entendre que le roi devrait s'enfuir s'il ne faisait pas des concessions: «l'affaire a contribué à certains progrès» ­ lisez: a poussé le roi au repentir, afin d'éviter que s'étende encore plus l'influence des maoïstes.

1 nepalnews.com, 27 avril.