mardi, 5 septembre 2006, 15h02


Cinq ans après le «11 septembre» • Comment les États-Unis ont perdu le contrôle de la planète

Le 11 septembre 2001, des avions de ligne s'encastraient dans les tours jumelles du WTC et dans le Pentagone. Immédiatement, Bush lançait sa «guerre contre le terrorisme». Bush a-t-il pu réaliser ses plans? Et le monde en est-il devenu plus sûr?

Solidaire, Peter Franssen et Pol De Vos
06-09-2006

Peter Franssen et Pol De Vos sont les auteurs de: Le 11 septembre. Pourquoi ont-ils laissé faire les pirates de l'air? Epo, Berchem, 2002. > Shop


Les plans étaient déjà prêts depuis 10 ans. En 1992, Le Times citait un rapport du Pentagone dans lequel on pouvait lire que les Etats-Unis «empêcheront chaque nation de devenir une force dominante». Par la suite, cette position a été régulièrement reprise. En 2000 le ministère de la Défense écrit: «les Etats-Unis doivent maintenir leur capacité de montrer leur pouvoir dans le monde entier. C'est nécessaire pour atteindre une domination totale.» Début 2001, dix jours avant d'être nommé ministre de la Défense, Donald Rumsfeld déclarait: «La question est de savoir si () une attaque contre notre pays et notre peuple () va être l'événement qui réveillera cette nation de son sommeil et incitera le gouvernement à l'action.»

Pas même un mois après le 11 septembre 2001, l'armée américaine envahissait l'Afghanistan. En mars 2003, c'était au tour de l'Irak. Bush maniait à l'époque un langage clair: il allait apprendre à vivre à tous les autres États voyous Dans un même temps, la CIA organisait un coup d'État contre le président Chavez au Venezuela et Bush soutenait à fond les plans d'Israël visant à arracher une paix unilatérale en Palestine occupée. Le gouvernement américain parlait d'une lutte contre le terrorisme dans 60 pays au moins et elle allait certainement durer 50 ans. Ces guerres de Bush devaient surtout servir à assurer l'hégémonie mondiale aux États-Unis. «La nécessité de la colonisation est aussi importante qu'elle ne l'était au 19e siècle. Ce qu'il faut, c'est une nouvelle sorte d'impérialisme qui apportera l'ordre et l'organisation», écrivait l'hebdomadaire britannique The Observer en avril 20021.

L'armée la plus moderne au monde piétine de Bagdad à Caracas

Où en sommes-nous aujourd'hui? L'armée américaine est de loin la plus grosse, la plus moderne et la mieux équipée de la planète. Pourtant, les États-Unis n'ont pu imposer à l'Irak un gouvernement fantoche susceptible d'assurer aux multinationales le libre accès à un pétrole bon marché. Aujourd'hui, l'écrasante majorité des Irakiens veulent que l'occupant américain s'en aille le plus vite possible. En Afghanistan aussi, les États-Unis et l'Otan conjointement parviennent à peine à contrôler la capitale Kaboul et une partie de Kandahar. Et, au Liban, la guerre israélo-américaine contre «les quelques terroristes du Hezbollah» s'est transformée en une vaste guerre de résistance populaire, non seulement de la part du Hezbollah, mais également des nationalistes et des communistes, soutenus par la totalité de la population. L'allié et le pilier des États-Unis, Israël, sort perdant de cette guerre au Liban. Les plans de guerre américains contre la Syrie et l'Iran se retrouvent de ce fait sous une lourde pression.

 

Fidel Castro déclarait en 2005: «Nos relations avec la Chine et le Venezuela mettent un terme à la crise qui est née dans notre pays après la désagrégation de l'Union soviétique en 1991.» (Photo Granma)

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Il y a cinq ans, de l'autre côté de l'Atlantique, Cuba était à peu près le seul pays à s'opposer ouvertement aux États-Unis. Aujourd'hui, on assiste avant tout à une étroite collaboration avec le Venezuela. Sur le plan économique et social, les deux pays connaissent un développement rapide, dans l'espoir de pouvoir assurer un bel avenir à leurs enfants. En Bolivie, Evo Morales suit leurs traces. Un vent progressiste souffle à travers l'Amérique latine.

La Chine change le monde

Après le 11 septembre, les États-Unis ont pu construire ou renforcer des bases militaires dans presque tous les pays d'Asie centrale et de l'ancienne Union soviétique. Cinq ans plus tard, on assiste à un renversement considérable. Le site Asia Times online écrit le 8 mai 2006: «En pas plus de douze mois, la Chine et la Russie ont réussi à redisposer les pièces de l'échiquier géopolitique de l'Eurasie, passant d'un avantage stratégique écrasant pour les États-Unis à son contraire. Les États-Unis sont de plus en plus isolés. Cela peut signifier la plus grande défaite stratégique du pouvoir américain depuis la Seconde Guerre mondiale.»

Comment tout cela a-t-il pu se produire? En juillet 2005 la Chine et la Russie décident de renforcer leur coopération avec les républiques centre-asiatiques La Chine et la Russie ont ainsi mis sur pied la Shanghai Cooperation Organization (SCO). Et, depuis 2006, le Pakistan, la Mongolie, l'Inde et ­ oui, oui ­ l'Iran en sont également devenus membres intérimaires, alors que les États-Unis l'avaient demandé, mais s'étaient vu opposer un refus. En mai 2005, la SCO exigeait que les États-Unis démontent leurs bases militaires en Asie centrale. Une demande des plus embarrassante car cette région est d'une importance stratégique pour le contrôle américain du sud de la Russie et du nord-ouest de la Chine de même que pour la réalisation de l'hégémonie américaine sur l'Asie.

La croissance de l'économie chinoise a un contrecoup positif sur la situation économique de tout le tiers monde. Un grand nombre de pays en tirent avantage. Ainsi, Fidel Castro déclarait en 2005: «Nos relations avec la Chine et le Venezuela mettent un terme à la crise qui a surgi dans notre pays après la désagrégation de l'Union soviétique en 1991.» Ce prestige économique et politique croissant de la Chine se traduit par des accords de collaboration en Asie, en Afrique et en Amérique latine, lesquels, petit à petit, isolent les États-Unis.

1 Robert Cooper, The Observer, 7 avril 2002. · (2) Thomas L. Friedman. «A Manifesto to the World» (un manifeste à l'adresse du monde), The New York Times, 28 mars 1999.

Un monde plus sûr?

«La dernière guerre de l'Amérique», écrivions-nous en 2002. «La globalisation a unifié le monde pour mieux pouvoir l'exploiter.Mais, en même temps, elle regroupe ensemble toutes les forces anti-impérialistes. Jamais encore dans l'histoire l'impérialisme américain n'avait eu plus d'ennemis qu'aujourd'hui. Chaque nouvelle guerre accroît la haine contre les fauteurs de guerre. Personne ne pourra apaiser la colère des gens1

Depuis 2001, les États-Unis ont vu s'effilocher leur hégémonie sur tous les continents. Cela peut nous inciter à l'optimisme. Mais, dans un même temps, la situation dans le monde n'a jamais été aussi risquée qu'aujourd'hui. Bush et consorts ont rendu ce monde beaucoup plus dangereux et ils ont bien l'intention de ne pas s'arrêter en chemin. Telle est la doctrine que l'on enseigne aujourd'hui dans les académies militaires américaines et qui s'appuie sur la préparation de «la prochaine guerre contre la Chine2».

Aujourd'hui, cette politique belliciste des Américains se heurte à des résistances partout dans le monde. Un front à l'échelle mondiale contre l'impérialisme est en devenir. Nombre de ces pays et mouvement cherchent mutuellement du soutien. Il en va de même pour le Sommet des pays non alignés qui débutera ce 11 septembre à La Havane. Le mouvement américain et international pour la paix doit se rallier à tous ceux qui, où que ce soit dans le monde, s'opposent à l'objectif des États-Unis, qui n'est autre que de continuer à diriger le monde tout seuls.

1 Peter Franssen et Pol De Vos. 11 september. Pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l'air. Epo, Berchem, 2002. pp169-170. · 2 Robert Kaplan. Aux frontières de l'empire américain. Spectrum, 2005.