mardi, 9 mai 2006, 13h00

Bolivie : «Fini le pillage»

C'est ce qu'a dit le président Evo Morales en annonçant le 1er mai la nationalisation du pétrole et du gaz. «Enfin un gouvernement dont nous pouvons être fiers», estime le comité de solidarité ComSolBol en Belgique.

Solidaire, 10-05-2006

Des indiens Aymara à la manifestation du 1er Mai à La Paz, capitale de la Bolivie. Ce jour-là, le président Morales a annoncé la nationalisation du gaz et du pétrole «parce que le peuple le veut». (Photo Belga/AFP, Aizar Raldes)


«La majorité de la population est très satisfaite de cette mesure», explique Marcelo Estrada, membre du ComSolBol. «Les gens voient un gouvernement qui tient ses promesses, qui rend à la nation sa souveraineté et qui renforce le secteur national fortement affaibli par des années de néolibéralisme. Evo Morales et son équipe sont tout à fait différents de tous les politiciens que nous avons connus auparavant, qui ont vendu leur patrie pour se remplir les poches».

Avec la nationalisation, Morales a concrétisé une promesse électorale. La Bolivie possède, après le Venezuela, les plus grandes réserves de gaz en Amérique latine. Dans les années 90, on a privatisé l'exploitation pétrolière et gazière. Mais, ces dernières années, le peuple a radicalement protesté contre la vente des minéraux boliviens. Car «la population vivait sur le gaz, mais n'en profitait pas»: moins de un pour cent des boliviens sont raccordés au gaz.

Les sociétés Petrobras (Brésil), Repsol YPF (hispano-argentine), British Gas et British Petroleum (Grande-Bretagne), Total (France) et ExxonMobil (USA) sont toutes actives en Bolivie. Petrobras et Repsol seraient disposées à négocier un nouveau contrat respectant le décret de nationalisation de Morales. Le Brésil et l'Argentine pourront toujours compter sur le gaz bolivien. Morales a d'ailleurs invité les présidents Lula (Brésil), Kirschner (Argentine) et Chávez (Venezuela) à venir en discuter.

La Commission européenne
contre la nationalisation

Barroso, le président de la Commission européenne, a fait savoir qu'il est préoccupé par la mesure bolivienne et a reproché à Morales de ne pas l'avoir consulté au préalable. Le ministre espagnol de l'Industrie, José Montilla, a déclaré sur un ton menaçant que «Ce genre de mesure n'est pas de nature à stimuler l'investissement dans ce pays1». Quant au gouvernement espagnol, il a convoqué le chargé d'affaires bolivien à Madrid. «Javier Solana (responsable des affaires étrangères et de la sécurité de l'Union européenne, ndlr) s'est lui aussi exprimé de façon arrogante sur la Bolivie», explique Estrada. «Paternalisme et manque de respect. Une ingérence, comme si la Bolivie était toujours une colonie.»

Le contrôle de ses propres minéraux est pourtant, selon le droit international, plus que logique et légitime. Pour éviter tout malentendu, Morales a même repris dans son fameux décret des articles des traités des Nations Unies qui reconnaissent le droit souverain des pays à disposer de leurs richesses naturelles.

Augmenter de 13,6%
le salaire minimum

Evo Morales a aussi annoncé le 1er mai des mesures au profit des travailleurs: une augmentation de 13,63% du salaire minimum et la suppression du système des contrats flexibles. Ce système, instauré en 1985, a libéralisé le marché de l'emploi, ce qui a fait perdre leur job à des milliers de mineurs et de travailleurs du textile.

Le 28 avril, la Bolivie a adhéré à l'ALBA (Alternative Bolivarienne pour l'Amérique latine). Il s'agit d'un projet d'intégration sociale et économique, mis sur pied par le Venezuela et Cuba pour faire contrepoids à l'ALCA, la zone de libre échange américaine que les Etats-Unis tentent en vain d'imposer. Pour contrer ces accords de libre échange inégaux et injustes, ces trois pays proposent des accords commerciaux populaires, garantissant un commerce équitable et une aide réciproque. Cuba envoie des médecins et des enseignants en Bolivie et le Venezuela du pétrole et une aide financière pour des projets sociaux.

1 De Standaard, 3 mai

La volonté du peuple est devenue loi

«Attendu que le peuple, grâce aux campagnes de lutte et au prix du sang, a obtenu le droit de restituer à l'Etat la possession des richesses pétrolières du pays et de les exploiter au profit de celui-ci,

Attendu que le peuple dans le referendum obligatoire du 18 juillet 2004 a décidé à une écrasante majorité que l'Etat serait à nouveau propriétaire de tout le pétrole et de tout le gaz produit dans le pays,

(...) les richesses pétrolières et gazières du pays seront nationalisées et l'Etat en récupérera la propriété, la possession et le contrôle total et absolu.» Extrait du décret n° 28.071 que le président bolivien a lu le 1er mai dernier près des champs pétroliers et gaziers de San Alberto, dans le sud de la Bolivie.