mardi, 16 mai 2006, 11h34

L'Iran joue-t-il avec le feu?
Le Conseil de sécurité est partagé à propos du programme nucléaire iranien

La tension entre les USA et l'Iran ne cesse de croître. Bush veut que le Conseil de sécurité de l'ONU impose des sanctions si l'Iran ne renonce pas immédiatement à son programme nucléaire. L'Iran refuse-t-il tout compromis?

Solidaire, 17-05-2006

Deux femmes montrent leur travail dans une école des arts de Téhéran, la capitale iranienne. Bush veut que le Conseil de sécurité de l'ONU inflige des sancions si l'Iran ne renonce pas immédiatement à son programme nucléaire. (Photo Xinhua ,An Zhiping)

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Mardi dernier, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont conclu la discussion à propos d'une résolution de l'ONU en reportant de quinze jours un éventuel ultimatum à Téhéran. La Chine et la Russie ont bloqué une proposition franco-anglo-américaine. Selon cette proposition, on pourrait imposer des sanctions à l'Iran du fait que ce pays met en danger la paix et la sécurité sur le plan international. La Chine et la Russie ne sont pas d'accord.

Ils appuient leur opposition sur le point de vue du responsable de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), El Baradei. Celui-ci dit clairement que l'Iran ne constitue «aucun danger immédiat» pour la sécurité internationale, parce que, jusqu'à ce jour, on n'a pas encore trouvé de preuves flagrantes de ce que l'Iran travaillerait à une bombe atomique.

Quoi que l'on puisse penser du régime iranien, il a toujours prétendu ne vouloir utiliser de l'uranium qu'à des fins pacifiques. Les autorités spirituelles du pays seraient elles aussi radicalement opposées au développement d'armes nucléaires. Des experts internationaux sont d'accord pour dire qu'avec son actuelle capacité technologique, l'Iran devrait encore attendre entre 5 et 19 ans avant d'être à même de produire une bombe A. En outre, une telle évolution ne pourrait demeurée cachée.

C'est pourquoi El Baradei estime que les sanctions ne sont pas une bonne idée, car il entend pouvoir continuer à contrôler l'Iran. En mettant la pression et faisant peser la menace de mesures de représailles, El Baradei craint que le Conseil de sécurité de l'ONU ne mette hors-jeu l'AIEA et rende ainsi tout contrôle impossible.

Le super-conseiller américain: «C'est un non-sens politique»

Ce sont surtout les USA qui insistent avec impatience pour qu'on prenne des sanctions. Faisant allusion à une lettre que l'Iran lui a adressée en lui demandant des négociations directes, le président Bush a répondu: «La lettre du président iranien n'apporte aucune réponse à la question la plus importante, à savoir quand ils vont arrêter leur programme nucléaire.»

Pourtant, aux USA aussi, les pressions croissent en faveur de négociations avec l'Iran. Dans The Times du 26 avril, le géo-stratège et ancien conseiller du gouvernement américain Zbigniew Brzezinski écrit que les négociations seraient la seule solution. Il voit quatre raisons très importantes de ne pas lancer d'«attaques préventives»: 1) vu qu'il n'y a pas de menace directe, une attaque serait un acte de guerre unilatéral, en contradiction avec la constitution des USA et le droit international; 2) la réaction iranienne exacerberait encore les difficultés que rencontrent déjà les USA en Afghanistan et en Irak et déboucherait sur une décennie de violences anti-américaines dans la région; 3) les prix pétroliers pourraient accuser des hausses dramatiques et les USA se feraient encore montrer du doigt à ce propos et, 4) les USA deviendraient plus que jamais la cible d'attentats terroristes.

Si certains prétendent que, par son attitude, l'Iran «joue avec le feu», Brzezinsky prétend de son côté que la position des USA «est un acte d'absurdité politique qui aboutira à des conflagrations croissantes dans la politique mondiale. De ce fait, l'Amérique serait confrontée à une hostilité de plus en plus répandue et l'ère de l'hégémonie américaine sur le monde pourrait connaître une fin anticipée.»

L'actuelle menace de guerre provoque déjà une grave hausse des prix pétroliers. C'est très mauvais signe pour l'avenir immédiat. Si la situation connaît une escalade, et ce sera le cas à coup sûr si elle dégénère vers un conflit armé, les possibilités d'une grave crise pétrolière avec conséquences économiques dramatiques sont réelles. Chez nous aussi, les prix du combustible et du carburant vont continuer à grimper et, de ce fait, de plus en plus de familles seront plongées dans la pauvreté.

L'Iran, un copier-coller de l'Irak?

Vous vous rappelez comment la guerre contre l'Irak a débuté? Après une campagne de plusieurs mois autour des prétendues armes de destruction massive (AMD), il avait été «constaté» que l'Irak ne voulait pas collaborer.

Les USA accusaient le gouvernement irakien d'avoir dissimulé leurs AMD Même lorsque l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) eut constaté qu'il n'existait aucune preuve en ce sens. La CIA avait alors fabriqué de toutes pièces ces prétendues preuves.

Ces supposées ADM n'étaient bien sûr pas la vraie raison de la guerre, mais bien le contrôle du pétrole et l'hégémonie sur la région. Aujourd'hui, l'Iran n'est pas accusé de détenir des AMD, mais de l'intention possible d'en fabriquer

Comme durant le préambule à la guerre contre l'Irak en 2003, aucune concession de la part de l'Iran ne suffirait aujourd'hui à contenter les USA. Le battage autour du programme nucléaire n'est pas le véritable enjeu des menaces. Les préparatifs de guerre des Etats-Unis ont pour but de contrôler fermement le Moyen-Orient, qui dispose des deux tiers des réserves pétrolières et d'un tiers des réserves gazières mondiales. A travers un «changement de régime» en Iran, les Etats-Unis visent à installer un régime qui leur soit soumis.

Alors qu'en 2003, plusieurs pays européens s'étaient exprimés contre la guerre en Irak, cette contradiction avec les USA est en grande partie absente aujourd'hui. La France et la Grande-Bretagne veulent aussi des sanctions.

Les préparatifs de guerre doivent cesser. Pas de sanctions. La seule résolution acceptable du Conseil de sécurité de l'ONU serait une résolution réclamant une solution du conflit négociée dans le cadre du droit international et du respect de la souveraineté de l'Iran. La Belgique et l'Europe ne peuvent en aucune façon se faire les complices de la politique belliciste américaine, mais doivent tendre vers une politique active de paix.

Les récentes expériences en Irak ont prouvé qu'une démocratisation de la société iranienne ne sera en aucun cas servie par une menace de guerre, une agression ou un travail de sape venant de l'étranger.

Un Moyen-Orient sans armes nucléaires, donc pas en Israël non plus, constituerait un pas important dans la direction d'un monde sans armes nucléaires. En même temps, on doit dégager une solution juste pour la Palestine. Le Moyen-Orient ne connaîtra en effet pas la paix tant que se poursuivra l'occupation criminelle de la Palestine par Israël.