Page de Pierre Mulele(8/13)

La formation dans le maquis

D'abord il y avait l'entraînement physique et militaire. Ensuite, il y avait des leçons politiques, dont le premier objectif était de susciter parmi les masses la haine et le mépris du régime existant et l'amour du peuple. Un commissaire politique raconte: "Il suffit de vivre parmi les masses, de voir ce qui les tracasse, d'écouter leurs plaintes, pour trouver les thèmes et le matériel d'une leçon politique. Une fois qu'on a suscité la haine des injustices, on se met ensemble pour trouver les moyens de changer cette situation."
Mulele et Bengila expliquaient les principes de la guérilla, de l'organisation et du renseignement. La solidarité entre combattants est la pierre d'angle du mouvement: les partisans partagent leurs joies et leurs peines; les dirigeants doivent vivre de la même façon que les maquisards et donner l'exemple en tout. Les partisans doivent être dans le peuple comme le poisson dans l'eau: l'organisation puise toute sa force dans les masses populaires. Elles constituent la principale source de renseignements. Le partisan doit toujours privilégier l'action politique en expliquant les méfaits et les crimes des réactionnaires. La lutte armée en sera grandement facilitée, parce que les masses, conscientes de leur rôle, rapporteront aux partisans tous les événements dont elles sont les témoins. Le combattant tentera de nouer des relations avec le plus grand nombre possible de villageois.

"Ils sont comme des moustiques qui nous sucent tout notre sang"
Une leçon politique de Pierre Mulele sur les classes sociales
Mulele enseignait que celui qui veut faire une politique pour les masses populaires, doit d'abord analyser les classes sociales qui existent dans la société.
Il faut toujours étudier qui possède les moyens de production et de circulation (la terre, les usines, les machines, les camions) et qui contrôle l'Etat. Les classes exploiteuses possèdent les moyens de production et possèdent l'Etat; c'est pour cette raison qu'elles peuvent exploiter les ouvriers, les paysans, les petits commerçants et les petits fonctionnaires. Pascal Mundelengolo se distinguait par sa faculté d'exposer les leçons politiques sous forme de dialogue, compréhensible pour les villageois. Voici comment il expliquait les idées de Mulele.

"Il y a maintenant chez nous trois classes de vie"
La première classe, c'est nous qui produisons, les coupeurs de fruits de palme.
Qu'est-ce que nous recevons pour nos fruits? Est-ce que nous pouvons encore acheter les pagnes pour les femmes avec notre salaire? Non, nous ne pouvons plus acheter de wax.
Quand nous vieillirons, est-ce que nous aurons une pension? Non, nous n'y avons pas droit.
La deuxième classe, ce sont les Blancs qui achètent nos fruits. Est-ce que nous savions ce que les Blancs pourraient faire avec nos produits? Personne parmi nous ne le savait. Avec nos fruits, le Blanc fabrique de l'huile de palme, du savon, des bougies, du beurre. Les coques, il les vend comme bois de chauffage. Il mélange les déchets avec le maïs pour obtenir du fourrage pour la volaille.
Tout cela, est-ce que nous le savions? Nous ne connaissions pas la vraie valeur de nos fruits de palme. C'est nous qui faisons le travail dangereux, mais nous ne recevons presque rien. Le Blanc vole nos richesses. Les impérialistes sont comme les moustiques. Vous avez travaillé et peiné toute la journée. Avec votre argent, vous mangez pour vous procurer du sang qui est nécessaire pour vivre. Alors, les moustiques viennent et ils sucent votre sang, et ils ne laissent plus une seule goutte dans votre corps. Ils deviennent très gras. Mais, dites-moi, est-ce que c'est eux qui ont travaillé?
Les richesses sont produites par nous, mais nous n'en profitons pas. Est-ce que vous êtes contents de cette situation? Non, on n'est pas contents. Les Blancs viennent et eux ils fixent les prix.
Mais pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas fixer les prix? Ah oui, quand est-ce qu'on aura ce pouvoir-là? Oui, voilà ce qu'on cherche. Nous ne voulons plus travailler comme avant.
Alors, nous faisons la connaissance d'une troisième classe. Il y a des personnes qui se mettent du côté du Blanc et qui nous disent: vous n'avez pas le droit de faire grève. Nous revendiquons une juste cause, mais eux, ils nous mettent en prison. Entre le Blanc et nous, se trouve le réactionnaire noir.
Dans un régime normal, le gouvernement doit prendre les mesures pour satisfaire les besoins du peuple. Mais nos chefs ne savent que donner des amendes, lever des impôts, arrêter et torturer. Les Blancs les paient pour ça. Le Blanc corrompt nos frères qui sont réactionnaires pour nous causer du tort. Le militaire qui a tué toute sa vie aura sa pension et retournera au village. Est-ce qu'il va continuer à exterminer ses propres parents? Non, le militaire doit aussi apprendre pourquoi ses parents luttent. Quand il aura compris, il rejoindra notre combat."

Le capitalisme ne vivra pas éternellement

Une leçon politique donnée par Théodore Bengila
"L'impérialisme est venu au Congo, mais il faut savoir que chez lui, il s'appelle d'abord le capitalisme. En Belgique aussi, il y a un petit nombre de personnes qui ont le pouvoir et qui commandent le gouvernement et l'armée. Ce petit nombre possède les usines du pays, les machines et les outils avec lesquels le travail peut s'effectuer. Là-bas en Belgique, la terre manque, tu ne peux pas aller labourer les champs pour avoir quelque chose à manger. Donc, si un patron ne te donne pas du travail, tu peux même mourir. Le travailleur est ainsi obligé de se vendre pour une faible somme d'argent, mais le patron l'oblige à bosser durement. De cette façon, tous les patrons ont gagné beaucoup d'argent. Tant d'argent qu'ils ne savent plus quoi en faire en Belgique ou en Europe. Ca, c'était à la fin du siècle passé. Alors, cet argent des capitalistes est venu ici au Congo et l'impérialisme a pris naissance. Ces capitalistes ont pensé qu'au Congo, il y a encore beaucoup de richesses, des palmeraies, du cuivre, du diamant. Ils viennent nous prendre par la force pour que nous coupions des noix de palme, pour que nous creusions la terre pour en sortir le cuivre. Ils nous accordent un salaire de rien du tout et ils transportent toutes nos richesses chez eux. Ainsi, ils gagnent encore plus d'argent. Puis, avec les matières premières qu'ils ont volées chez nous, ils fabriquent du savon et d'autres produits qu'ils réexportent au Congo. Avec notre petit salaire, nous sommes obligés d'acheter ces produits et les capitalistes en profitent une fois de plus. Bref, l'impérialisme, c'est un voleur qui dévalise deux peuples, les travailleurs belges et le peuple congolais.
Mais le capitalisme ne va pas vivre éternellement. Tout a un début et une fin. Maintenant que le capitalisme exploite toute la planète, c'est le monde entier qui est entré en lutte contre lui. Dans le capitalisme, il y a le petit nombre qui possède tout et qui décide de tout. Il y a des classes, des riches et des pauvres, des oppresseurs et des opprimés. Sur la terre entière, les gens qui travaillent durement vont chasser le capitalisme et le remplacer par le socialisme. Dans le socialisme, il n'y a pas de classes, tous les gens ont les mêmes chances, peuvent faire des études et devenir dirigeants. Les usines ne sont plus pour la petite minorité mais pour le peuple. Les richesses produites servent à nourrir, vêtir et éduquer tout le monde pour qu'il n'y ait plus de maîtres et d'esclaves, plus de riches et de mendiants."
(Abo, Pages 111-112)
Pas de révolution sans les femmes
Une leçon de Mulele sur le rôle des femmes
« Les femmes mettent les enfants au monde; pourquoi doivent-elles laisser la lutte aux seuls enfants et rester derrière eux? Elles souffrent avec les enfants, elles doivent lutter avec les enfants, mourir ensemble ou connaître le bonheur ensemble. Les femmes connaissent beaucoup de choses Elles ont l'habitude de bien réfléchir, elles peuvent nous donner conseil. Si les hommes agissent seuls, ils feront des bêtises. La mère de Marc Katshunga, à l'indépendance, était déjà très vieille, mais elle écoutait chaque jour les nouvelles à la radio. La femme doit s'intéresser au sort du pays. Sinon, elle ne comprendra pas pourquoi son enfant lutte, elle dira qu'il est bandit.
Les femmes sont toujours avec les enfants, elles les éduquent Si la femme ne connaît pas les misères du pays et ne sait pas comment lutter, les enfants ne l'apprendront pas non plus. Il y a des pays ou les femmes ont lutté à côté des hommes. Angela Davis est une Noire américaine qui a beaucoup lutté. Valentina Terescova a été la première femme astronaute.
En Chine, j'ai vu des femmes travailler comme ingénieur, directeur d'entreprise, pilote d'avion, j'en ai vu commander dans l'armée, conduire des chars. Avant la révolution, la femme chinoise ne pouvait pas sortir de sa maison. Dès l'enfance, on lui bandait les pieds pour qu'ils restent petits, atrophiés. Sur ses pieds déformés, la femme ne pouvait pas s'enfuir. C'est le président Mao qui a combattu tout cela. »
(Abo, Page 83-8)