Page de Pierre Mulele(2/13)

Mulele : jeunesse et fondation du Parti Solidaire Africain
Pierre Mulele naquit le 11 juillet 1929 à Isulu-Matende, un petit village situé dans le secteur de Lukamba sur le territoire Gungu. Son père, Benoît Mulele, avait fait des études d'infirmier. Il était l'un des premiers intellectuels de la région. Sa mère s'appelait Agnes Luam. Le jeune Pierre bénéficia de bonnes conditions d'éducation: son père lui avait appris l'alphabet avant qu'il n'aille à l'école. Benoît Mulele était très aimé par la population de la région d'Idiofa. Il prenait à coeur le sort des malades les plus démunis. C'est dans cet esprit qu'il éleva ses enfants. A l'école, le jeune Mulele était connu pour son dégoût de l'injustice. Désigné comme surveillant du dortoir des plus jeunes élèves à l'école moyenne de Leverville, il refusa de dénoncer un seul élève.
En janvier 1951, Mulele, jugé "rebelle" et anticolonialiste, fut renvoyé de l'Ecole d'Agriculture. Le Directeur l'envoya à l'armée, où il obtint après six mois le grade de caporal.
Très jeune, Mulele était déjà un organisateur. Il comprit très tôt que les opprimés doivent s'organiser pour devenir une force. En '52, il demanda à son ami Fernand Nima de regrouper les anciens élèves de la mission de Leverville qui résidaient à Léopoldville. Nima fonda l'Unamil, l'Union des anciens élèves de la mission Leverville. Après sa démobilisation Mulele arriva début '53 à Léopoldville. Il y fut engagé par la Direction générale des bâtiments civils comme commis de deuxième classe. Dès son arrivée, Mulele organise au sein de l'Unamil des causeries contre le colonialisme. Il fut aussi actif dans l'Apic, l'Association du personnel indigène de la colonie. Dès 1953, il se lance dans une campagne visant à obtenir l'égalité des droits entre les fonctionnaires blancs et noirs. Cette campagne pour "le statut unique" impulse la prise de conscience nationaliste de nombreux 'évolués'.

Le jeune Mulele devient un combattant anti-colonialiste
Jusqu'en 1957, la littérature progressiste internationale n'arrive presque pas au Congo belge. C'est la radio qui tient le jeune Mulele au courant des grands bouleversements dans le monde.
Le 26 juillet 1956, le président égyptien Nasser nationalise le canal de Suez. Devant les menaces de l'ex-colonisateur, il déclare: "Je n'ai pas peur des petits soldats parfumés de l'empire britannique." Ce qui suscite l'admiration de Mulele. En 1956 toujours, la guerre de libération nationale en Algérie bat son plein. Jour après jour, Mulele suit les événements à la radio.
En 1957, la revue Présence Africaine commence à circuler dans les milieux congolais. Mulele y trouve des idées qui seront les siennes toute sa vie. Le numéro de février-mars 1957 cite N'Krumah:
"A partir de ce moment, le nationalisme panafricain et une conscience d'émancipation africaine doivent se répandre à travers tout le continent dans ses moindres parties."
L'année suivante, en août 1958, plusieurs centaines 'd'évolués' congolais sont invités à l'Exposition universelle de Bruxelles. Ils y découvrent la planète entière et la littérature révolutionnaire internationale. Ce sont eux qui ramènent les premiers livres marxistes au Congo. Ainsi, Mulele et ses amis découvrent les livres de Lénine, consacrés à la question coloniale, les oeuvres de Staline et de Mao Zedong. Au cours de l'année 1958, Mulele fait la connaissance d'un communiste grec, Bourras. Il lui demande d'où vient la force qui a permis à l'URSS de vaincre les occupants nazis. Bourras répond: "En Union soviétique, les intérêts collectifs passent avant tout. Il n'y a plus de patrons qui s'enrichissent aux dépens du peuple. Chez vous, au Kwilu, presque tout appartient aux Huileries du Congo Belge. En 1947, le président de la société Lever vous a rendu visite, il n'avait que 29 ans. Serait-ce lui qui a créé les richesses de ces 150 entreprises qu'il contrôle dans le monde ? En Union soviétique, les moyens de production appartiennent à l'ensemble des travailleurs. C'est ce qui fait sa force."

La fondation du Parti Solidaire Africain (PSA)
Le 10 octobre 1958, Lumumba fonde le Mouvement National Congolais (MNC). Mulele estime que ce parti est trop lié aux colonisateurs puisque des éléments comme Ileo et Ngalula, proches de l'Eglise catholique et de l'administration coloniale, se trouvent à sa direction. Ce n'est qu'en juillet 1959 que le parti de Lumumba se radicalisera, après la scission avec les agents du colonialisme Ileo, Ngalula, Kalonji et Adoula. Mulele, lui, prépare entre-temps la fondation du Parti Solidaire Africain.
La révolte de Léopoldville, précipite la fondation du Parti Solidaire Africain. Mulele dit ceci: «Les nôtres se sont vaillamment battus sans armes. S'ils avaient disposé d'une bonne organisation et d'armes en suffisance, ils auraient pu libérer la ville. »

Unité congolaise et africaine
Mulele n'a jamais été un tribaliste ni un régionaliste. Il est partisan de la formation d'un seul parti nationaliste radical et prône une politique panafricaine. Il écrit : "Le Parti Solidaire Africain a pour but l'émancipation du peuple africain dans tous les domaines, son accession dans l'unité existante à l'indépendance." Les statuts prévoient que le PSA sera dissout et intégré dans un nouveau parti, issu de la fusion des différentes formations nationalistes.
Mulele propose Antoine Gizenga comme premier président du PSA. Gizenga a déjà un certain âge et a failli se faire ordonner prêtre. En outre, il travaille dans le privé et échappe donc aux tracasseries qui assaillent les fonctionnaires. Mulele, lui, devient secrétaire général.
Par la suite, Mulele élabore un projet de la République fédérale du Congo : "L'Etat fédéral unitaire du Congo aura tout en mains pour promouvoir la politique sociale et économique du pays."
Le 19 septembre 1959, Mulele rencontre le comité provincial PSA de Kikwit. Il met déjà l'accent sur deux points cruciaux: il faut mobiliser la masse exploitée et il faut être prêt à se battre les armes à la main. Mulele déclare: "Nous avons déjà demandé l'indépendance, maintenant il nous faut l'acquérir. Il nous faut organiser des luttes pour avoir notre indépendance. Et pour agir efficacement, la masse doit collaborer avec nous. Les conséquences qui vont s'ensuivre sont indubitables. Une tension naîtra entre l'administration et le parti. Des arrestations, il faut s'y attendre. Mais malgré toutes les mesures vexatoires, nous demeurerons fermes dans notre résolution. Devant une telle résistance, il faudra s'attendre à des événements sanglants."
Pendant la campagne électorale de 1960, Mulele, Gizenga, Yumbu et madame Andrée Blouin font une tournée au Kwilu. Ils prennent soin de contacter tous les paysans jusque dans les moindres villages. Ceux-ci s'inscrivent par milliers au PSA. Même des religieuses noires rejoignent le Parti.